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mar. 24 janvier 2012

Petite note de fille amoureuse

Chéri (depuis l'autre pièce). - Mon amour ?
Moi. - Oui ?
Chéri. - Non, rien, c'était phatique.

Comme la nuit, quand j'avance une main ou que j'allonge une jambe, parce que je me suis réveillée tout à coup et que par mégarde, nos peaux ne sont plus en contact.

sam. 14 janvier 2012

Enseigner quoi, enseigner comment

Cette semaine, atelier de sérigraphie avec les élèves.

Que je les ai sentis à leur place ! Ce n'est que mon avis, et je projette peut-être un peu, peut-être beaucoup, mais j'avais la sensation qu'ils étaient enfin en train de faire ce pour quoi ils étaient faits. Un peu plus tard dans la même semaine, nous avons commencé à fabriquer notre lombricomposteur (pédagogiquement, c'était un peu nul : je n'ai pas pu attribuer de tâche à tout le monde, ou alors il aurait fallu en fabriquer trois...)

J'ai fait manipuler le cutter (dans le polystyrène, c'est facile) à quelques élèves. Qu'ils sont peu habiles !

J'ai la sensation qu'il faudrait consacrer beaucoup plus de temps à des activités plus manuelles, plus globales : cuisine, jardinage, bricolage, couture (qui n'a jamais tenu une aiguille et redéfait plusieurs fois un ouvrage monté à l'envers ignore peut-être que pratiquer la couture fait travailler l'esprit logique de manière certaine, et parfois cruelle).

serigraphie

... Et pourtant, on manque déjà de temps pour leur apprendre le reste. Je me demande "Dans quoi faudrait-il trancher ?" en songeant qu'il est fort possible que je ne pose pas exactement la bonne question.

Montessori, Freinet et compagnie, je suis bien évidemment très attirée par tout ça... Peut-être qu'un jour j'irai faire ma vie professionnelle dans une école privée qui laisse aux enfants plus de temps pour patouiller ; mais je crois aussi qu'avec beaucoup de travail, de recherches, de connaissance de l'EN, ainsi qu'une grande capacité à louvoyer pour convoquer les textes officiels quand ils sont arrangeants, et glisser les autres sous le tapis... Avec tout cela, il doit y avoir déjà moyen de travailler très différemment à l'intérieur du système.

C'est aussi un peu pour ça que je vais demander à travailler à mi-temps à partir de l'année prochaine : au départ, surtout pour moi, pour avoir le temps de vivre ma vie, boire le café avec mon amoureux au réveil, me promener, ne plus rater la poterie 3 fois sur 4... Avoir le temps mais aussi l'énergie, parce que si je suis tout à fait honnête, il m'en reste, du temps : seulement je l'emploie essentiellement à récupérer de la fatigue. Même pas deux semaines après la rentrée, je suis déjà une loque : vendredi soir à 18 heures, je luttais pour garder simplement les yeux ouverts (j'aime pas, ça me fait loucher).

Donc : un mi-temps. Beaucoup pour moi, mais aussi un peu pour ma "carrière" : je voudrais avoir le temps de me renseigner sur des pratiques alternatives, de lire, de réfléchir à ma pratique, éventuellement d'observer d'autres classes... Trouver le moyen de ne pas presser les élèves en permanence : "dépêchez-vous", "on est en retard", "on a un programme chargé aujourd'hui", tout ça j'en ai marre. Je voudrais voir s'il n'y a pas moyen de faire autrement.

Un mi-temps oui, mais financièrement ? pourriez-vous demander, et vous n'auriez pas tort. Eh bien, financièrement, ce ne sera pas la fête, et comme je ne tiens pas mes comptes ultra-rigoureusement j'ai un peu de mal à prévoir si ce sera chaud les marrons ou juste un peu serré. Ce qui est sensible en revanche, c'est que souvent, je dépense par fatigue, par manque de temps, par compensation. Et surtout, surtout : Travailler Plus pour Gagner Plus, peut-être, mais Travailler Moins pour Profiter Plus, ça j'y crois à mort.

