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C'est dur, l'élevage

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mer. 21 décembre 2016

Pouilleuses

Samedi dernier, ça gratouillait un peu trop pour ne pas éveiller mes soupçons. J'ai inspecté la tête de la petite chérie et passé la mienne au peigne fin : bingo, des poux. Oh, génial.

J'ai donc entrepris de consulter mon ami l'Internet pour parer au mieux à cette invasion : le bon vieux know your enemy.

Eh bien ma foi, j'ai été assez consternée par le manque total de rigueur scientifique rencontré à cette occasion. Comment on arrive à envoyer des hommes dans l'espace alors qu'on n'est même pas fichus de circonscrire la question des poux ? (une sidération qui marche aussi avec le rhume ou les verrues)

Pour résumer, dans le domaine de la lutte anti-poux, on trouve 1. Les certitudes plus ou moins avérées 2. Les faits très controversés. Et il faut se débrouiller avec ça.

Le vinaigre serait très efficace contre les lentes. Le vinaigre n'aurait aucun effet notable. L'huile essentielle de lavande est un bon répulsif. Aucune odeur ne dérange les poux. Seuls les substances asphyxiantes (huiles et silicones) tuent les poux à coup sûr. Mais tentez les insecticides quand même, vos poux à vous n'auront peut-être pas encore muté pour devenir résistants. Et ainsi de suite...

Il semble à peu près acquis que les poux ayant quitté votre chevelure (et on se demande pourquoi, puisqu'ils semblent s'y accrocher de toute la force de leurs papattes, mais admettons) meurent de déshydratation (?) au bout de 24 à 36 heures. Dans ce cas, pourquoi ne pas simplement mettre les bonnets et autres brosses à cheveux en quarantaine, plutôt que de les enfermer dans un sac avec de l'insecticide et de passer le tout à 60°C ?
(J'ai également entendu parler du congélateur. Huit heures à - 18°C et on est tranquilles, paraît-il. Information croisée mais non scientifiquement confirmée.)

Il y a aussi le coup des lentes, qui mettent huit jours à éclore. On vous conseille donc de répéter un traitement antipoux à une semaine d'intervalle pour dézinguer tout le monde. Mais entendons-nous : toutes les lentes pondues ne l'ont pas été en une seule fois le jour de l'extermination numéro 1, n'est-ce pas ?

Bon, voilà ce qu'on a fait nous :

On a laissé poser de l'huile de coco 2-3 heures sur nos cheveux (moyennant quoi, je ne peux plus voir une noix de coco en peinture) parce qu'il paraît que ça marche mieux que l'huile d'olive. Je nous ai vaguement enturbannées dans du film plastique, mais ça tenait mal et je suis prête à parier que ce n'était d'aucune utilité.

A l'issue de ce cataplasme, avec mon peigne fin j'ai trouvé des poux encore bien vivants. Asphyxie mon œil. Bon, on a shampouiné quand même et rincé avec un mélange moitié vinaigre et moitié eau (un peu trop vinaigre au début, Hiboute a hurlé). Depuis, je vaporise ce mélange une à deux fois par jour sur nos têtes, et je passe le peigne fin aussi souvent que possible (= sur moi, toute la journée de manière obsessionnelle, et sur Hiboute, comme je peux selon ses maigres réserves de patience).

Hier, pour la première fois je n'ai trouvé aucun survivant. Mais bien sûr, le doute subsiste : je n'en ai pas trouvé parce qu'il n'y en a plus, ou parce que je n'ai pas peigné au bon endroit selon le bon angle (en multipliant par le coefficient de chance) ?

Bref, on a des poux.

sam. 19 novembre 2016

Inoxydable Schtroumpfette (lettre ouverte à une rédac'chef de magazine pour enfants)

Chère Florence Dutruc-Rosset (attendez, je vous présente aux autres : c'est la rédactrice en chef du magazine Les Belles Histoires !)

Comment allez-vous ?

Êtes-vous allée au cinéma récemment ?

Moi la dernière fois, c'était en mars (1), pour mon anniversaire. Ça remonte, hein ? Depuis que ma fille est née, en 2013, j'y vais très peu, encore moins qu'avant : peut-être deux fois par an, trois les années fastes.

Du coup, comme le cinéma est devenu une composante discrète et non plus continue de ma vie, il y a des choses qui me frappent quand j'y retourne. Des changements qui ne sont peut-être pas brutaux mais que du coup, d'une fois sur l'autre, je ne peux pas ne pas remarquer. Par exemple, lors de cette fameuse sortie au cinéma de mars dernier, voilà ce qu'il s'est passé : nous étions allés voir Avé, Cesar !, le film des frères Coen, avec George Clooney, Scarlett Johansson, Ralph Fiennes, et toute une belle brochette d'acteurs. Eh bien, allez savoir pourquoi (peut-être parce que c'était le 8 mars ?), c'est la première fois que pendant le film (pas inoubliable mais sympathique au demeurant) j'ai pensé « Tiens, il passe pas le test de Bechdel, celui-là ».

Vous connaissez, ou pas, le test de Bechdel ? Écoutez, si ça ne vous dit rien, le plus simple c'est d'aller voir la page Wikipédia, c'est très bien expliqué. Je cite :

Le test de Bechdel, ou test de Bechdel-Wallace, est un test qui vise à démontrer par l'absurde à quel point certains films, livres et autres œuvres scénarisées sont centrés sur le genre masculin des personnages.

Une œuvre réussit le test si les trois affirmations suivantes sont vraies :

l’œuvre a deux femmes identifiables (elles portent un nom)elles parlent ensembleelles parlent d'autre chose que d'un personnage masculin.

BechdelRule.png

(La planche de bédé à l'origine du test, par Alison Bechdel, sortie en 1985. Cliquez pour voir en plus grand)

(...)

Le test est une grille de lecture factuelle et ne juge pas de la qualité artistique. Son but est de montrer la grande quantité de films et autres œuvres qui ne réussissent pas à valider ces trois affirmations.

