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jeu. 06 décembre 2012

Mercenaire

backtoschool.jpg

Je racontais à Couac l'autre jour que je ne savais pas si c'était

  • de travailler à mi-temps et de vivre ma vie loin de l'Educ Nat le reste de la semaine
  • d'être remplaçante à l'arrache et de travailler au mieux deux jours avec les mêmes élèves et les mêmes collègues
  • d'être en pleins travaux, dans ma chair et dans mon appartement - je hante autant les couloirs de la maternité que ceux de Leroy Merlou
  • de n'avoir personne sur le dos cette année en classe (titularisée à la fin de l'année dernière, inspectée l'année prochaine)

Ou un peu tout ça conjugué, mais vraiment, cette année, ça me fait tout bizarre de me sentir si peu impliquée dans mon travail.
Un poil à côté de la plaque - même si je demeure pleinement à ce que je fais quand je prends une classe. Ça n'a pas que des avantages (un brin d'angoisse au ventre quand j'arrive le lundi matin au secrétariat, où est-ce que je vais me retrouver aujourd'hui ?) mais quand je vois par exemple mes collègues cravacher pour remplir les livrets du premier trimestre, je savoure ma situation.

C'est juste que... je suis toujours instit, mais je fais un métier tellement différent de l'année dernière. C'est déroutant.

Pour autant, n'oubliez pas de m'envoyer une image avant jeudi 13 décembre à minuit pour participer à mes Dix ans de blog !

dim. 07 octobre 2012

La pub des éditeurs à l'école

Une blogueuse, mère de deux enfants scolarisés dans notre beau pays, me disait l'autre jour "j'aimerais bien comprendre pourquoi l'institution scolaire fait la pub de certains éditeurs, de presse et de livres jeunesse…"

J'ai commencé à répondre dans ses commentaires, et puis ça devenait long, et puis je me suis dit que ça en intéresserait peut-être certains d'entre vous ici, alors pouf, voilà ce que j'y ai dit :

Qu'entends-tu par institution scolaire ? L'EN ? Les profs ? Les directeurs ? Les inspecteurs ? Ou tout ça ensemble ?...

Pour les livres jeunesse, oui, il y a une liste officielle qui circule, par cycles, mais il s'agit plus de recommandations/suggestions aux instits que de prescription (m'enfin, si ton inspecteur est un emmerdeur, quelque chose me dit qu'il vaut mieux taper dans la Liste l'année de ton inspection... ce qui ne l'empêchera pas de te chercher des poux dans la tête s'il en a envie, mais bon). Pour le secondaire je ne sais pas si ça se passe pareil. Bien sûr, il est évident que les titres de cette liste ont des tirages assurés, mais en même temps c'est pas ultra-subversif hein... (Tandis que justement, certains magazines ont l'audace DINGUE de faire leur couv sur le très controversé Edward Hopper...)

Pour la presse, fais-tu allusion aux publi-informations dispensées par de gentils représentants qui viennent dans les classes apprendre aux élèves ce qu'est un magazine, comment on le fabrique et qui le fabrique, et au passage si vos parents veulent bien remplir le formulaire d'abonnement à Youhou Mag c'est sympa ?

J'ai vu une directrice dire à un instit "Madame Bouyard Presse viendra tel jour dans ta classe pour une présentation d'un quart d'heure", l'instit tirait un peu la tronche mais il n'a pas décliné (il pouvait, je pense. Après y a des drôles de rapports de force dans certaines écoles...). D'un côté, oui ça fait de la pub dans les écoles, et ça c'est PAS BIEN.

De l'autre, quand tu as face à toi 25 mômes de 8 ans qui n'ont jamais entendu parler d'un abonnement, n'en connaissent même pas le concept, tu te dis Bon, c'est quand même un truc de la vie quotidienne, ça peut leur servir de connaître. Tu te dis alors que tant pis pour la pub, cette présentation, c'est PAS SI MAL. Et encore une fois, si ça te gêne trop aux entournures d'être celle qui file des bulletins d'abonnement aux parents, rien ne t'oblige à le faire. C'est un calcul bénéfice-compromission que chacun fait personnellement. L'année dernière je ne l'ai pas fait, je ne le sentais pas, mais je ne m'engage pas pour autant sur les années suivantes.

D'autant que les moyens des écoles étant ce qu'ils sont (sauf les écoles où justement, les élèves ont des parents et des mamies qui les ont déjà abonnés à Woupala et Trululu Hebdo depuis le berceau), je ne crache pas sur deux magazines offerts pour ma bibliothèque de fond de classe (t'as vu le prix d'un Astrapu ?), ou un joli calendrier illustré qui m'économisera deux heures de fabrication maison ou 8 euros de ma précieuse coop de classe...

En espérant, ma chère LiWyMi, ne pas avoir répondu à côté de la plaque, je te souhaite de bonnes vacances scolaires, qui après tout ne sont que dans trois semaines (mais qui tient le décompte ?).

mer. 03 octobre 2012

Subtile torture n°2

Apprendre par cœur une chanson nulle pour pouvoir la faire répéter aux gosses. Avoir du mal à se mettre la mélodie (pourtant d'une banalité affligeante) en tête. Réécouter la chanson sur internet - par un chœur d'enfants, l'un des trucs les plus horripilants au monde.