Je n'ai pas eu le temps de tout regarder mais j'adhère déjà au premier quart d'heure : jusqu'au 17 janvier vous pouvez regarder ici le documentaire de Marina Julienne intitulé "L’École à bout de souffle". Il y a aussi un article si vous n'avez pas 52 minutes devant vous...

edit : j'ai regardé le documentaire en entier et bon, c'est parfois un peu caricatural : on ne fait pas que passer des évaluations à l'école, ni du travail sur fiches à la maternelle... Mais autant les évaluations en CE1 et CM2 sont obligatoires et nationales (et intéressantes en théorie mais biaisées en pratique), autant les photocopies en maternelle sont plutôt déconseillées par l'institution (mais 1. tellement pratiques quand on manque de temps et de matériel... hum. 2. parfois réclamées par les parents qui n'ont sinon pas de traces des journées de leur enfant).

mar. 03 janvier 2012

Voeux

voeux

Ce qui était devenu un rituel pour moi depuis quelques années, fabriquer une petite carte, avoir un geste créatif, fût-il minime, pour le début d'année, comme pour augurer des douze mois à venir... Ce rituel a bien failli passer à la trappe cette année, le travail me pompant toute velléité de créativité... (me pompant tout court, en fait).

Et puis hier veille de rentrée, pour esquiver comme je le pouvais la déprime (après avoir tenté l'astuce de cuisiner DEUX gâteaux au chocolat), j'ai pris un petit moment pour bricoler ça. Sous Open Office, c'est une gageure de faire un truc joli (même si j'aime la contrainte). Et c'est un peu triste de faire de ces statuettes de Rodin, magnifiques de grâce et de vie, une image médiocre.

Mais, comme les pantalons de jogging, les pâtisseries surgelées ou les ELLE dans une salle d'attente, une carte de vœux faite maison appartient à cet ensemble de choses, dans la vie, qui ont simplement le mérite d'exister.

Bonne année à vous, princes et princesses.

PS : on peut cliquer sur l'image pour mieux voir

PPS : j'ai pris la photo de départ à Beaubourg, dans l'expo Danser sa vie. Très chouette, je conseille.

jeu. 29 décembre 2011

2011, bilan illustré

Enfant, je trouvais que le temps se traînait. Il est passé à une vitesse normale disons entre 22 et 27 ans, et désormais, je perçois nettement son accélération, aiguë. C'est ça vieillir ? J'aurai beau mettre des bornes, ça ne changera rien au phénomène, mais qui n'éprouve pas ce besoin de faire le point ?

Une image par mois pour tracer un portrait de cette année... fatigante.

janvier2011

Janvier : trois jours de pause au milieu du concours et des partiels, Deauville-Trouville en amoureux, tout doux.

fevrier2011

Février : premier stage en responsabilité, classe de maternelle. Les enfants survivent, moi aussi mais de justesse.


toscane

Mars : le clémentinier entre dans nos vies à la faveur de mon anniversaire. Il est charmant, même le Tigre se met à l'aimer.


avril2011

Avril : révisions dans les Cévennes. Je cueille une tonne de thym sauvage qui embaume, et je découvre un mois plus tard qu'il a moisi dans la boîte où je croyais le faire sécher. Les tisanes de thym, ce sera donc pour l'hiver 2013.


mai2011

Mai : pour le concours je dois être calée en actualité de l'art contemporain : Anish Kapoor au Grand Palais.


juin2011

Juin : après une matinée fort éprouvante, le 21 juin, c'est la libération : fini le concours ! Après 12 mois de tension, advienne que pourra, je suis enfin en vacances.


juillet2011

Juillet : j'ai le concours, je dis au revoir à mon studio du 20ème et je m'installe officiellement avec le Chou.


aout2011

Août : Provence, dont je ne profite guère, la pression remontant déjà à toute allure à l'idée de la rentrée.


septembre2011

Septembre : je dis rentrée, je pourrais dire ouragan.


octobre2011

Octobre : vacances, je reprends mon souffle. Les émaux ont été collectés pour un projet de mosaïque qui verra le jour aux alentours de la Saint-Glinglin... (c'est difficile de garder du temps pour autre chose que le travail)


novembre2011

Novembre : j'ai très peu de photos de ce mois-là, et je n'ai le souvenir que d'un tunnel de boulot, alors qu'il a dû se passer des trucs, forcément (oui, tout de même, deux ans d'amour avec A !). Cette image-là, je ne sais même plus à quel moment je l'ai prise, je me rappelle juste qu'elle est ratée, que je voulais photographier autre chose (un reflet, mais je ne sais plus de quoi).


decembre2011

Décembre : all you need is love ! Ma nièce et mes neveux sont tout de même, il faut bien l'avouer, fort choupinous.