Autrement dit, le problème n'est pas qu'il n'y ait pas de femmes dans certains films. Le problème est qu'il n'y a pas de femmes dans TROP de films. Alors que les femmes constituent à peu près la moitié de la population mondiale (2), sauf erreur de ma part (il est vrai que je ne suis pas biologiste). Bref, j'en reviens à cette fameuse séance de cinéma. J'ai pensé « Tiens, il ne passe pas le test de Bechdel », et tout de suite après, je me suis « Ouh là ! Tu te durcis, dis donc. »

Eh oui. Il y a cet éléphant qui faisande depuis un bon moment dans la pièce, et je m'excuse de remarquer que ça schlingue en faisant porter le chapeau à mon odorat soi-disant trop développé : c'est moi qui me durcis. Bouh, la vilaine féministe rabat-joie !

Mais pourquoi je me durcis ? Ou si vous voulez bien plutôt, pourquoi ma conscience féministe s'aiguise-t-elle au fil des années ?

Peut-être parce que j'élève une fille. Et que le contraste entre le monde que je souhaiterais pour elle et celui dans lequel je la fais vivre est un peu trop saisissant.

Quand on a la responsabilité d'enfants, on voit les choses différemment. Vous en conviendrez, j'imagine ? Avec votre métier de rédactrice en chef du mensuel Les Belles Histoires destiné aux 4-7 ans, vous en connaissez sûrement un rayon question responsabilité morale.

Mais pourquoi je vous raconte tout ça ? C'est terrible ça, c'est tout moi : je bavarde, je bavarde, je suis pire que ma mère et ma grand-mère réunies. Et pourtant, si je vous écris, c'est pour une raison précise. Attendez, vous allez comprendre.

Je reprends la page Wikipédia du test de Bechdel, rubrique « Historique » :

bechdel-pollitt.JPG

Est-ce que vous commencez à voir où je veux en venir ?

Le principe de la Schtroumpfette est décrit dans un article fascinant que je vous conseille chaudement (voici le lien vers la version originale : Hers; The Smurfette Principle. Si vous ne lisez pas l'anglais – ou que comme moi, vous avez souvent la flemme – pas de panique : je me suis fendue d'une traduction, rien que pour vous. La voici : Le principe de la Schtroumpfette).

Katha Pollitt y évoque son enfance des années 1950, où les héros de dessins animés étaient tous masculins : Bugs Bunny, Daffy Duck, Porky Pig, etc. Puis elle passe aux programmes pour enfants diffusés à l'époque de la rédaction de son article (nous sommes en 1991) : Garfield, Winnie l'Ourson, les tortues Ninja, les marionnettes de Sesame Street. Elle constate qu'ils sont régis par ce qu'elle appelle le principe de la Schtroumpfette : un groupe de mecs sera mis en valeur par un personnage féminin unique et stéréotypé : petite sœur à robe rose et ruban dans les cheveux, mère, assistante… Katha Pollitt analyse la chose ainsi :

Le message est clair. Les garçons sont la norme, les filles la variation. Les garçons sont au centre, les filles à la périphérie. Les garçons sont des individus à part entière, les filles sont des archétypes. Les garçons définissent le groupe, son histoire et son code de valeurs. Les filles n'existent que par rapport aux garçons.

Et je peux vous dire que ça ne s'arrange pas une fois que tout ce petit monde a grandi :

insaisissables-schtroupmfette.jpg

J'aurais pu vous faire la même avec une photo de la primaire de la droite, remarquez.

Katha Pollitt se tourne ensuite vers la littérature enfantine, où le constat est moins accablant, mais où par défaut, si le genre de l'enfant n'a pas d'importance, alors pouf, ce sera un garçon.

Je continue de la citer, parce que je ne le dirai pas mieux :

Le sexisme dans la culture enfantine déforme autant les filles que les garçons. Les fillettes apprennent à faire le grand écart mental, filtrant leurs rêves et leurs ambitions au travers de personnages masculins tout en admirant les toilettes des princesses. Les plus privilégiées, les plus audacieuses peuvent rêver de devenir des femmes exceptionnelles dans un monde d'hommes : des Schtroumpfettes. Quant aux autres, on leur apprend à accepter le lot commun, qui consiste à traverser la vie assise dans un wagon de voyageurs tracté par une locomotive mâle. Étant rarement confrontés à des histoires où les personnages masculins ne jouent que des rôles mineurs, les garçons quant à eux retiennent une leçon plus simple : les filles comptent pour des prunes.

Bon bon bon me direz-vous, mais qu'avez-vous à me reprocher au juste ? Votre fille est abonnée aux Belles Histoires ? On est terriblement sexistes, nous aussi, aux Belles Histoires ?

Alors oui, figurez-vous que ma fille est abonnée aux Belles Histoires. Ça fait un an, alors on commence à bien vous connaître. Terriblement sexistes ? Tout de suite, comme vous y allez… Non, je n'irai peut-être pas jusque là. Mais on dirait que vous n'avez pas remarqué l'éléphant pourri qui trône dans vos bureaux.

J'ai procédé à un inventaire des douze derniers numéros de votre magazine. J'avais l'impression qu'il y avait comme un déséquilibre depuis quelques temps, mais je voulais en avoir le cœur net, alors j'ai tout épluché.

Il y a 4 histoires par numéro : la Grande histoire, la Petite histoire, et un épisode de chacun des deux héros récurrents : "Zouk, la petite sorcière qui a du caractère", et "Polo, le petit aventurier rêveur".

Au sujet de ces deux derniers, bravo pour la parité, rien à redire, 1 partout la balle au centre. Bon, je vous avoue que depuis un an que je les fréquente, si j'ai eu le temps d'apprendre que le papa de Zouk est patron d'une usine, j'ignore toujours en revanche ce que fait la maman de Zouk dans la vie, à part porter des robes de cocktail même quand elle glande peinard devant la cheminée. Mais enfin, la petite Zouk est une chic fille, et je suis contente qu'elle soit là.

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Elle me fait froid, cette pauvre Salsepareille. Elle n'a pas un petit châle à se mettre sur les épaules ? Un twin-set peut-être ? Elle va finir par attraper la mort si elle ne se couvre pas !