Le jour venu, dans le feu de l'action, oublier encore cette fichue mélodie - apprendre un truc bringuebalant aux élèves.

Les jours d'après, avoir cette chanson vissée au crâne et ne plus pouvoir s'en débarrasser.

Vraiment, la maternelle, c'est pas mon truc...

PS : toute suggestion de chanson sympa et accessible à des nains de 4 ans est la bienvenue dans les commentaires. Lien audio ou vidéo indispensable !

ven. 21 septembre 2012

Subtile torture

Insister pour que les enfants fassent la sieste. Ne pas céder sur le bruit, sur le mouvement ; à défaut de dormir, ils ne doivent pas en empêcher les autres. Myriam pose ta tête, ferme les yeux Malik, Julie ARRÊTE de gigoter comme ça, chut les filles, tourne-toi de l'autre côté Thomas...

Insister. Certains ont besoin de dormir mais ne sombrent que si on reste à côté d'eux, que si on prend un moment pour leur caresser le dos Allez tu as besoin de te reposer, ferme tes petits yeux, ça va te faire du bien.

Insister, insister. Passer tout bas un CD de relaxation, genre bruits de la nature la nuit.

Insister pour que ces enfants sinon trouvent, du moins daignent chercher le sommeil. Insister, tout en se demandant, durant ce long bras de fer, comment faire pour résister à l'envie animale qu'on a de piquer la couverture de l'un d'eux, s'allonger en travers des petits matelas (comme Blanche-Neige) et abandonner le monde pendant une demi-heure.

Quand je pense que j'ai arrêté les siestes à 18 mois. Quelle conne !

mer. 12 septembre 2012

Vernie

OK j'vous raconte.

J'ai donc fait ma rentrée avec une semaine de décalage ; ah les jours volés ! Le plaisir de l'école buissonnière sans la culpabilité, autant dire le beurre et l'argent du beurre.

Lundi tout de même, il était temps de s'y mettre. J'ai appris que je serai BD cette année ; rien à voir avec la potion magique (dommage), c'est une façon interne de dire que je serai remplaçante, affectée au gré des besoins (mais toujours payée hein, chuis titulaire bordel, pas freelance).

Là où c'est rigolo, c'est que l'année dernière au moment de faire mes vœux, il était spécifié noir sur blanc qu'étant à temps partiel, pour des raisons d'organisation de service, je ne pouvais demander de poste de remplaçante. Devons-nous en conclure que le service est désorganisé ? Sans doute - les suppressions de postes dans mon ministère ont également concerné l'administration... Et si en plus elles ont été menées sans chercher spécialement à virer les glandus qui ont peur des ordinateurs, j'imagine bien le bronx au final.

Je serai donc remplaçante, et jusqu'à la Toussaint, dans une classe de maternelle. J'y suis à peu près aussi à l'aise qu'un poisson dans le désert de Gobi, (jamais eu de formation spécifique, jamais observé de maître formateur alors que c'est COMPLÈTEMENT différent de l'élémentaire, en beaucoup plus difficile) mais bon.

Je ne suis pas ravie mais je reste cool, grâce à mon merveilleux mi-temps.

Le mi-temps. Je suis gagnante depuis le premier jour dans cette histoire, car si mon salaire n'a été réduit que de moitié, mon stress, lui, est divisé par 10 au moins. Reste à voir l'ampleur des sacrifices financiers qu'il faudra faire... On verra, mais j'ai le pressentiment que ça continuera de valoir le coup. Je garde le plaisir de voir des collègues et d'être créative dans mon boulot, sans me coltiner la fatigue du marathon - couru à une allure plus proche du sprint - que représente une année scolaire.

À nouveau, le beurre et l'argent du beurre !

mar. 04 septembre 2012

La rentrée ? Quelle rentrée ?

Huhu ça devient comique, je n'ai toujours pas eu de coup de téléphone de mon employeur.
Notez bien, ça m'arrange, je suis très occupée : vous pensiez vraiment que la rhubarbe que ma sœur m'a rapportée de son jardin allait se transformer en compote toute seule ? Que les bouquins repérés à la bibli allaient faire le chemin jusqu'à la maison avec leurs petites papattes ? Tss, vous croyez au Père Noël, vous, hein.

Mais bon, demain au plus tard, cette fois-ci promis-juré, on va me dire où aller travailler. C'est chouette, je commence presque -presque- à avoir envie de m'y mettre !

Une petite photo en attendant.

2chiens

"Alors ?" est un texto que je reçois de ma famille, de mes amis assez souvent en ce moment. Il semble que je suis la plus patiente dans cette histoire, ça m'épate.

ven. 31 août 2012

Rentrée ou pas rentrée ?

Vous allez rire : je ne sais pas quand mes vacances se terminent...

Enfin, officiellement, c'est à partir d'aujourd'hui qu'on va m'affecter quelque part. A partir d'aujourd'hui, et jusqu'à... après la rentrée. Bon quand même, lundi, si on ne sait toujours pas quoi faire de ma personne, on me téléphonera pour m'envoyer poireauter dans une école plutôt que chez moi (trop aimable).