Ce bilan me laisse un poil amère, la gorge serrée, car, diffus ou concentré selon les moments mais toujours présent, j'ai laissé le stress me bouffer la vie et la santé. Et c'est con ! C'est vraiment trop con. Parce que ça corrompt le bonheur quotidien, la douceur immense, la joie permanente que j'ai à vivre avec l'homme que j'aime. Parce que merde, il y a quand même eu plein de bons moments.

Je crois que la bonne résolution pour 2012 s'impose d'elle-même... Rester zen.

mar. 27 décembre 2011

Images de Noël

L'atelier des lutins, emballages cadeaux de dernière minute, en cachette des enfants.

Le tartinage des toasts auquel je ne participe pas, occupée devant mon ordinateur à programmer les séances de maths pour les semaines à venir.

Ma nièce (bientôt 4 ans), debout au milieu des cadeaux déballés, les bras levés comme en incantation, les yeux vers le ciel "MERCI, PÈRE NOËL !".

Mon père qui se trémousse avec Just Dance sur la Wii.

Les cachotteries de mon amoureux, qui m'a offert une aquarelle originale de Brecht Evens, magnifique, une vraie folie. Sa fierté devant ma mine éblouie.

noir
Les bouilles de mon neveu et de ma frangine pendant la traditionnelle coupure de courant, merveilleux écrans rétro-éclairés...

sam. 17 décembre 2011

Oh bin.

Ah oui, et mon blog a eu neuf ans mardi !

L'année prochaine, grosse teuf.

La possibilité d'une sieste

Quand il y a une alerte orange de Météo France, on n'a pas le droit de sortir les élèves de l'école, donc hier : pas de piscine. Les gamins l'ont mal pris, ne comprenant pas cette histoire d'alerte alors que le ciel bleu pâle ne semblait promettre aucun orage. Il y a eu un ou deux coups de vents, en voyant les arbres bouger ils se sont massés aux fenêtres, mais ça n'est pas allé plus loin : au final, ils furent privés de piscine ET du spectacle de la tempête... Grosse déception dans les rangs.

Fin du deuxième round, les vacances ont commencé hier soir. J'étais une véritable loque : au lit à 20h, Le Chou m'a réveillée vers 23 heures pour m'administrer une assiette de pâtes, et j'ai re-sombré jusqu'à 9h00 ce matin... N'excluons pas la possibilité d'une sieste vers midi.

Quelques parents m'ont offert des boites de chocolats, me disant que leur enfant était content de venir en classe ; je ne vous raconte pas comment je ronronne dans ces moments-là...

Le programme des vacances : mouler comme pas permis aujourd'hui, et me remettre au travail à partir de demain. A un moment fêter Nouel. Dormir beaucoup.

sam. 03 décembre 2011

Du pain béni

Par certains côtés, mon métier est, en tous cas cette année, vraiment facile. Les enfants sont encore jeunes, pas blasés ; ils s'intéressent à tout, posent des questions sur tout, ils sont tellement faciles à nourrir. Leur lecture du monde est si parcellaire, si limitée, il y a des énigmes partout pour eux. Sans parler de celles dont ils ne sont pas conscients... Et c'est vraiment du miel, d'être celle qui les émerveille avec du bête réel, la signification d'un armistice, la dérive des continents, une comptine en anglais, n'importe quoi. Et le dernier post de Cécile me donne envie de leur lire plus souvent de la poésie...

(1)

Et même pour des exercices de grammaire, ils se mettent à la tâche avec, peut-être pas un enthousiasme délirant, mais tout de même, une bonne volonté qui me déconcerte parfois, parce que c'est quand même pas bien rigolo d'entourer le verbe et de souligner le sujet ; et pourtant, ils le font. C'est un rapport à l'autorité peut-être, qui est lui aussi encore très simple : on leur demande, ils font. Pas encore de rébellion. Je n'ai pourtant pas une autorité naturelle (ni même artificielle) très développée, mais eux ont l'habitude, très forte, d'obéir à des adultes et de se soumettre à eux. Ce serait tellement facile de les corrompre, de les abimer. Je prie pour qu'ils rencontrent le moins de mauvais adultes possible, le plus tard possible.