Pour les deux autres histoires, voilà ce que ça donne :

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Je l'ai converti en joli diagramme parce que j'avais envie de me servir de mes crayons de couleur aquarellables :

IMG_3367cok.JPG
Comment ça, fabriquer des infographies c'est un métier ?

Pour le comptage, j'ai essayé de ne prendre en compte que les personnages principaux, puis tous les personnages, pour voir si ça variait beaucoup. En gros, on obtient les mêmes chiffres. Parfois pire, parfois mieux, mais globalement ça revient au même, je n'ai pas besoin de vous assommer avec des tonnes de graphiques maison : il y a toujours une nette surreprésentation de quéquettes.

Et c'est là, chère Florence, que Katha Pollitt m'achève. Elle pose cette question : Comment se fait-il que 25 ans de progrès sociaux en matière de féminisme aient si peu marqué la culture enfantine ?

Sauf que, je le redis, son article date de 1991. Elle a donc posé cette question, elle a donc exposé ce problème IL Y A 25 ANS. Je pourrais la reprendre presque mot pour mot en demandant aujourd'hui, en 2016 : Comment se fait-il que 50 ans de progrès sociaux en matière de féminisme aient si peu marqué la culture enfantine ?

Une fillette de l'entourage de Katha Pollitt a bien sa théorie là-dessus : c'est parce que les divertissements pour enfants sont majoritairement créés par des hommes.

Et c'est vrai que dans l'industrie du cinéma par exemple, on remarque (notamment sur ce site) que plus il y a de femmes à l'écriture, à la réalisation et la production, plus un film a de chances de passer le Bechdel. (Allez-y, allez sur le site pour faire joujou avec les variables)

Alors du coup, en me référant à ce qui se passe dans le cinéma, ma première hypothèse, c'était que le vivier d'auteurs jeunesse était très masculin. Mais sur 24 textes, et en partant du principe que personne n'avait pris de pseudo type "George Sand", je compte 10 autrices (3) pour 13 textes et 11 auteurs pour 12 textes (un des textes ayant été écrit à quatre mains). Autant dire que la parité est tout à fait respectée.

Bon, deuxième hypothèse : qui travaille de façon permanente dans ce magazine ? Combien d'hommes, combien de femmes ? Est-ce que ça peut jouer ? J'ai chaussé mes lunettes et j'ai entrepris d'étudier l'ours des Belles Histoires. Qu'est-ce que j'ai trouvé ? Une organisation très courante dans l'édition : que des femmes en bas, que des hommes en haut.

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A priori, c'est quand même vous, Florence, la rédac' chef, qui décidez de ce qui se publie dans votre journal. Vous recevez peut-être des directives du grand manitou, mais je doute qu'il vous demande expressément de faire en sorte que les deux tiers des histoires ne comportent aucun personnage féminin. C'est une hypothèse qui me paraît trop coûteuse, absurde.

Mon idée, c'est que ce n'est la faute de personne – sinon du formatage culturel de ces cinquante (deux mille ?) dernières années. Mon idée, c'est que ni vous, ni vos auteurs, ni votre directeur de publication n'avez conscience de ce déséquilibre. En ce qui me concerne, il a fallu cette série de trois, quatre, puis cinq histoires masculino-centrées pour m'apercevoir que quelque chose clochait. Le féminisme est une maladie insidieuse qui s'installe progressivement.

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Depuis juillet, pas une héroïne à l'horizon dans la Grande histoire.

Et vous remarquerez que je ne discute absolument pas le fond des histoires, que je ne pose pas des questions du type « peut-on parler d'autre chose que de princesses et de cowboys ? Les filles sont-elles vouées à jouer à la poupée tandis que les garçons sont condamnés aux vaisseaux spatiaux ? ». J'aurais bien parfois quelques remarques à ce sujet, mais on n'en est même pas là (ce sera peut-être l'objet d'une autre discussion plus tard). Je voudrais juste qu'environ un personnage principal sur deux soit féminin. Ça ne me paraît pas irrecevable comme requête. Que le naufragé soit une femme, le tigre une tigresse, le garçonnet une fillette ; essayez, vous verrez, ça ne donne pas des histoires à dormir debout. Les textes continuent de tenir la route. C'est ce qui est nous est arrivé pour le dernier numéro : comme le prince avait un carré court et une petite frange, ma fille a décrété que c'était une princesse. Je lui ai donc lu l'histoire de Léopoldine, la princesse qui terrasse les monstres avec son épée en bois et fera preuve de courage pour aider son ami le petit berger à vaincre le loup ; eh bien c'était une histoire tout à fait chouette et intéressante.

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Victor Victoria, un peu, non ?

Peut-être que vous êtes consciente du problème. Peut-être que vous allez me faire la même réponse que celle que la productrice exécutive de Sesame Street avait faite à Katha Pollitt : « On y travaille ». Cette dernière remarque alors ironiquement : "c'est vrai que cette émission n'est diffusée que depuis un quart de siècle ; ces choses-là prennent du temps". Mais l'ennui, ajoute-t-elle, et je me joins à sa voix, c'est que nos enfants n'ont PAS le temps. Ma fille (de trois ans) si drôle, si aventureuse, si intrépide et si futée, c'est maintenant qu'elle construit ses idées sur le genre. Je fais ce que je peux pour contrebalancer les messages que ses divertissements lui envoient, tout comme son père .... Mais je vois bien qu'on a du pain sur la planche. Et ça nous aiderait vachement si les lapines voulaient bien retirer leurs rubans dans les cheveux, et si la moitié des monstres étaient poilus, bleus – et femmes.

Bien sûr, on avance. Doucement mais on avance. Katha Pollitt trouve que La Petite Sirène de 1989, qu'elle fait voir à sa fille, ça reste mieux que sa Cendrillon de 1950. Et on a sans doute progressé encore un peu avec La Reine des Neiges en 2013, même si pas tant que ça, comme le fait remarquer cette vidéo très instructive (et qui ne dure que 2 minutes 30, ne vous en privez pas) : Les Brutes - Le principe de la Schtroumpfette

Alors voilà, je vous le demande : est-ce que ça vous frappe ? Est-ce que ça vous indigne ? Est-ce que ça vous donne envie de faire quelque chose pour changer cet état de fait ?

