Ces temps-ci je ressens beaucoup d'impuissance au travail.
Pas un jour ne se passe sans qu'en salle des maîtres nous ne parlions du cas
de tel ou tel gamin problématique, et à chaque fois ou presque, le problème
surtout, c'est la famille.
La gamine vampire, si irritante, dont la mère me dit "Mais je ne comprends
pas, à la maison elle a tout ce qu'elle veut..."
Le gamin masochiste et fouille-merde qui va se faire massacrer quand il sera
au collège, et que les parents, déclinant toute aide psychologique, enferment
dans cette attitude d'un définitif "oui mais on l'a adopté à 2 ans et on ne
sait pas ce qu'il a vécu avant".
Le gamin à l'ouest, fragile scolairement, qui aurait besoin de ne pas louper
l'école, mais qui n'arrive pas à réveiller ses parents le matin - du coup il ne
vient que l'après-midi.
Le lot de gosses qui se font frapper par leur parents, mais seulement quand
ils ont fait une bêtise, et puis c'est culturel tu comprends, il faudrait faire
un signalement pour le quart des élèves si on commençait, en plus ils ont déjà
tellement de problèmes, ça ne les aiderait pas.
Nous suggérons le psy, l'assistante sociale, nous en appelons à la
directrice, au médecin scolaire. La plupart du temps, autant de coups d'épée
dans l'eau.
A l'Hi-Hue-Ephème on nous apprend qu'il n'y a pas de mauvais élèves, que des
mauvais profs. Je trouve finalement qu'il y a surtout de mauvais parents !
Les enfants font de leur mieux, les enseignants font de leur mieux, et pourtant
ça ne marche pas. Pincemi et Pincemoi tombent à l'eau, qui est-ce qui reste
?
Chéri me répète que les parents ne sont pas les ennemis. Je sais qu'il a
raison, mais j'ai parfois bien du mal à m'en convaincre.
Pour ne pas finir trop pessimistement (1) : une enseignante chevronnée
m'a raconté comment une fois, par des pratiques de classe particulières, elle
avait aidé à résoudre un nœud familial qui rendait le gamin ingérable en
classe, et les parents de plus en plus crispés avec l'école. L'année d'après,
le môme était devenu... je cherche le mot, je sais que ce n'est pas très
politiquement correct mais faute de mieux : il était devenu normal. Je
garde cette histoire en tête pour me rappeler que parfois on peut changer les
choses (et pour apprendre : ces pratiques professionnelles ne sont pas à
la portée d'une débutante).
(1) Je SAIS que ça n'existe pas. Ça devrait, c'est pas ma faute.