(1) il manque ici un paragraphe de transition, qui a un peu de mal à se faire dans ma tête. Et j'ai pas le temps, y a les livrets à remplir.

dim. 20 novembre 2011

Sevrage

Bonjour, je m'appelle Milky et je n'ai pas bu d'alcool été monomaniaque du travail depuis dix jours.

Ça n'allait plus parce que je pensais tout le temps au boulot ; sous la douche, dans mon lit, tout le temps, tout le temps. Lentement mais sûrement, je commençais à péter les plombs et il a fallu prendre des mesures ; je disais il y a 10 jours que je n'en étais pas capable, et c'est toujours difficile, mais je fais désormais de gros efforts pour cloisonner, et arrêter d'avoir tout le temps une veilleuse enseignante branchée au cerveau. Il était temps ; je n'en pouvais plus.

C'était vicieux parce que j'avais l'impression que c'était une habitude de prof consciencieuse, et que mes inspecteurs allaient me donner des bons points d'élève investie dans son travail... Alors que si on y réfléchit deux minutes, pourquoi, grands dieux pourquoi me féliciteraient-ils d'être psychotique ?

Au début, je ne m'apercevais même pas que j'étais en train de penser au boulot depuis cinq minutes, tellement c'était devenu dévorant. Il y a eu des matins où je me suis levée au lieu de grasse-matiner, parce que j'étais encore trop endormie pour contrôler mes divagations envahissantes. Le secours de la fiction (Terry Pratchett pour le papier, Philippe Caubère pour l'écran) est devenu précieux pour m'oublier un peu.

Et ce soir, pour la première fois, je n'ai pas eu à faire d'efforts pour chasser les pensées obsédantes alors que j'épluchais les carottes. J'ai réalisé seulement après que ça ne m'avait pas traversé l'esprit...

Bon et maintenant que la tête va mieux, c'est le corps qui commence à flancher (les gosses sont des usines à virus). Et c'est pas le mois qui m'attend qui va arranger les choses... Allez chut, on n'y pense plus.

mer. 16 novembre 2011

Ça soulage

J'ai une élève qui n'a apparemment qu'une cinquantaine de mots de vocabulaire à son actif. Je ne sais pas ce qu'elle arrive à comprendre du monde... Et donc, 10 fois par jour elle pose la question "qu'est-ce que ça veut dire, ... ?"

J'ai une autre élève - comment dire ? En langage politiquement pédago-correct, on dit qu'elle n'arrive pas à trouver sa place dans le groupe. Comprenez : elle est chiante, chiante, CHIANTE. Elle nous pompe l'air à tous, élèves et enseignants. Il y a les collègues très francs "je peux pas la saquer", ceux qui me conseillent de ne pas la prendre en petit groupe ; je le fais quand même parce qu'elle en a besoin, et je le regrette à chaque minute, mais je m'obstine : call me Jesus.

Et donc, l'autre jour, la première me demande "maitresse, ça veut dire quoi terroriser ?"

Aha, ma petite, j'ai pensé. J'ai pris ma voix très gentille de gentille maitresse qui parle aux petits zenfants, et j'ai commencé à expliquer en me rapprochant tout doucement de la deuxième : "Eh bien terroriser, ça veut dire faire très très peur... Un peu comme ÇAAAAA" ai-je vociféré avec une voix de monstre très très effrayante.

Ils ont tous bondi de leur chaise en hurlant et on a tous bien rigolé (j'ai encore le sourire aux lèvres en y repensant).

Et moi, j'ai eu ma revanche sur la petite emmerdeuse (que je n'ai pas le droit de battre, je vous le rappelle).

dim. 06 novembre 2011

Deuxième rentrée, ça va comment ?

Forme physique : j'encaisse mieux, indéniablement (ce n'était pas difficile, vu comme j'ai été tout de suite au bout du rouleau en septembre)

Agitation des gosses : maximale. Il paraît que c'est normal. Ne nous énervons pas.

Forme morale : hum. Différente. Je passe sur la rentrée à côté de mes pompes, où j'étais tellement à la ramasse que j'ai eu 2 minutes de panique dans la matinée en croyant que j'avais loupé la récré (ah non, c'est l'horloge de la classe qui n'a pas changé d'heure toute seule).

Mais je sens un certain glissement dans mon attitude face à la préparation, aux journées de classe. C'est un peu flou, j'ai le sentiment de faire moins d'efforts, par fatigue ou par paresse ? et je ne sais pas si objectivement c'est vrai. J'ai l'esprit occupé par l'école presque en permanence, ça ne compte pas vraiment comme du travail mais ça l'est un peu tout de même. Il faudrait faire autrement peut-être, j'en suis incapable pour le moment.