Comme disait Simone de Beauvoir :

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À trente-deux ans, c'est vrai aussi.

(L'image est extraite de l'ouvrage de Anne-Charlotte Husson et Thomas Mathieu, Le Féminisme, aux éditions Le Lombard. Thomas Mathieu, vous le connaissez peut-être ? C'est lui qui est à l'origine du très important Projet Crocodiles)

Si vous ne savez pas par quoi commencer, je vous propose de lire et de faire lire à votre équipe cet article d'Audrey Alwett, assez complet sur la question : Guide à l'usage des auteurs qui écrivent des livres sexistes mais qui font pas exprès. Audrey Alwett explique que c’est "après avoir retoqué ou fait corriger plusieurs manuscrits à des auteurs qu’à la demande de ces derniers (elle a) écrit ce petit guide".

Même si tous les points qu'elle aborde ne sont pas pertinents en littérature jeunesse, ça ne peut pas faire de mal de prendre connaissance de tout ça. Et puis surtout, comme elle le dit : "Je sais aussi que ce n’est pas facile de déconstruire ce que la société nous a martelé depuis notre enfance, mais s’il vous plait, essayez à défaut de réussir."

J'espère que vous me répondrez.

(1) Au début de la rédaction de cette lettre, c'était vrai. Depuis, je suis allée voir Where to invade next, le dernier film de Michael Moore. Il y a une séquence en Islande où il découvre que… Rho, non, je vous laisse aller voir le film, plutôt.
(2) Je sais que ça sonne comme une lapalissade, mais je vous assure, en regardant les résultats de ce fameux test, on croirait pas.
(3) Je raconte ici pourquoi j'en suis venue à faire (parfois) ce choix lexical.

ven. 18 novembre 2016

Le principe de la Schtroumpfette, par Katha Pollitt (1991)

Le texte qui suit est une traduction (par bibi, pour apporter de l'eau à mon moulin) d'un article de l'essayiste américaine Katha Pollitt, paru dans le New York Times le 7 avril 1991, soit il y a un peu plus de 25 ans. Je crains que seule la mention de cassettes vidéo soit anachronique là-dedans, aujourd'hui ; les problème de sexisme dans les productions culturelles à destination des jeunes enfants demeurent quant à eux redoutablement actuels. Les références culturelles sont naturellement américano-centrées, aussi je me suis permis de rajouter quelques notes de bas de page.

Merci à Katha Pollitt de m'avoir autorisée à publier cette traduction ici.

À Noël dernier, j'ai fini par abdiquer : j'ai offert sa propre cassette de La Petite Sirène à Sophie, ma fille de trois ans. À présent, elle aussi peut tomber en pâmoison devant Ariel, l'ado mutine à queue gironde qui échange sa voix contre une paire de jolies jambes et une chance d'épouser le prince. ("Lorsqu'une femme sait tenir sa langue, elle est toujours bien plus charmante", chante la cynique sorcière marine, "c'est la reine du silence qui se fait aimer". Comme c'est la méchante, nous ne sommes pas censés remarquer que les faits lui donnent raison.)

En règle générale, lorsque les parents cèdent à leur progéniture un objet qui leur inspire de la répulsion, ils plaident l'impuissance face à la tyrannie enfantine. Sauf que La Petite Sirène, c'était mon idée. Certes, Ariel ressemble à Barbie, et son aventure se limite à une histoire d'amour qui se conclut par un mariage. Mais contrairement à Cendrillon ou à la Belle au Bois Dormant, par exemple, Ariel est dans l'action, elle est courageuse et résolue, elle est l'héroïne de sa propre vie. Elle sauve même le prince de la noyade. Et cela fait d'elle un poisson rare dans la culture enfantine.

Jetez un œil au rayon enfants de votre vidéo club. Neuf fois sur dix, vous trouverez des productions qui mettent en scène des garçons et sont généralement destinées à des garçons. En zappant l'autre jour à la télé – j'admets qu'il ne s'agit pas là d'une étude rigoureusement scientifique – je ne suis pas tombée une seule fois sur un dessin animé ou une série (la chaîne pour enfants Nickelodeon propose les deux) qui comportait un personnage féminin. N'étaient l'animation rudimentaire et une certaine forme de frénésie décérébrée, j'aurais tout aussi bien pu me croire de retour dans les années 1950, à l'époque où je picorais mes Frosties devant Daffy Duck, Bugs Bunny, Porky Pig et toute la brochette 100% mecs de la Warner Bros.

Les programmes d'aujourd'hui sont soit exclusivement masculins, comme Garfield, soit organisés selon ce que j'appelle le principe de la Schtroumpfette : un groupe masculin sera mis en valeur par un personnage féminin unique et stéréotypé. Dans les pires dessins animés – ceux qui se fondent à merveille au milieu des publicités pour les céréales – le personnage féminin est en général une petite sœur, un lapin habillé d'une robe rose avec un nœud dans les cheveux qui suit les ours intrépides et les blaireaux valeureux dans leurs aventures. Mais le principe de la Schtroumpfette régit également les émissions produites avec le plus grand soin. Ainsi le seul personnage féminin du casting de Winnie l'Ourson, Maman Gourou, est celui d'une mère. Piggy, des Muppet Babies, est une version miniature de Piggy la cochonne (1), la diva exubérante des Muppets. Chez les célébrissimes Tortues Ninja, April fait office d'assistante pour le quatuor de super-héros masculins. Le message est clair : les garçons sont la norme, les filles, la variation. Les garçons sont au centre, les filles à la périphérie. Les garçons sont des individus à part entière, les filles sont des types. Les garçons définissent le groupe, son histoire et son code de valeurs. Les filles n'existent que par rapport aux garçons.