C'est une drôle de journée. Je m'occupe dix minutes, j'appelle le rectorat. Je m'occupe dix minutes, je rappelle le rectorat. Je m'occupe dix minutes, je re-rappelle le rectorat, et on reprend depuis le début. Bon, pourquoi pas ? J'ai pleuré la mort des vacances mercredi soir - quand j'ai réalisé qu'une fois la tourmente de la rentrée passée, c'était pas fini, il allait falloir réellement se mettre à bosser. Duuur ! Alors du coup, aujourd'hui, je profite.

Une photo de vacances en attendant :
chien-chat-cevennes
Tiens, c'est l'heure d'appeler... qui déjà ?

mer. 18 juillet 2012

La glorieuse incertitude du sort

C'est peu dire que je savoure les vacances - on s'en doutait.

Je ne sais pas encore dans quelle école je serai l'année prochaine, et bien sûr, encore moins quelle classe me reviendra. La seule chose assurée, c'est mon mi-temps, deux jours d'école par semaine, et c'est la seule chose qui compte.

On me dit "Rho là là, ça doit pas être facile, de ne pas savoir ce que tu fais l'année prochaine..." ; je peux éventuellement faire une petite grimace résignée pour contenter mes interlocuteurs, mais la vérité, c'est que je suis RAVIE de ne pas avoir de prise pour gamberger et me prendre le chou tout l'été, comme je l'avais fait l'année dernière, gâchant superbement mes vacances. C'est en tremblant que je vérifie chaque jour le serveur nous indiquant nos affectations pour la rentrée, car je ne VEUX PAS savoir. L'info qui tomberait le 31 août, ou même après, ce serait parfait (et c'est tout à fait probable).

dim. 01 juillet 2012

J'aurai survécu, en fin de compte.

  • La sortie dans Paris avec 25 gamins à bloc (et mon amoureux, bien meilleur accompagnateur que la plupart des parents d'élèves) : check.
  • Les livrets du 3e trimestre, quoiqu'un peu bâclés : check.
  • La fête de l'école, 1h30 à écrire les numéros du loto dans une cantine surchauffée : check.

Ca sent la quille, mes amis, ça sent la quille...

Si vous avez l'occasion (mais reste-t-il des places ?) d'aller voir Panorama, de Decouflé, à la Villette avant le 15 juillet, allez-y ventre à terre : c'était génial, drôle, beau, tendre... On y est allés à quatre et on a tous les quatre adoré. J'ai eu une petite préférence pour Octopus, que j'avais eu la chance de voir l'année dernière à Chaillot, mais Panorama vaut vraiment le détour et de toute façon, désormais, entre Philippe et moi, c'est pour la vie, je le suivrai les yeux fermés quoiqu'il fasse.

mer. 06 juin 2012

Peurs enfantines

On rentre en classe après la récré. Je vois bien que mon Emmerdeuse n°1 fait une drôle de tête, mais comme elle dépense d'habitude une énergie folle à essayer de se faire remarquer, j'ignore la tronche de cake. Je lance les mômes dans un exercice de vocabulaire, puis je chemine entre les tables pour voir comment ça se passe. J'arrive à celle de l'Emmerdeuse, qui entretemps a commencé à fondre en larmes. Hum. Elle est une fieffée menteuse, mais pas si bonne comédienne.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? je demande.

- J'ai PEUR.

Allons bon.

Il s'avère que deux autres gosses l'ont terrorisée en lui racontant l'histoire, ou plutôt une histoire de la Dame Blanche, qui dans cette version mâtinée de Candyman, apparaît si tu l'invoques en répétant son nom trois fois (ou neuf ou cinq, je ne sais plus). Je soupire.

- C'est une histoire qu'on a inventée exprès pour faire peur, et d'ailleurs ça marche, tu as peur. Mais c'est une très vieille légende, tout ça n'existe pas, tu ne risques rien. D'accord ? Ce n'est pas vrai, c'est une histoire inventée, tu ne risques RIEN, je martèle, sûre de mon fait.

Son visage se décrispe à peine.

- Mais ils m'ont aussi raconté une autre histoire...

Et là, elle me balance le fait-divers qui a fait trembler la France la semaine dernière. Du moins, il me semble reconnaître l'histoire, quoique mon hermétisme aux informations n'ait pas laissé filtrer grand-chose du dépeceur. A quel point faut-il protéger les enfants ? C'est facile de les mettre en garde contre de flous inconnus qui proposent des bonbons aux enfants dans la rue, pas contre des faits précis de snuff movies. Je reprends, avec moitié moins de conviction dans la voix :

- Non mais... tu ne risques rien, d'accord ? Il ne faut pas t'inquiéter de ça...

Vient ensuite la correction de l'exercice. Il fallait comprendre ce que voulait dire "se tracasse" dans la phrase "Théo n'est pas rentré alors qu'il est déjà 9 heures du soir, sa maman se tracasse." Les choix proposés étaient "s'inquiète" et "s'amuse".
On explique, on développe ; puis un gamin remarque "Oui mais si l'enfant fait beaucoup de bêtises, et qu'il ne rentre pas le soir, alors peut-être que plutôt, sa mère, elle s'amuse bien..." Re-hum.
Suspendre la correction deux minutes, expliquer aux enfants que leurs parents les aiment et que no matter what, ils seraient forcément très inquiets dans de telles circonstances. Je me sens un peu con-con en racontant ça, j'ai l'impression d'être un personnage de téléfilm confit dans les bons sentiments... Mais bon, tant pis. Il me semble qu'il n'est pas inutile de rappeler aux gens qu'on les aime et qu'on tient à eux, petits ou grands.

mer. 30 mai 2012

Crime et châtiment

J'ai un élève, je l'appelle Strange, parce que j'ai souvent été désarmée face à son esprit hautement à côté de la plaque. Le monde semble être un territoire véritablement perturbant, quand on est Strange. Cette bizarrerie mise à part, c'est le môme le plus gentil du monde, le genre qui ne ferait pas de mal à une mouche, même pour se défendre de ses agresseurs... Et justement, des agresseurs, il en a : les petits diables repèrent de loin son potentiel de victime idéale.