A part les 50 heures où j'étais à Biniou City pendant les vacances, j'ai travaillé tous les jours. Pas de 8h à 18h bien sûr, mais 2 ou 3 heures quotidiennes, parfois plus. Pourtant je n'ai pas pris d'avance sur le déroulé des journées (je n'avais que jeudi et vendredi de prêts). J'ai plutôt axé mon travail sur le fait d'avoir de la visibilité à moyen terme (comprenez qu'après Noël, je ne sais pas du tout ce qu'on va faire).

Peut-être que c'est cette visibilité qui me donne la sensation d'avoir lâché un peu de lest.

Ce lest qui tantôt me semble juste (les formateurs, les collègues me martèlent qu'on ne peut pas tout faire... toute l’ambiguïté de ce discours réside dans le tabou de ce qu'on ne fait pas, ou peu, ou mal), tantôt m'apparait comme de la paresse : je pourrais, je devrais en faire plus. Ou plutôt, en faire mieux : je dépense beaucoup d'énergie à éviter les tâches difficiles en passant beaucoup de temps à fignoler les autres, qui ne sont pas sans intérêt mais quand même, je sais bien que je ne suis pas réglo. Que je me fous un peu du monde...

Bon, c'est pas clair. On verra.

Grosso modo, quand même, j'ai arrêté de fantasmer sur un retour à un job de merde, moins payé mais moins prise de tête. Maintenant, je fantasme sur un mi-temps (j'en reparlerai...).

mar. 01 novembre 2011

Télé associative

L'autre soir, on regardait la télé (on n'était pas chez nous, c'est pour ça).

C'était comme dans mon souvenir, voire pire : nul, nul, nul, mauvais, mesquin, minable. (j'avais commencé à développer, et puis ça m'énervait trop, de toute façon vous voyez bien de quoi je veux parler, les voix off ultra-débiles des émissions de télé-réalité, les vedettes de quatrième zone qui viennent cachetonner sur TF1, les pseudo-intellos énervés, les reconstitutions en carton-pâte, tout ça...)

Et puis, on est tombés sur une pépite. Parisienne, la pépite : connaissez-vous Télé Bocal ?

Le nom m'était familier, il y avait des affiches partout quand j'habitais le 20ème, et effectivement à l'écran j'ai reconnu mon ancien quartier.

C'est frais, c'est drôle (enfin pas toujours mais on a eu quelques éclats de rire), et ça parle avec les vrais gens de la vraie réalité, pas celle qu'on nous vend avec un loft ou une île. (ah oui mais c'est sûr, ça peut fâcher, parce qu'inévitablement quand on s'occupe de la vraie vie, ça tourne politique : manifs de sans-paps, de pro-life, de transgenre... compliqué pour les annonceurs)

Mais ce qui était frappant surtout, c'était l'humanité : les intervieweurs étaient parfois moqueurs mais jamais méchants, alors qu'à la "vraie" télé l'humiliation est si souvent de mise, la connivence dégoutante avec le téléspectateur entendue de longue date ; ils écoutaient vraiment les gens, quand tant de présentateurs aiment surtout couper la parole à leur interlocuteur. Quant aux interviewés, parfois touchants, ils ne minaudaient pas, ils n'étaient pas recouverts de fond de teint et habillés à la mode. Ils étaient souvent beaux. Et quand on sait un peu à quel point il est difficile de passer à la télé sans passer pour un con, ils s'en sortaient drôlement bien.

J'aurais pu me la jouer et dire que ça me faisait penser à Jean Rouch, mais en fait je ne connaissais pas Jean Rouch, c'est Chéri (1) qui en a parlé. Donc voilà, si vous connaissez, ça vous situe. Sinon, tant pis.

(1) diminutif logique et naturel de "Tigre-Chou". Si.

sam. 29 octobre 2011

Nuit rouge

Attention, note plongeant dans l'intimité de mon couple.

Si j'ai le sommeil léger, celui du Tigre-Chou est plutôt... perturbé. Par exemple, je le vois parfois se lever en pleine nuit, furieux, et aller ouvrir la porte d'entrée en caleçon : il a rêvé qu'on sonnait. Bon, ça ne prête pas tellement à conséquence.