Bon, évidemment, les chaînes privées… à quoi m'attendais-je ? La surprise, c'est qu'en dépit de leur supériorité intellectuelle, de leur charme et de leur attachement à des valeurs plus nobles, les chaînes publiques arnaquent elles aussi les petites filles. Mister Rogers (2) vit dans un quartier majoritairement peuplé d'hommes entre deux âges, comme lui. Shining Time Station présente un dessin animé où les personnages masculins sont incarnés par des locomotives, et les personnages féminins par des wagons de voyageurs. Et puis, il y a Sesame Street. C'est vrai, les humains y sont équitablement représentés entre hommes et femmes (ils sont également de diverses origines ethniques, ce qui constitue une autre rareté). En outre, les extraits vidéo de cette émission sont à peu près le seul endroit à la télévision où l'on voit régulièrement des filles s'amuser entre elles, en s'entraînant au Double Dutch ou lors de soirées pyjama. Mais les vraies stars de Sesame Street, ce sont les Muppets. Et les plus importantes d'entre elles – celles qui ont une vraie personnalité, qui chantent dans les intermèdes musicaux, celles que les enfants chérissent et auxquelles ils s'identifient – sont toutes masculines. Je connais une fillette qui, en s'apercevant que même Big Bird – son dernier espoir – était un garçon, en a conçu un tel chagrin et une telle indignation qu'elle n'a plus regardé jamais l'émission depuis.

Bon, il y a toujours la bibliothèque. Certains des meilleurs livres pour enfants jamais écrits parlent de filles – Madeleine (3), Frances the badger (4). Il est même possible de trouver des histoires teintées d'humour et de féminisme, comme La Princesse dans un sac (elle sauve le prince des griffes du dragon, mais face à son ingratitude, décide finalement de ne pas l'épouser). Mais les livres qui parlent de filles constituent un sous-ensemble dans un domaine comportant un bien plus vaste sous-ensemble de livres qui parlent de garçons (12 livres de contes sur les 14 salués par la critique dans la sélection de Newsweek à Noël dernier, par exemple) et de livres dans lesquels le sexe de l'enfant n'a théoriquement pas d'importance – auquel cas, comme par hasard, il sera généralement masculin. Dans les livres du Dr Seuss, il est moins question d'individus spécifiques que de la liberté du langage et de l'imagination – mais, curieusement, seuls les garçons finissent par aller au-delà du Zèbre (5), ou par assister aux merveilles de Mulberry Street (6). Ranelot et Bufolet (7), Asticot (8), Lyle le crocodile (9), tous auraient pu être femelles. Mais ce n'est pas le cas.

Les petits sont-ils conscients du sexisme où baigne la culture enfantine ? Un peu, mon neveu. Les jeunes enfants sont comme des philosophes médiévaux : le texte – un livre, un film, une émission de télé – fera autorité, bien plus que ce qu'ils constatent de leurs propres yeux. "On joue à la mariée", dit ma petite nièce. Nous autres adultes levons les yeux au ciel, mais regardons les choses en face : cela demeure l'unique scénario dans lequel la fille joue le rôle principal. "Les femmes sont infirmières" s'est vu expliquer mon amie Anna, médecin, par sa fille Molly, alors âgée de quatre ans. Même ma Sophie chérie commence à remarquer le rôle de figurantes que jouent les filles dans certains de ses livres préférés. "Qui c'est ?" demande-t-elle à chaque fois que nous relisons Le Chat chapeauté. C'est Sally, la petite sœur timide du narrateur, un garçon plein de ressources. Elle voudrait que Sally compte, je pense, et comme Sally n'est guère qu'un nom surmonté d'un nœud dans les cheveux, il nous faut répéter ce nom encore et encore.

Le sexisme dans la culture enfantine déforme autant les filles que les garçons. Les fillettes apprennent à faire le grand écart mental, filtrant leurs rêves et leurs ambitions au travers de personnages masculins tout en admirant les toilettes des princesses. Les plus privilégiées, les plus audacieuses peuvent rêver de devenir des femmes exceptionnelles dans un monde d'hommes : des Schtroumpfettes. Quant aux autres, on leur apprend à accepter le lot commun, qui consiste à traverser la vie assise dans un wagon de voyageurs tracté par une locomotive mâle. Étant rarement confrontés à des histoires où les personnages masculins ne jouent que des rôles mineurs, les garçons quant à eux retiennent une leçon plus simple : les filles comptent pour des prunes.

Comment se fait-il que vingt-cinq ans de progrès sociaux en matière de féminisme aient si peu marqué la culture enfantine ? Désormais âgée de six ans et bien consciente que les femmes peuvent être médecins, Molly a une théorie : les divertissements pour enfants sont surtout conçus et produits par des hommes. Il se trouve que c'est vrai, et je suis persuadée que ça explique pas mal de choses. Il est vrai également qu'en tant que société, nous ne paraissons pas tellement nous soucier de ce qu'il se passe chez les enfants, du moment qu'ils sont à peu près sages. Céréales aux marshmallows, merdouilles en plastique, heures interminables passées devant la télé ; une société qui accepte tout cela n'en fera pas un fromage si, par-dessus tout ça, nous ajoutons quelques stéréotypes de genre. C'est plus facile de se concentrer sur les bons côtés. J'ai eu Cendrillon, Sophie a La Petite Sirène – c'est une forme de progrès, non ?

"On y travaille", m'a répondu Dulcy Singer, la productrice exécutive de Sesame Street, quand j'ai soulevé la question sensible de ces Muppets 100 % masculins. Après tout, l'émission n'est diffusée que depuis un quart de siècle ; ces choses-là prennent du temps. Le problème, c'est que nos enfants n'ont pas le temps. Ma fille si drôle, si aventureuse, si intrépide et si futée, c'est maintenant qu'elle construit ses idées sur le genre. Je fais ce que je peux pour contrebalancer les messages que ces divertissements lui envoient, tout comme son père – Sophie regarde très peu la télévision. Mais je vois bien qu'on a du pain sur la planche. Et ça nous aiderait vachement si les lapines voulaient bien retirer leurs rubans dans les cheveux, et si la moitié des monstres étaient poilus, bleus – et femmes.