Depuis quelques mois, j'ai mis en place dans ma classe un cahier de doléances et un conseil d'élèves hebdomadaires. Le cahier de doléances m'avait été vendu par un maître-formateur comme une puissante instance de régulation, qui lui avait même permis de résoudre un problème de racket dans sa classe ; une autre maîtresse m'avait raconté comme le dispositif, de son côté, avait transformé un gosse perturbé et perturbateur en élève lambda, apaisé, méconnaissable, au bout de quelques mois. Bon, sans en attendre des miracles, et parce que je ne savais pas comment faire d'instruction civique, j'ai adopté le système.

Toute la semaine, les élèves écrivent leurs doléances dans le cahier prévu à cet effet. Le vendredi après-midi, nous prenons une demi-heure pour régler ensemble les conflits. Franchement, depuis le début, je n'ai pas noté d'amélioration grandiose ; chaque semaine apporte son lot de Truc m'a poussé, Machin m'a frappé, Bidule m'a dit Nique ta mère, sans que mes sermons du vendredi après-midi y changent grand-chose. Et puis c'est emmerdant, ce simulacre de tribunal, où pendant que la moitié de la classe essaie de démêler une sombre histoire de porte intentionnellement ou non lâchée dans la figure d'un camarade, l'autre moitié roupille ou bavarde en attendant que ça se passe. Mais bon.

L'autre jour, Strange prend le cahier de doléances, et écrit une page entière à propos d'un CM1, appelons-le Gargamel, qui le maltraite régulièrement depuis un moment, moitié violence physique, moitié torture mentale. Strange est une proie facile, je l'ai déjà dit ; il m'était resté en travers de la gorge une histoire de camarade qui lui faisait du chantage affectif pour lui voler son goûter, que je n'avais pas pu traiter comme il se doit, car Strange m'avait raconté cela longtemps après, ne se rappelant plus si les faits dataient d'octobre ou de février, s'ils avaient eu lieu 3 ou 15 fois, enfin bref, difficile de confronter le coupable dans de telles conditions (un coupable sournois, faux-jeton, qui aurait mérité de se faire coincer).

Mais là, tout était à peu près clairement énoncé, frais et net dans l'esprit de Strange. Bon. Si la violence de cour de récré provoque en général chez moi une grande lassitude, les petits tyrans qui marchent sur les autres, en revanche, font bouillir mon sang. Sans bien savoir quoi faire, j'ai demandé à la maîtresse de m'envoyer l'affreux jojo dès que possible. Gargamel se pointe après la récré ; je commence par lui faire sentir ma colère. Mais nooon, j'l'ai pas tapé... je vous rappelle que je n'ai PAS le droit... juste deux-trois minutes de grosse voix pas contente de méchant flic pour le faire passer aux aveux Regarde-moi dans les yeux et jure-moi que tu ne lui as jamais fait de balayette ! (1).

Je gronde donc l'infâme, puis, sans trop réfléchir, je lui fais lire la plainte de Strange. Je crois que Gargamel ne s'était jamais retrouvé face au récit (dans une orthographe approximative, et une syntaxe chaotique, certes) de ses agissements, parce qu'il a eu l'air ébranlé à ce moment-là ; sur le coup, je n'ai pas fait attention (la moitié des malfaiteurs de cour de récré manie parfaitement le regard de biche éperdue quand elle se fait engueuler).

Quand il a eu fini, j'ai prononcé la sentence : copier 50 fois la phrase "Je ne dois pas martyriser les plus faibles que moi, car je ne veux être ni violent ni lâche." Pompeux, hein ? Je concocte toujours la phrase à copier avec soin, dans l'espoir fou que telle un mantra, elle finisse par pénétrer profondément l'esprit du fautif, gravant en lui quelques lois morales de base qui peuvent toujours servir. Quelque chose entre la méthode Coué et les Dix Commandements...

L'heure de la cantine arrive, je relâche mon prisonnier, nous partons tous déjeuner. L'après-midi, je dis à Strange "Tu vois, je l'ai puni, le CM1 qui t'embêtait...". "Oui, me répond-il doucement, il est venu me voir pour s'excuser tout à l'heure..."

Je n'avais dans cette histoire pas d'autre but que de montrer à Strange qu'il pouvait compter sur les adultes pour le défendre. Finalement, peut-être que, en bonus, Gargamel se réformera... Pas sûr. Mais peut-être (2).

(1) une balayette, d'après ce que j'ai compris, est une sorte de croche-pied par-derrière.