Seulement il y a d'autres rêves. Est-ce que c'était juste après avoir dîné avec son pote qui fait du karaté ? Toujours est-il que l'autre nuit, il a rêvé de baston, et ce qui devait arriver arriva... ce petit nerveux m'a collé une droite. Dans son sommeil. Et dans le mien aussi, bien sûr, sinon c'est pas drôle. Je te raconte pas le réveil en fanfare... Bilan : lèvre fendue pour moi, culpabilité amusante pour lui.

Moi quand mes rêves s'incrustent dans la réalité, je ne gêne personne, jugez plutôt : je rêvais que j'avais des vers de terre dans la bouche (1), et des haut-le-cœur car je n'arrivais pas à les cracher. Bon bin j'ai fini par cracher pour de vrai, et c'est le filet de salive qui coulait sur ma joue qui m'a réveillé (2). Tout aussi désagréable que le poing dans la gueule, mais moins agressif, vous en conviendrez.

(1) C'est parce que ces temps-ci, je cogite pour faire fabriquer un lombricomposteur à mes élèves. Et comme je rêve de ma classe toutes les nuits, ce coup-ci c'est sorti comme ça...

(2) Oui. DÉGUEU.

sam. 15 octobre 2011

Entre une classe modèle et la mienne

Fin de ma semaine de stage en observation chez une prof expérimentée.

J'avais déjà vu faire, mais quand vous venez de passer 5 semaines à vous battre pour obtenir un silence tout relatif et très ponctuel, c'est assez rageant de voir une classe parfaitement calme et silencieuse, attendre sagement que la maitresse ait fini d'écrire un mot dans un cahier ou de parler avec la directrice...

Et c'est d'autant plus agaçant qu'il n'y a pas de "truc", pas de recette, rien qui se voie à l’œil nu... Comme pour les grands musiciens ou les danseurs professionnels, chez un bon enseignant on ne sent pas l'effort, on ne voit pas le travail.

Je n'ai rien appris que je ne pressentais ou savais déjà à ce sujet mais enfonçons le clou :

Une classe calme, c'est une classe apaisée qui sait où elle va : si vous êtes vous-mêmes brumeux quant au programme de la séance / journée / semaine, ils seront agités. De manière générale l'ignorance est source de nervosité, ça les angoisse de ne pas bien savoir ce qui se passe, même s'ils ne se posent pas forcément la question, sinon ce serait trop simple.

J'aurais d'ailleurs tendance à penser pour le moment que s'ils posent la question, c'est qu'on s'en fout : pourquoi Machin part à 16h10 (il a rdv chez le dentiste, on s'en fout), qui a raté l'exercice que tout le monde a su faire (c'est Bidule, on est bien avancés), où est partie Machine (aux toilettes, c'est passionnant), etc. Comme je le disais à Couac, ces mômes sont des commères puissance 10. Je n'ai jamais vu personne ragoter autant à tort et à travers, je n'ai jamais entendu des âneries se répandre aussi vite que dans une cour de récréation. Comment les éduquer à trier dans leur curiosité le bon grain de l'ivraie, je ne sais pas encore.

sam. 08 octobre 2011

Les joies du métier

L'autre jour, en classe, un môme a vomi sur sa table ; à cet âge-là on ne sent pas bien le truc venir, et on ne fait aucune tentative pour limiter les dégâts, comme se pencher sur le côté ou viser la poubelle. On vomit silencieusement sans bien comprendre ce qui nous arrive, donc : sur la table, et comme manifestement ce matin-là, il avait pris un petit-déjeuner de champion, ça ne s'arrêtait pas, ça ne s'arrêtait pas, et quand ça s'est arrêté, il y en avait

sur la trousse

sur le cartable du môme devant lui

par terre dans un rayon d'un mètre

dans la case

sur le t-shirt le pantalon les chaussures

J'ai réprimé un haut-le-cœur, j'ai ouvert les fenêtres en grand, les gosses surexcités poussaient des hauts cris, l'odeur nous prenait tous à la gorge et ne disparaissait pas on avait juste froid en plus, j'ai envoyé une gamine chercher une dame de service, en attendant j'ai tendu des mouchoirs dérisoires au gamin, et puis je ne sais pas comment c'est monté, j'ai vu sur sa table, noyée sous 1 cm de vomi, la feuille d'évaluation que j'avais prévu de ramasser 5 minutes plus tôt, et puis le gamin un peu étourdi, prisonnier de sa mare immonde, qui ne pouvait plus vraiment bouger sous peine d'aggraver la situation, et moi avec ma petite éponge ridicule, c'était trop, le fou rire m'a prise, incontrôlable.
Les autres n'en revenaient pas, la maitresse qui perd ses moyens, ça les a sciés.