(1) En français, on pousse le clonage un peu plus loin, car les deux personnages portent tous deux le même nom : "Piggy", contre "Piggy" et "Miss Piggy" en anglais.
(2) de l'émission Mister Rogers' Neighborhood.
(3) Série Madeline, de Ludwig Bemelmans.
(4) Série de Russell Hoban. Pas traduit, semblerait-il.
(5) On Beyond Zebra (1955), un livre qui raconte les lettres qu'on trouve après le Z, et les mots qu'on peut écrire avec.
(6) And to think that I saw it on Mulberry Street, 1937.
(7) Frog and Toad, d'Arnold Lobel, 1970.
(8) Lowly Worm, de Richard Scarry, 1977.
(9) Lyle, Lyle, crocodile (1965), de Bernard Waber, a priori pas traduit.

ven. 04 novembre 2016

Assignée à résidence

La Chouquette n'est pas retournée à l'école pour cause de laryngite. Le problème, c'est qu'elle n'est pas du tout assez mal en point pour comater dans un coin et me laisser vaquer à mes occupations... Et à la fin des vacances, j'étais plutôt impatiente de retrouver mes journées de liberté.
Je suis contrainte de dessiner des robes à colorier à la chaîne pour qu'elle fasse autre chose qu'escalader une pyramide de chaises. MOI. L'anti-styliste absolue.

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Je passe régulièrement la main à Mimi la Souris pour tenir le coup (cette petite va retourner à l'école avec les yeux carrés lundi). Le seul point positif dans tout ça, c'est qu'on se nourrit de jambon-purée à tous les repas.

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please send help

mer. 19 octobre 2016

Sainte Isabelle Filliozat, priez pour nous

Hiboute a une bonne amie depuis la crèche, O.

Elles ne se sont pas retrouvées dans la même classe, mais se cherchent pour être ensemble dès qu'elles sont dans la cour de récréation. Quand j'arrive le soir et qu'O est déjà partie, Hiboute est souvent désemparée ; elle s'est fait d'autres copines mais en quelques semaines, évidemment, le degré d'intimité n'est pas le même. La fatigue de la journée aidant, je crois qu'elle n'a tout simplement pas la force de traîner avec ces copines toutes neuves...

Bref. Comme on s'entend bien, la mère de O et moi, il nous arrive d'embarquer chacune notre tour les deux filles pour qu'elles se voient un peu plus chez l'une ou chez l'autre. Quand c'est chez O, tout se passe très bien. Mais quand c'est chez nous, misère ! C'est l'horreur. O est ultra-cool, mais Hiboute se transforme en furie, en créature tyrannique qui malmène sa copine, ne supporte pas de la voir s'amuser avec un de ses jouets, veut tout ce à quoi l'autre fait mine de s'intéresser, pique des crises monumentales (alors qu'elle est plutôt sereine habituellement), etc.

On termine épuisées toutes les deux, je ne sais pas quoi faire, quoi dire pour l'aider à être plus zen. Je ne sais pas dans quelle mesure c'est mon attitude à moi qui attise cette tension (je me sens sur la corde raide quand je la vois commencer à déraper : elle a besoin d'être rassurée, clairement, mais je ne peux pas lui caresser les cheveux en lui murmurant à l'oreille que tout va bien quand elle s'apprête à crever les yeux de sa copine avec le crayon vert que l'autre a eu le culot de prendre pour colorier son bonhomme), ou si c'est elle qui subit des conflits intérieurs que je ne pourrai de toute façon pas lui épargner. Je vois bien qu'elle est désemparée elle aussi, que par moments elle tente de se dominer mais que c'est trop dur.

Bref, je crois que je vais laisser passer quelques semaines avant de proposer à nouveau qu'on invite O à la maison... (et, donc, je vais voir si Isabelle Filliozat a quelque chose à me suggérer...)

mar. 11 octobre 2016

Pourquoi, pourquoi pas

Dimanche après le square, on s'arrête à la boulangerie histoire de s'offrir une petite fougasse pour le goûter. Hiboute en réclame aussitôt un morceau, à quoi je réponds, en bonne mère en perpétuelle croisade contre les vilains microbes : tututut, on va se laver les mains d'abord.

Couinements de frustration. Je défends ma position :

- Enfin, chérie... Si tu ne te laves pas les mains d'abord, tu peux tomber malade !

La boulangère intervient :

- Ou plutôt, si tu ne te laves pas les mains d'abord, ben t'en auras pas !

Deux visions de l'éducation.

Par réflexe, je suis le plus souvent dans la première, mais par fatigue ou par manque de temps, ou quand la première ne donne rien sur le moment, je peux verser dans la seconde, parfois plus efficace à court terme, mais pas hyper stimulante à mon sens.

Hiboute n'est ni plus ni moins disciplinée que les autres, mais je pense qu'à terme, il est plus fécond de lui présenter un monde avec des causes et des conséquences logiques, plutôt que des autorisations et des interdictions en apparence arbitraires. Et de toute façon, impossible d'ignorer ses "pourquoi ?" systématiques. C'est stimulant aussi pour moi, car ça m'oblige à expliciter (et parfois à remettre en question) le bien-fondé de ce que je lui demande de faire ou de ne pas faire. Pourquoi je veux bien qu'elle commence son repas par le yaourt mais pas par le chocolat, par exemple. Mais il est certain que c'est plus long et plus fatigant.

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En ce moment, elle est dans une phase Terres et soleils à gogo.

lun. 29 août 2016

C'était bien toutes ces framboises et toutes ces étoiles filantes, mais y a la rentrée qui nous attend.

... Bien sûr, à partir de la mi-août, on va commencer à reprendre le rythme et à se coucher tôt pour qu'elle soit en forme à la rentrée...

Qu'on lui avait dit, à la directrice de l'école maternelle, en mai dernier.

Haha ! On n'était pas complètement hypocrites bien sûr, mais bon, entre cette petite qui a hérité du sommeil de merde de ses parents et nos difficultés à respecter ce genre de cadre (j'angoisse depuis 6 mois à l'idée de la course contre la montre qui se jouera tous les soirs pour réussir à la coucher à 20h - oh mon Dieu, mais à quelle heure il faut commencer l'apéro si on veut s'en sortir ?), on se doutait que ce ne serait pas si facile.

De fait, à 4 jours de la rentrée, la Poupette ne s'est endormie qu'aux alentours de... minuit. HUM.

