sam. 14 janvier 2012
Cette semaine, atelier de sérigraphie avec les élèves.
Que je les ai sentis à leur place ! Ce n'est que mon avis, et je
projette peut-être un peu, peut-être beaucoup, mais j'avais la sensation qu'ils
étaient enfin en train de faire ce pour quoi ils étaient faits. Un peu plus
tard dans la même semaine, nous avons commencé à fabriquer notre
lombricomposteur (pédagogiquement, c'était un peu nul : je n'ai pas pu
attribuer de tâche à tout le monde, ou alors il aurait fallu en fabriquer
trois...)
J'ai fait manipuler le cutter (dans le polystyrène, c'est facile) à quelques
élèves. Qu'ils sont peu habiles !
J'ai la sensation qu'il faudrait consacrer beaucoup plus de temps à des
activités plus manuelles, plus globales : cuisine, jardinage, bricolage,
couture (qui n'a jamais tenu une aiguille et redéfait plusieurs fois un ouvrage
monté à l'envers ignore peut-être que pratiquer la couture fait travailler
l'esprit logique de manière certaine, et parfois cruelle).

... Et pourtant, on manque déjà de temps pour leur apprendre le reste. Je me
demande "Dans quoi faudrait-il trancher ?" en songeant qu'il est fort possible
que je ne pose pas exactement la bonne question.
Montessori, Freinet et compagnie, je suis bien évidemment très attirée par
tout ça... Peut-être qu'un jour j'irai faire ma vie professionnelle dans une
école privée qui laisse aux enfants plus de temps pour patouiller ; mais
je crois aussi qu'avec beaucoup de travail, de recherches, de connaissance de
l'EN, ainsi qu'une grande capacité à louvoyer pour convoquer les textes
officiels quand ils sont arrangeants, et glisser les autres sous le tapis...
Avec tout cela, il doit y avoir déjà moyen de travailler très différemment à
l'intérieur du système.
C'est aussi un peu pour ça que je vais demander à travailler à mi-temps à
partir de l'année prochaine : au départ, surtout pour moi, pour avoir le
temps de vivre ma vie, boire le café avec mon amoureux au réveil, me promener,
ne plus rater la poterie 3 fois sur 4... Avoir le temps mais aussi l'énergie,
parce que si je suis tout à fait honnête, il m'en reste, du temps :
seulement je l'emploie essentiellement à récupérer de la fatigue. Même pas deux
semaines après la rentrée, je suis déjà une loque : vendredi soir à 18
heures, je luttais pour garder simplement les yeux ouverts (j'aime pas, ça me
fait loucher).
Donc : un mi-temps. Beaucoup pour moi, mais aussi un peu pour ma
"carrière" : je voudrais avoir le temps de me renseigner sur des pratiques
alternatives, de lire, de réfléchir à ma pratique, éventuellement d'observer
d'autres classes... Trouver le moyen de ne pas presser les élèves en
permanence : "dépêchez-vous", "on est en retard", "on a un programme
chargé aujourd'hui", tout ça j'en ai marre. Je voudrais voir s'il n'y a pas
moyen de faire autrement.
Un mi-temps oui, mais financièrement ? pourriez-vous demander, et vous
n'auriez pas tort. Eh bien, financièrement, ce ne sera pas la fête, et comme je
ne tiens pas mes comptes ultra-rigoureusement j'ai un peu de mal à prévoir si
ce sera chaud les marrons ou juste un peu serré. Ce qui est sensible en
revanche, c'est que souvent, je dépense par fatigue, par manque de temps, par
compensation. Et surtout, surtout : Travailler Plus pour Gagner Plus,
peut-être, mais Travailler Moins pour Profiter Plus, ça j'y crois à mort.
Je n'ai pas eu le temps de tout regarder mais j'adhère déjà au premier quart
d'heure : jusqu'au 17 janvier vous pouvez regarder ici
le documentaire de Marina Julienne intitulé "L’École à bout de souffle". Il y a
aussi un article
là si vous n'avez pas 52 minutes devant vous...
edit : j'ai regardé le documentaire en entier et bon, c'est
parfois un peu caricatural : on ne fait pas que passer des évaluations à
l'école, ni du travail sur fiches à la maternelle... Mais autant les
évaluations en CE1 et CM2 sont obligatoires et nationales (et intéressantes en
théorie mais biaisées en pratique), autant les photocopies en maternelle sont
plutôt déconseillées par l'institution (mais 1. tellement pratiques quand on
manque de temps et de matériel... hum. 2. parfois réclamées par les parents qui
n'ont sinon pas de traces des journées de leur enfant).