Le malade était manifestement soulagé (tu m'étonnes), moi je rigolais, les gamins étaient ravis de tirer au flanc et je m'en fichais un peu. Ça sentait la veille de vacances (1), je leur ai raconté la fois où, moi-même élève de CE2, j'avais failli vomir sur les genoux de ma maîtresse... C'était un bon moment.

Après, évidemment, il a fallu passer le reste de la journée avec l'odeur de dégueulis. Eh bien en fait, on s'habitue. On s'habitue à beaucoup de choses.

(1) parce que je pars en formation et que je les abandonne à un remplaçant pendant 15 jours... C'est à la fois un peu dur de les laisser, et immensément soulageant.

lun. 03 octobre 2011

Montagnes russes

... Et aujourd'hui, c'était nul. Un jour je me dis que je vais réussir à être heureuse avec ce boulot, le lendemain je songe que même à mi-temps je ne tiendrais pas.

Ce soir, je rêve d'un boulot où je pourrais porter des boules Quiès. Les enfants de 8 ans ne sont manifestement pas faits pour passer 5 heures par jour le cul sur une chaise, et moi je n'ai pas la virtuosité d'un pédagogue Freinet ou Gardner qui pourrait leur faire ingurgiter le programme de grammaire en faisant des galipettes ou du piano debout. Alors pour le moment, j'encaisse, j'engueule plus souvent qu'à mon tour, et je souffre.

sam. 01 octobre 2011

Du mieux et du gras

Un post juste pour dire que ça va un peu mieux, c'est pas digne de la blogueuse si consciencieuse que je suis. Mais je voulais quand même le dire : c'est pas horrible tout le temps. Là, tout de suite, ça va ; depuis lundi, je n'ai pleuré que deux fois. La grève a beaucoup aidé...

La courbe de progression n'est pas constante, mais les semaines un peu moins douloureuses comme celle-ci, ça fait du bien.

On est allés à la piscine cette semaine, pour la première fois. C'est drôle, en classe ça ne se voit pas forcément qu'on est dans un quartier populaire, et puis d'un coup à la piscine, la pauvreté m'a sauté aux yeux : beaucoup trop de gamins gras, pas les rondeurs de l'enfance non, du gras pas beau, pas normal, du gras de malbouffe, de graisses trans et de toutes les saloperies avec lesquelles l'agro-alimentaire nous empoisonne depuis un moment.

Le règlement intérieur de l'école interdit les goûters aux récréations. Je trouvais ça normal pour celle de l'après-midi (qui tombe une heure avant la vraie heure du goûter) mais pas forcément juste pour celle du matin, y a des gamins qui n'ont pas faim à 8h et pour qui c'est dur en fin de matinée. Je me rappelais mes goûters à moi, des noisettes, un sandwich au chocolat, bon c'est vrai j'ai eu une période saucisson en CM1, et puis il y avait sans doute des biscuits parfois aussi, mais rien de diététiquement lamentable dans l'ensemble. Ici et maintenant, pas trop de tupperware de noisettes ou même de gourdes de compote, plutôt des crêpes industrielles fourrées à la merde.

A la réunion de rentrée avec les parents, j'avais donc dit que je serais tolérante sur cette histoire de goûters... mais finalement je regrette un peu. Le coup de l'interdiction pure et simple est un peu bête mais il y a un vrai travail de communication à mener auprès de ces familles.

Faites ce que je dis pas ce que je fais, bien sûr, car je suis abonnée aux plats tout prêts depuis la rentrée et c'est la valse des paquets de gâteaux presque tous les midis...

mar. 27 septembre 2011

Rien à redire

Aujourd'hui je fais la grève et EN PLUS j'ai consommé.