Et ce matin, après un gros mois de cocon familial exclusivement, retour à la collectivité ; nous avons accompagné notre petite Chérie au centre de loisirs (avec le sentiment de la mener à l'abattoir en ce qui me concerne). Violent, le contraste. D'ailleurs, si je suis ici ce matin au lieu de me mettre au boulot, c'est que j'ai besoin de m'épancher un peu... J'essaie de me rappeler que ça n'a pas de sens de projeter mes émotions de petite fille (sauvage, ombrageuse, n'aimant pas quitter ma maison ni mes parents - OK, relou - ) sur cette petite fille-là qui n'a heureusement pas mon caractère. Alors que du temps de la crèche, j'ai toujours profité de ma liberté retrouvée sans arrière-pensée, là, j'attends 17h30 avec anxiété et je sens bien que cette journée, je vais l'occuper au lieu de la vivre.

Eh, c'est déjà pas mal, d'avoir attendu 3 ans et demi pour devenir une mère angoissée, non ?

Allez, je vais chialer un coup et puis je cuisinerai un gâteau chocolat-banane pour me réconforter. (Waouh, je reviens à la compulsion alimentaire ? C'est carrément le mode survie qui est enclenché, là.)

mer. 18 mars 2015

Ce qui me meut

J'ai envie de vous parler de tout plein de choses, mais ces temps-ci j'en parle plus sur Facebouk, ou dans les commentaires d'autres blogs ; parce qu'ici on ne dialogue plus beaucoup, et que j'ai envie d'échanger (bien sûr, c'est un cercle vicieux, moins je nourris ce blog et moins il me nourrit...).

Mais le fait est que tout mon temps de parole disponible est absorbé ailleurs, et que ça me chagrine un peu, alors voyons s'il n'y a pas moyen de vous livrer une sorte de digest, une pelote de liens (et puis, pour mémoire, pour moi, aussi).

En ce moment, entre autres je m'intéresse...

  • à la parentalité en général, et à la bienveillance éducative en particulier, à l'interdiction des châtiments corporels ou plutôt à leur place dans notre société et à ce que les débats que ça engendre disent de nous. Sur le sujet, mon propre témoignage n'est pas très intéressant (ma fille est trop petite, mes parents ne m'ont jamais tapée, et ma position sur la fessée n'a évolué que de "résolument contre" vers "farouchement contre"), en revanche j'ai lu avidement ce billet, avant d'atterrir ici, en faisant un détour par là. Et pour élargir la question de la parentalité, après je suis tombée de ma chaise en lisant ceci puis cela. Faut que je pense à remercier mes parents d'avoir été aussi normaux, aussi aimants, inconditionnellement aimants.
  • aux légumes goûtus, à l'écologie, aux expériences, aux gens qui font différemment de ce qui s'est "toujours" fait, à une utopie : cet article, dans le genre, me fait complètement fantasmer.
  • Aux enfants, à leur développement, à l'importance et au bonheur du jeu, et à la résonance entre ces deux articles ici (coup de foudre) et (coup de foudre bis). Et plus généralement, aux idées de Maria Montessori (merveilleusement développées et mises en œuvre par Eve Hermann avec ses filles, par exemple), qui sont souvent du bon sens, mais pas assez partagé par tous à mon goût. Et quand je pense qu'à l'IUFM on ne m'en a jamais parlé qu'en passant, je trouve ça absurde et révoltant.

Et sinon j'ai fait un peu de pâtisserie aussi, mais on se garde ça pour un autre post, d'accord ?

mar. 09 décembre 2014

Le romarin, la princesse et le chevalier

J'ai rendu ma traduction jeudi dernier, et j'ai l'impression que c'était il y a cent ans.

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Tous les ans, le Chou évoque l'idée de faire l'acquisition d'un sapin de Noël ; il n'est pas trop pressant, mais avec la Poupette qui grandit, je sens que ça va devenir compliqué de s'en passer encore très longtemps... Déjà que je suis pas sûre de vouloir lui faire gober l'histoire du Père Noël, pauvre Hiboute, quelle enfance désenchantée je lui donne.

Du coup cette année, à titre d'échauffement, j'ai fait un romarin de Noël, et j'ai accroché trois guirlandes dans la maison. Je n'aurais pas soupçonné que ça m'emmerderait aussi prodigieusement... Presque autant qu'acheter des fringues à cette malheureuse enfant qui n'est presque vêtue que des reliques de ses cousins, et des offrandes de ses grands-mères - faut dire, les Sergent Majour et compagnie, ça me déprime sévère : les rayons marron/caca d'oie/ bleu marine pour les garçons et rose/violet/mauve pour les filles, j'en vomirais. Chacun sa couleur et les vaches seront bien gardées, c'est ça ? Les dingos du gender peuvent dormir sur leurs deux oreilles.

Sur le sujet, le documentaire Princesses, Pop Stars & Girl Power est très bien fichu - un peu décourageant, parce qu'on se demande en tant que femme, en tant que mère, ce qu'on va bien pouvoir faire pour éviter de s'enfermer ou d'enfermer nos filles dans un stéréotype féminin pourri... Mais ça mérite d'être vu quand même je pense.

Ce qui est intéressant notamment, c'est l'idée que le "genrage" rapporte du pognon ; au début du film, on raconte qu'il y a trente ans, les vélos pour enfants étaient rouges ; ainsi l'engin sur lequel l'aîné-e d'une fratrie avait appris à pédaler servait à tous les autres enfants qui suivaient. Aujourd'hui, il y a les vélos ROSES Hello Kittou, et les vélos BLEUS Spidermoun. Du coup les parents doivent acheter DEUX vélos pour leurs rejetons s'ils ont eu la mauvaise idée de ne pas tous partager le même sexe. Malin, non ? Et bien entendu ce principe commercial s'applique à tout, absolument tout. Vu par exemple : les biberons rose/bleu. Les BIBERONS bordel. Et bien entendu cette foutue gangrène s'est également installée dans les livres, lisez ce génial article (désespérant aussi, certes) d'une libraire qui résume bien la situation je trouve : De l'inconvénient d'être féministe en librairie jeunesse.