(2) Et sans doute pas grâce à ma super punition, nous sommes bien d'accord. Mais cet ennuyeux cahier de doléances a peut-être fini par avoir une utilité...

dim. 29 avril 2012

Ecrans à la maison et à l'école

Un article très intéressant sur la sur-connexion.

Voilà 6 ou 7 ans que je n'ai plus la télévision. Je freine des quatre fers pour avoir un smartphone. En cela je me sens "riche", c'est vrai.

J'ai en revanche un vrai syndrome de manque si je passe 24 heures sans pouvoir aller sur internet ; ce qui nous est arrivé en rentrant de vacances, la box avait cramé et on était trop fatigués pour s'occuper du problème le jour même. Le cas échéant, traînasser devant l'ordi n'aurait rien arrangé à la fatigue et aux yeux qui piquent, mais c'est ainsi : je suis légèrement intoxiquée. Je ne sais pas si cela me fait me sentir "pauvre", mais "dominée", sans doute un peu oui. Nous discutons avec A de journées web-free, on est d'accord là-dessus, ça nous fera du bien, une fois de temps en temps. Un jour, bientôt...

De là à raquer pour avoir une chambre sans internet à l'hôtel - ho, les gars, on peut aussi décider de passer un weekend sans, quand même !...

L'article pose également le problème des écrans à l'école. Sur ce point, je suis mitigée.

Déjà parce qu'une école où il n'y a pas d'écrans n'est pas forcément, comme l'école privée de l'article, une école où l'on pétrit son pain entre deux cours de tricot. Ensuite parce que je rêve d'un DMI dans ma classe... Pouvoir montrer un bout de danse contemporaine, l'image d'un mot qu'ils ne connaissent pas, faire des schémas en géographie, exposer sans délai et en grand l'image d'une œuvre d'art plutôt que de commander et d'acheter très cher un poster qui se décolorera si on le laisse affiché, jaunira si on le stocke dans une armoire.

D'un autre côté, les programmes, en France, obligent les instits (avec plus ou moins de succès) à faire passer aux écoliers le B2i : "brevet informatique et internet". Est-ce utile ou pas, d'après l'article non puisqu'on n'en est plus à la fracture numérique, et que les logiciels tendent vers une ergonomie la plus simple et la plus intuitive possible. Personnellement, je ne sais pas.

Ce que je sais bien en revanche, c'est qu'il n'y a pas d'horaire dévolu à l'enseignement des TICE (technologies de l'information et de la communication à l'école) (1) ; étant considérées comme des savoirs transversaux, elles ne sont pas censées être transmises en tant que telles aux élèves, mais comme un médium pour faire du français, des maths, de l'histoire etc. Je n'ai pas compris comment les élèves pourraient soudainement, de façon totalement magique, connaître les bases du traitement de texte ou comprendre l'architecture des dossiers sans que ça aie pris au moins un peu de temps. Et comme du temps, on en manque cruellement, à l'école, bin oui, c'est sûr, le B2i là-dedans, il passe un peu à la trappe. Je sais que je ne finirai pas le programme, alors j'essaie de taper dans les compétences primordiales, plutôt...

Mais effectivement, mes élèves, j'aimerais mieux qu'on leur prescrive du tricot (motricité fine), du yoga (concentration) et des cours de cuisine (notions de diététique). Et assurément, les écrans, ils n'en manquent pas, les gosses de ZEP. Ça ne veut pas dire qu'ils savent les utiliser avec discernement, mais je crois qu'on peut repousser leur apprentissage à un peu plus tard... Je ne sais pas hein ! Mais si c'est pour le faire vite et mal...

(1) Voici les horaires officiels de l'école élémentaire. Déjà, là où on se fout de notre gueule, c'est que les élèves n'ont pas réellement 24 heures de classe par semaine : si on retire l'horaire officiel des récrés, à savoir 15 minutes par demi-journée, ça ne fait déjà plus que 22 heures. Quelle arnaque !
Et s'il est en revanche bien normal de ne pas retirer le temps non-officiel, mais bien réel et incompressible, passé à se ranger, descendre/monter les escaliers (sans parler des embouteillages quand vous avez 250 élèves qui doivent monter par le même escalier le matin à 8h30)... Là j'avoue je préfère ne pas calculer exactement le temps perdu.

sam. 24 mars 2012

Le bandit de Toulouse

Quand nous avons pris un moment en classe pour en parler, l'élève qui a résumé la situation aux 2-3 qui n'étaient pas au courant l'a désigné ainsi : "bandit". Terme ensuite repris et adopté par tous les élèves lors de la conversation, et j'ai trouvé ça très bien, encore un tout petit peu protecteur contre l'horreur, qu'à 8 ans on ne devrait pas avoir à fréquenter.

Il y avait un élève qui m'a glacée, il connaissait tous les détails, trop de détails, saloperie de télévision (et mère débile, putain...)

Mon patron me fait rigoler, à traiter personnellement le cas de la prof qui a imposé une minute de silence à ses lycéens pour le bandit. Depuis quand il faut remonter aussi loin (j'ai un peu de mal à dire "aussi haut") dans la hiérarchie pour s'occuper des barjots de ma confrérie ? Il ne ferait que ça, le pauvre homme, si ça relevait réellement de sa fonction.

ven. 03 février 2012

Supernanny, priez pour nous

Ces temps-ci je ressens beaucoup d'impuissance au travail.