Je ne vois pas comment je pourrais être une meilleure citoyenne.

sam. 24 septembre 2011

Down down down

Semaine horrible, parce que la fatigue s'accumule et parce que j'ai fait le choix, le weekend dernier, d'aller passer 28 heures à Biniou pour une réunion de famille. Partir en weekend, quelle très mauvaise idée : on bosse trois heures au lieu de huit, du coup il faut rajouter ces heures-là les soirs de semaine et ne dormir que 5 heures alors que déjà en temps normal on s'arrête à 23h, ou bien, bâcler le travail et le payer le lendemain, parce qu'une journée merdique, les gamins te la font bien sentir... (et du coup, le soir t'es encore plus fatiguée, et c'est le cercle vicieux qui s'installe...).

(Je ne m'applique pas beaucoup pour écrire parce qu'il serait temps que je me mette au travail.)

Je fais la grève mardi, évidemment. Plus pour dormir et travailler que pour protester (même si je proteste quand même bien sûr). Et ceux qui trouvent que les fonctionnaires se foutent de la gueule du monde, je les emmerde, qu'ils aillent se faire tous bien foutre (chuis vulgaire, tant mieux).

Mon moral est passé de "bof-bof" à "sponsorisé par Kleenex". Ça devient compliqué à gérer quand les larmes montent au beau milieu de la cour de récré ; occupée avec les gosses je me croyais immunisée et en fait non.

Je ne comprends pas, je n'ai jamais compris la corrélation entre le moral des ménages et la consommation. Moi c'est quand je suis déprimée que je claque du pognon à tout va. Je n'ai jamais gagné autant de fric, je n'ai jamais été aussi malheureuse (et pourtant, dieu sait si je me suis souvent dégoûtée).

Ah et pis je vous ai pas raconté la visite surprise de l'inspectrice... Elle m'a cassée, comme Brice de Nice, parce que je ne fais pas bien mes V majuscules. Quel modèle effroyable je fais pour les enfants.

mar. 13 septembre 2011

Je vais bien, tout va bien

Ça ressemble à quoi, une maîtresse qui a fait sa rentrée y a dix jours ?

Physiquement, c'est fastoche, la même avec des cernes (et j'espère quelques grammes de moins, parce qu'avec 15 aller-retours dans la classe au deuxième étage + debout tout le temps + à peine le temps de bouffer à midi, hein...).

Moralement, ça fluctue, pensez marées.

Je voulais faire un passage ici un soir où ça va pas trop mal, comprenez où je ne suis pas en train de réfléchir à ma prochaine reconversion.

L'enfant battu ne l'est finalement pas (trop).

J'ai mis en place un cahier de questions, parce que j'ai une classe curieuse (ce qui est chouette en soi, mais faut bien canaliser...) Au bout de deux pages, bingo, la question à mille dollars : comment on fait les bébés ? Haha. J'ai botté en touche et j'ai répondu d'aller voir page tant du Larousse junior. Par contre, à la question Comment les microbes ont été créés, j'ai séché. Vulgariser le transfert horizontal de gènes, c'est pas mon point fort, et le Larousse Junior n'avait aucune entrée correspondante pour moi.

Depuis que j'ai commencé, je n'ai plus aucun scrupule d'ordre écologique, économique ou diététique à bouffer quotidiennement des plats tout prêts de chez Monop ou Pitchard. C'est ça ou le plateau de la cantoche, et comment dire, les "steaks de poulet", sans façons.

Question de sécurité, pour les avoir tous plus ou moins toujours dans ton champ de vision quand ils vont ou viennent de récré, tu les fais s'arrêter à tous les angles, et à tous les paliers. Trois paliers par étage, deux étages, trois couloirs, je te laisse faire le calcul. Et à chaque fois qu'on s'arrête, on s'arrête au moins 20 secondes pour discipline : rangés deux par deux, pas de trous, pas de tas, pas d'agitation. Le hiatus dans mon âme de bordélique, devoir jouer les kapos pour cadrer les gamins, ça me rend un peu malheureuse. Mais sinon c'est la honte devant les collègues, et quand tu arrives à "tenir ta classe", comme on dit, quelle fierté ! Fierté de chien de berger, certes.

Mais attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. On se fait braire, mais après les gamins, faut les traîner à la piscine à pied, et bonjour les palpitations avec les bagnoles, les potentiels fugueurs et les potentiels kidnappings. Donc, la militaire attitude, c'est impossible de faire sans. Parce que si un môme s'égratigne un peu sévèrement et qu'il est sous ta responsabilité, après ça reste dans ton dossier pour TOUJOURS. Y a pas de prescription ; un accident entre 8h30 et 16h30, c'est le truc le PIRE, juste après crime contre l'humanité.

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