Mais bien entendu, le problème de la princesse et du chevalier est si diffus qu'on ne peut blâmer uniquement les marketeux, puisque les parents sont manifestement demandeurs. Il y a quelques temps de cela j'étais à une réunion de consommateurs, et nous autres mères débattions de l'emballage idéal pour un petit pot de bébé. Parmi les présentations qu'on nous avait soumises, il y avait un petit train dont chaque wagon transportait un des aliments constitutifs de la recette. Eh bien il s'est trouvé une mère pour estimer que ça faisait "trop garçon" et qu'elle ne serait point tentée d'acheter cette purée testiculée pour sa petite fille. Voui voui. What. The. Fuck.

Bon je voulais juste parler de mon romarin de Noël... Allez je fais un voeu, c'est la saison : réfléchissez bien aux cadeaux de Noël pour vos moutards !

mar. 02 décembre 2014

Concilier travail et vie de famille

J'ai fini la traduction proprement dite ; les dernières pages valent leur pesant de godemichés, c'est moi qui vous le dis. J'en suis aux dernières relectures.

Il faut savoir que mon intromission (oui je ne choisis plus aucun mot sans arrière-pensée) dans le monde merveilleux du mommy porn, je la dois au Tigre-Chou, qui entre deux traductions plus prestigieuses doit quand même gagner de quoi nous payer l'apéro. Cela doit bien faire six mois, donc, que dans notre home sweet home, on parle cul à d'autres moments et en d'autres lieux que sur l'oreiller.

Évidemment, ça craint de parler boulot devant la chouquette, alors on se censure. L'autre jour, on faisait des relectures à voix haute - eh ouais les mecs, comme Flaubert... bon, d'accord, pas exactement comme Flaubert. Ok c'est bon, pas DU TOUT comme Flaubert.

En fait, on débite le texte platement, comme pour une italienne. Moins pour entendre comment ça sonne que pour être sûrs qu'on lit vraiment et pas qu'on pense à autre chose... et comme la petite chérie était à portée d'oreille, on a pris des mesures, ce qui a donné des résultats plutôt rigolos (Il introduisit son gros schtroumpf tout dur dans ma schtroumpf brûlante de désir, et se mit à me schtroumpfer en grondant d'une voix rauque "Tu aimes ça, hein, schtroumpfette ?" etc.)

On n'est pas payés cher mais on se marre bien.

mar. 11 novembre 2014

C'est mardi c'est Milky

Je prends sur le précieux temps de sieste pour honorer notre rendez-vous.

Hiboute est en plein dans le début du langage, elle ne parle toujours pas beaucoup (nous venons de recenser une dizaine de mots qu'elle utilise régulièrement) mais elle adore qu'on lui nomme les choses, c'est merveilleux de voir son intelligence s'épanouir de jour en jour. Hier, dans l'imagier des formes, elle me montre le nuage. Je dis donc "Nuage." Elle me regarde alors, frappée : "Oh !". Et elle se précipite vers la salle de bains où se trouve, sur le bord de la baignoire, un joujou que nous aimons beaucoup toutes deux : un nuage (qu'on remplit d'eau pour faire pleuvoir dans le bain).

Et en ce moment c'est comme ça tous les jours, les associations, les liens, la reconnaissance, je suis complètement fascinée et extrêmement attendrie de la regarder vivre.

jeu. 02 octobre 2014

C'est une poupée qui fait non

Hiboute a 19 mois aujourd'hui. J'aurais préféré parler d'elle le jour de ses 18 mois plutôt, ça faisait plus un compte rond, enfin je me comprends... Mais bon, le mois dernier je n'avais vraiment pas le temps.

Je regrette parfois de ne pas prendre le temps de noter régulièrement la façon qu'elle a de grandir.... Elle reconnaît son immeuble quand on marche dans la rue, elle fait bien attention de ne pas coller ses gommettes Barbapapa les unes sur les autres, elle adore patouiller dans le lavabo avec le savon, son aliment préféré c'est l'avocat.

Tous les matins elle touche successivement notre nez, notre bouche, nos yeux, nos cheveux, puis elle fait de même avec les siens, et elle attend de nous que nous énumérions tout cela - ce que nous faisons, avec dévotion. Tous les matins elle réclame pour boire dans nos tasses de café, tous les matins nous répondons "C'est du café, c'est pas pour les bébés", et tous les matins elle se résigne sagement.

Elle se débrouille désormais pas trop mal pour manger et boire seule - à moins que je ne me sois habituée à ce qu'elle repeigne la cuisine tous les soirs.

Les chaussures la passionnent, elle lève un index attentif en écarquillant les yeux quand elle entend un bruit qui l'intrigue, et elle aime toujours me caresser les cheveux pour s'endormir. C'est parfois très attendrissant de marcher avec elle dans la rue (surtout quand elle pousse sa petite poussette avec son lapin dedans, alors là, le trottoir est plein de flaques de gens qui ont fondu en la voyant), et parfois c'est super relou (elle caresse tous les murs dégueus et les poteaux pleins de pipi de chien, elle court dans l'autre sens, ou bien vers les voitures, elle se tortille si je l'attrape pour aller plus vite, etc).

Après une longue phase monomaniaque de "maman" elle prononce désormais volontiers "papa", et évidemment, ÉVIDEMMENT, elle dit aussi "non".

Qu'on ne se méprenne pas : si cette petite ne parle pas ou si peu, elle sait en revanche très bien se faire comprendre, même des grands pas très familiers des petits (cette patience qu'ont les enfants à réclamer quelque chose d'imbitable, ça me fascine. J'ai la sensation qu'à leur place je me serais déjà énervée depuis belle lurette). Mais pour les habitués, elle a tout de même développé une langue des signes qui lui permet d'aller un peu plus vite :

  • Tire la langue : J'ai soif, esclave / Où est ma tétine, esclave ?
  • Tape ses poings l'un contre l'autre : Chante pour moi, esclave.
  • Incline sa tête contre sa main : Chante "Meunier tu dors" pour moi, esclave / Tu me fatigues avec tes chansons, je veux aller dormir maintenant.

Et ainsi de suite.

C'est notre petite Chouquette chérie. Même quand y a pas crèche, je l'aime, c'est vous dire.

Allez, la prochaine fois, je vous parle de mon nouveau boulot, quand même ! Les journées passent tellement vite...