Pas un jour ne se passe sans qu'en salle des maîtres nous ne parlions du cas de tel ou tel gamin problématique, et à chaque fois ou presque, le problème surtout, c'est la famille.

La gamine vampire, si irritante, dont la mère me dit "Mais je ne comprends pas, à la maison elle a tout ce qu'elle veut..."

Le gamin masochiste et fouille-merde qui va se faire massacrer quand il sera au collège, et que les parents, déclinant toute aide psychologique, enferment dans cette attitude d'un définitif "oui mais on l'a adopté à 2 ans et on ne sait pas ce qu'il a vécu avant".

Le gamin à l'ouest, fragile scolairement, qui aurait besoin de ne pas louper l'école, mais qui n'arrive pas à réveiller ses parents le matin - du coup il ne vient que l'après-midi.

Le lot de gosses qui se font frapper par leur parents, mais seulement quand ils ont fait une bêtise, et puis c'est culturel tu comprends, il faudrait faire un signalement pour le quart des élèves si on commençait, en plus ils ont déjà tellement de problèmes, ça ne les aiderait pas.

Nous suggérons le psy, l'assistante sociale, nous en appelons à la directrice, au médecin scolaire. La plupart du temps, autant de coups d'épée dans l'eau.

A l'Hi-Hue-Ephème on nous apprend qu'il n'y a pas de mauvais élèves, que des mauvais profs. Je trouve finalement qu'il y a surtout de mauvais parents ! Les enfants font de leur mieux, les enseignants font de leur mieux, et pourtant ça ne marche pas. Pincemi et Pincemoi tombent à l'eau, qui est-ce qui reste ?
Chéri me répète que les parents ne sont pas les ennemis. Je sais qu'il a raison, mais j'ai parfois bien du mal à m'en convaincre.

Pour ne pas finir trop pessimistement (1) : une enseignante chevronnée m'a raconté comment une fois, par des pratiques de classe particulières, elle avait aidé à résoudre un nœud familial qui rendait le gamin ingérable en classe, et les parents de plus en plus crispés avec l'école. L'année d'après, le môme était devenu... je cherche le mot, je sais que ce n'est pas très politiquement correct mais faute de mieux : il était devenu normal. Je garde cette histoire en tête pour me rappeler que parfois on peut changer les choses (et pour apprendre : ces pratiques professionnelles ne sont pas à la portée d'une débutante).

(1) Je SAIS que ça n'existe pas. Ça devrait, c'est pas ma faute.

sam. 14 janvier 2012

Enseigner quoi, enseigner comment

Cette semaine, atelier de sérigraphie avec les élèves.

Que je les ai sentis à leur place ! Ce n'est que mon avis, et je projette peut-être un peu, peut-être beaucoup, mais j'avais la sensation qu'ils étaient enfin en train de faire ce pour quoi ils étaient faits. Un peu plus tard dans la même semaine, nous avons commencé à fabriquer notre lombricomposteur (pédagogiquement, c'était un peu nul : je n'ai pas pu attribuer de tâche à tout le monde, ou alors il aurait fallu en fabriquer trois...)

J'ai fait manipuler le cutter (dans le polystyrène, c'est facile) à quelques élèves. Qu'ils sont peu habiles !

J'ai la sensation qu'il faudrait consacrer beaucoup plus de temps à des activités plus manuelles, plus globales : cuisine, jardinage, bricolage, couture (qui n'a jamais tenu une aiguille et redéfait plusieurs fois un ouvrage monté à l'envers ignore peut-être que pratiquer la couture fait travailler l'esprit logique de manière certaine, et parfois cruelle).

serigraphie

... Et pourtant, on manque déjà de temps pour leur apprendre le reste. Je me demande "Dans quoi faudrait-il trancher ?" en songeant qu'il est fort possible que je ne pose pas exactement la bonne question.

Montessori, Freinet et compagnie, je suis bien évidemment très attirée par tout ça... Peut-être qu'un jour j'irai faire ma vie professionnelle dans une école privée qui laisse aux enfants plus de temps pour patouiller ; mais je crois aussi qu'avec beaucoup de travail, de recherches, de connaissance de l'EN, ainsi qu'une grande capacité à louvoyer pour convoquer les textes officiels quand ils sont arrangeants, et glisser les autres sous le tapis... Avec tout cela, il doit y avoir déjà moyen de travailler très différemment à l'intérieur du système.

C'est aussi un peu pour ça que je vais demander à travailler à mi-temps à partir de l'année prochaine : au départ, surtout pour moi, pour avoir le temps de vivre ma vie, boire le café avec mon amoureux au réveil, me promener, ne plus rater la poterie 3 fois sur 4... Avoir le temps mais aussi l'énergie, parce que si je suis tout à fait honnête, il m'en reste, du temps : seulement je l'emploie essentiellement à récupérer de la fatigue. Même pas deux semaines après la rentrée, je suis déjà une loque : vendredi soir à 18 heures, je luttais pour garder simplement les yeux ouverts (j'aime pas, ça me fait loucher).

Donc : un mi-temps. Beaucoup pour moi, mais aussi un peu pour ma "carrière" : je voudrais avoir le temps de me renseigner sur des pratiques alternatives, de lire, de réfléchir à ma pratique, éventuellement d'observer d'autres classes... Trouver le moyen de ne pas presser les élèves en permanence : "dépêchez-vous", "on est en retard", "on a un programme chargé aujourd'hui", tout ça j'en ai marre. Je voudrais voir s'il n'y a pas moyen de faire autrement.

Un mi-temps oui, mais financièrement ? pourriez-vous demander, et vous n'auriez pas tort. Eh bien, financièrement, ce ne sera pas la fête, et comme je ne tiens pas mes comptes ultra-rigoureusement j'ai un peu de mal à prévoir si ce sera chaud les marrons ou juste un peu serré. Ce qui est sensible en revanche, c'est que souvent, je dépense par fatigue, par manque de temps, par compensation. Et surtout, surtout : Travailler Plus pour Gagner Plus, peut-être, mais Travailler Moins pour Profiter Plus, ça j'y crois à mort.

Je n'ai pas eu le temps de tout regarder mais j'adhère déjà au premier quart d'heure : jusqu'au 17 janvier vous pouvez regarder ici le documentaire de Marina Julienne intitulé "L’École à bout de souffle". Il y a aussi un article si vous n'avez pas 52 minutes devant vous...

edit : j'ai regardé le documentaire en entier et bon, c'est parfois un peu caricatural : on ne fait pas que passer des évaluations à l'école, ni du travail sur fiches à la maternelle... Mais autant les évaluations en CE1 et CM2 sont obligatoires et nationales (et intéressantes en théorie mais biaisées en pratique), autant les photocopies en maternelle sont plutôt déconseillées par l'institution (mais 1. tellement pratiques quand on manque de temps et de matériel... hum. 2. parfois réclamées par les parents qui n'ont sinon pas de traces des journées de leur enfant).

sam. 17 décembre 2011

La possibilité d'une sieste

Quand il y a une alerte orange de Météo France, on n'a pas le droit de sortir les élèves de l'école, donc hier : pas de piscine. Les gamins l'ont mal pris, ne comprenant pas cette histoire d'alerte alors que le ciel bleu pâle ne semblait promettre aucun orage. Il y a eu un ou deux coups de vents, en voyant les arbres bouger ils se sont massés aux fenêtres, mais ça n'est pas allé plus loin : au final, ils furent privés de piscine ET du spectacle de la tempête... Grosse déception dans les rangs.

Fin du deuxième round, les vacances ont commencé hier soir. J'étais une véritable loque : au lit à 20h, Le Chou m'a réveillée vers 23 heures pour m'administrer une assiette de pâtes, et j'ai re-sombré jusqu'à 9h00 ce matin... N'excluons pas la possibilité d'une sieste vers midi.

Quelques parents m'ont offert des boites de chocolats, me disant que leur enfant était content de venir en classe ; je ne vous raconte pas comment je ronronne dans ces moments-là...

Le programme des vacances : mouler comme pas permis aujourd'hui, et me remettre au travail à partir de demain. A un moment fêter Nouel. Dormir beaucoup.

sam. 03 décembre 2011

Du pain béni

Par certains côtés, mon métier est, en tous cas cette année, vraiment facile. Les enfants sont encore jeunes, pas blasés ; ils s'intéressent à tout, posent des questions sur tout, ils sont tellement faciles à nourrir. Leur lecture du monde est si parcellaire, si limitée, il y a des énigmes partout pour eux. Sans parler de celles dont ils ne sont pas conscients... Et c'est vraiment du miel, d'être celle qui les émerveille avec du bête réel, la signification d'un armistice, la dérive des continents, une comptine en anglais, n'importe quoi. Et le dernier post de Cécile me donne envie de leur lire plus souvent de la poésie...

(1)

Et même pour des exercices de grammaire, ils se mettent à la tâche avec, peut-être pas un enthousiasme délirant, mais tout de même, une bonne volonté qui me déconcerte parfois, parce que c'est quand même pas bien rigolo d'entourer le verbe et de souligner le sujet ; et pourtant, ils le font. C'est un rapport à l'autorité peut-être, qui est lui aussi encore très simple : on leur demande, ils font. Pas encore de rébellion. Je n'ai pourtant pas une autorité naturelle (ni même artificielle) très développée, mais eux ont l'habitude, très forte, d'obéir à des adultes et de se soumettre à eux. Ce serait tellement facile de les corrompre, de les abimer. Je prie pour qu'ils rencontrent le moins de mauvais adultes possible, le plus tard possible.

(1) il manque ici un paragraphe de transition, qui a un peu de mal à se faire dans ma tête. Et j'ai pas le temps, y a les livrets à remplir.

dim. 20 novembre 2011

Sevrage

Bonjour, je m'appelle Milky et je n'ai pas bu d'alcool été monomaniaque du travail depuis dix jours.

Ça n'allait plus parce que je pensais tout le temps au boulot ; sous la douche, dans mon lit, tout le temps, tout le temps. Lentement mais sûrement, je commençais à péter les plombs et il a fallu prendre des mesures ; je disais il y a 10 jours que je n'en étais pas capable, et c'est toujours difficile, mais je fais désormais de gros efforts pour cloisonner, et arrêter d'avoir tout le temps une veilleuse enseignante branchée au cerveau. Il était temps ; je n'en pouvais plus.

C'était vicieux parce que j'avais l'impression que c'était une habitude de prof consciencieuse, et que mes inspecteurs allaient me donner des bons points d'élève investie dans son travail... Alors que si on y réfléchit deux minutes, pourquoi, grands dieux pourquoi me féliciteraient-ils d'être psychotique ?

Au début, je ne m'apercevais même pas que j'étais en train de penser au boulot depuis cinq minutes, tellement c'était devenu dévorant. Il y a eu des matins où je me suis levée au lieu de grasse-matiner, parce que j'étais encore trop endormie pour contrôler mes divagations envahissantes. Le secours de la fiction (Terry Pratchett pour le papier, Philippe Caubère pour l'écran) est devenu précieux pour m'oublier un peu.

Et ce soir, pour la première fois, je n'ai pas eu à faire d'efforts pour chasser les pensées obsédantes alors que j'épluchais les carottes. J'ai réalisé seulement après que ça ne m'avait pas traversé l'esprit...

Bon et maintenant que la tête va mieux, c'est le corps qui commence à flancher (les gosses sont des usines à virus). Et c'est pas le mois qui m'attend qui va arranger les choses... Allez chut, on n'y pense plus.

mer. 16 novembre 2011

Ça soulage

J'ai une élève qui n'a apparemment qu'une cinquantaine de mots de vocabulaire à son actif. Je ne sais pas ce qu'elle arrive à comprendre du monde... Et donc, 10 fois par jour elle pose la question "qu'est-ce que ça veut dire, ... ?"

J'ai une autre élève - comment dire ? En langage politiquement pédago-correct, on dit qu'elle n'arrive pas à trouver sa place dans le groupe. Comprenez : elle est chiante, chiante, CHIANTE. Elle nous pompe l'air à tous, élèves et enseignants. Il y a les collègues très francs "je peux pas la saquer", ceux qui me conseillent de ne pas la prendre en petit groupe ; je le fais quand même parce qu'elle en a besoin, et je le regrette à chaque minute, mais je m'obstine : call me Jesus.

Et donc, l'autre jour, la première me demande "maitresse, ça veut dire quoi terroriser ?"

Aha, ma petite, j'ai pensé. J'ai pris ma voix très gentille de gentille maitresse qui parle aux petits zenfants, et j'ai commencé à expliquer en me rapprochant tout doucement de la deuxième : "Eh bien terroriser, ça veut dire faire très très peur... Un peu comme ÇAAAAA" ai-je vociféré avec une voix de monstre très très effrayante.

Ils ont tous bondi de leur chaise en hurlant et on a tous bien rigolé (j'ai encore le sourire aux lèvres en y repensant).

Et moi, j'ai eu ma revanche sur la petite emmerdeuse (que je n'ai pas le droit de battre, je vous le rappelle).

dim. 06 novembre 2011

Deuxième rentrée, ça va comment ?

Forme physique : j'encaisse mieux, indéniablement (ce n'était pas difficile, vu comme j'ai été tout de suite au bout du rouleau en septembre)

Agitation des gosses : maximale. Il paraît que c'est normal. Ne nous énervons pas.

Forme morale : hum. Différente. Je passe sur la rentrée à côté de mes pompes, où j'étais tellement à la ramasse que j'ai eu 2 minutes de panique dans la matinée en croyant que j'avais loupé la récré (ah non, c'est l'horloge de la classe qui n'a pas changé d'heure toute seule).

Mais je sens un certain glissement dans mon attitude face à la préparation, aux journées de classe. C'est un peu flou, j'ai le sentiment de faire moins d'efforts, par fatigue ou par paresse ? et je ne sais pas si objectivement c'est vrai. J'ai l'esprit occupé par l'école presque en permanence, ça ne compte pas vraiment comme du travail mais ça l'est un peu tout de même. Il faudrait faire autrement peut-être, j'en suis incapable pour le moment.

A part les 50 heures où j'étais à Biniou City pendant les vacances, j'ai travaillé tous les jours. Pas de 8h à 18h bien sûr, mais 2 ou 3 heures quotidiennes, parfois plus. Pourtant je n'ai pas pris d'avance sur le déroulé des journées (je n'avais que jeudi et vendredi de prêts). J'ai plutôt axé mon travail sur le fait d'avoir de la visibilité à moyen terme (comprenez qu'après Noël, je ne sais pas du tout ce qu'on va faire).

Peut-être que c'est cette visibilité qui me donne la sensation d'avoir lâché un peu de lest.

Ce lest qui tantôt me semble juste (les formateurs, les collègues me martèlent qu'on ne peut pas tout faire... toute l’ambiguïté de ce discours réside dans le tabou de ce qu'on ne fait pas, ou peu, ou mal), tantôt m'apparait comme de la paresse : je pourrais, je devrais en faire plus. Ou plutôt, en faire mieux : je dépense beaucoup d'énergie à éviter les tâches difficiles en passant beaucoup de temps à fignoler les autres, qui ne sont pas sans intérêt mais quand même, je sais bien que je ne suis pas réglo. Que je me fous un peu du monde...

Bon, c'est pas clair. On verra.

Grosso modo, quand même, j'ai arrêté de fantasmer sur un retour à un job de merde, moins payé mais moins prise de tête. Maintenant, je fantasme sur un mi-temps (j'en reparlerai...).

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