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ven. 03 février 2012

Supernanny, priez pour nous

Ces temps-ci je ressens beaucoup d'impuissance au travail.

Pas un jour ne se passe sans qu'en salle des maîtres nous ne parlions du cas de tel ou tel gamin problématique, et à chaque fois ou presque, le problème surtout, c'est la famille.

La gamine vampire, si irritante, dont la mère me dit "Mais je ne comprends pas, à la maison elle a tout ce qu'elle veut..."

Le gamin masochiste et fouille-merde qui va se faire massacrer quand il sera au collège, et que les parents, déclinant toute aide psychologique, enferment dans cette attitude d'un définitif "oui mais on l'a adopté à 2 ans et on ne sait pas ce qu'il a vécu avant".

Le gamin à l'ouest, fragile scolairement, qui aurait besoin de ne pas louper l'école, mais qui n'arrive pas à réveiller ses parents le matin - du coup il ne vient que l'après-midi.

Le lot de gosses qui se font frapper par leur parents, mais seulement quand ils ont fait une bêtise, et puis c'est culturel tu comprends, il faudrait faire un signalement pour le quart des élèves si on commençait, en plus ils ont déjà tellement de problèmes, ça ne les aiderait pas.

Nous suggérons le psy, l'assistante sociale, nous en appelons à la directrice, au médecin scolaire. La plupart du temps, autant de coups d'épée dans l'eau.

A l'Hi-Hue-Ephème on nous apprend qu'il n'y a pas de mauvais élèves, que des mauvais profs. Je trouve finalement qu'il y a surtout de mauvais parents ! Les enfants font de leur mieux, les enseignants font de leur mieux, et pourtant ça ne marche pas. Pincemi et Pincemoi tombent à l'eau, qui est-ce qui reste ?
Chéri me répète que les parents ne sont pas les ennemis. Je sais qu'il a raison, mais j'ai parfois bien du mal à m'en convaincre.

Pour ne pas finir trop pessimistement (1) : une enseignante chevronnée m'a raconté comment une fois, par des pratiques de classe particulières, elle avait aidé à résoudre un nœud familial qui rendait le gamin ingérable en classe, et les parents de plus en plus crispés avec l'école. L'année d'après, le môme était devenu... je cherche le mot, je sais que ce n'est pas très politiquement correct mais faute de mieux : il était devenu normal. Je garde cette histoire en tête pour me rappeler que parfois on peut changer les choses (et pour apprendre : ces pratiques professionnelles ne sont pas à la portée d'une débutante).

(1) Je SAIS que ça n'existe pas. Ça devrait, c'est pas ma faute.

sam. 14 janvier 2012

Enseigner quoi, enseigner comment

Cette semaine, atelier de sérigraphie avec les élèves.

Que je les ai sentis à leur place ! Ce n'est que mon avis, et je projette peut-être un peu, peut-être beaucoup, mais j'avais la sensation qu'ils étaient enfin en train de faire ce pour quoi ils étaient faits. Un peu plus tard dans la même semaine, nous avons commencé à fabriquer notre lombricomposteur (pédagogiquement, c'était un peu nul : je n'ai pas pu attribuer de tâche à tout le monde, ou alors il aurait fallu en fabriquer trois...)

J'ai fait manipuler le cutter (dans le polystyrène, c'est facile) à quelques élèves. Qu'ils sont peu habiles !

J'ai la sensation qu'il faudrait consacrer beaucoup plus de temps à des activités plus manuelles, plus globales : cuisine, jardinage, bricolage, couture (qui n'a jamais tenu une aiguille et redéfait plusieurs fois un ouvrage monté à l'envers ignore peut-être que pratiquer la couture fait travailler l'esprit logique de manière certaine, et parfois cruelle).

serigraphie

... Et pourtant, on manque déjà de temps pour leur apprendre le reste. Je me demande "Dans quoi faudrait-il trancher ?" en songeant qu'il est fort possible que je ne pose pas exactement la bonne question.

Montessori, Freinet et compagnie, je suis bien évidemment très attirée par tout ça... Peut-être qu'un jour j'irai faire ma vie professionnelle dans une école privée qui laisse aux enfants plus de temps pour patouiller ; mais je crois aussi qu'avec beaucoup de travail, de recherches, de connaissance de l'EN, ainsi qu'une grande capacité à louvoyer pour convoquer les textes officiels quand ils sont arrangeants, et glisser les autres sous le tapis... Avec tout cela, il doit y avoir déjà moyen de travailler très différemment à l'intérieur du système.

C'est aussi un peu pour ça que je vais demander à travailler à mi-temps à partir de l'année prochaine : au départ, surtout pour moi, pour avoir le temps de vivre ma vie, boire le café avec mon amoureux au réveil, me promener, ne plus rater la poterie 3 fois sur 4... Avoir le temps mais aussi l'énergie, parce que si je suis tout à fait honnête, il m'en reste, du temps : seulement je l'emploie essentiellement à récupérer de la fatigue. Même pas deux semaines après la rentrée, je suis déjà une loque : vendredi soir à 18 heures, je luttais pour garder simplement les yeux ouverts (j'aime pas, ça me fait loucher).

Donc : un mi-temps. Beaucoup pour moi, mais aussi un peu pour ma "carrière" : je voudrais avoir le temps de me renseigner sur des pratiques alternatives, de lire, de réfléchir à ma pratique, éventuellement d'observer d'autres classes... Trouver le moyen de ne pas presser les élèves en permanence : "dépêchez-vous", "on est en retard", "on a un programme chargé aujourd'hui", tout ça j'en ai marre. Je voudrais voir s'il n'y a pas moyen de faire autrement.

Un mi-temps oui, mais financièrement ? pourriez-vous demander, et vous n'auriez pas tort. Eh bien, financièrement, ce ne sera pas la fête, et comme je ne tiens pas mes comptes ultra-rigoureusement j'ai un peu de mal à prévoir si ce sera chaud les marrons ou juste un peu serré. Ce qui est sensible en revanche, c'est que souvent, je dépense par fatigue, par manque de temps, par compensation. Et surtout, surtout : Travailler Plus pour Gagner Plus, peut-être, mais Travailler Moins pour Profiter Plus, ça j'y crois à mort.

Je n'ai pas eu le temps de tout regarder mais j'adhère déjà au premier quart d'heure : jusqu'au 17 janvier vous pouvez regarder ici le documentaire de Marina Julienne intitulé "L’École à bout de souffle". Il y a aussi un article si vous n'avez pas 52 minutes devant vous...

edit : j'ai regardé le documentaire en entier et bon, c'est parfois un peu caricatural : on ne fait pas que passer des évaluations à l'école, ni du travail sur fiches à la maternelle... Mais autant les évaluations en CE1 et CM2 sont obligatoires et nationales (et intéressantes en théorie mais biaisées en pratique), autant les photocopies en maternelle sont plutôt déconseillées par l'institution (mais 1. tellement pratiques quand on manque de temps et de matériel... hum. 2. parfois réclamées par les parents qui n'ont sinon pas de traces des journées de leur enfant).

sam. 17 décembre 2011

La possibilité d'une sieste

Quand il y a une alerte orange de Météo France, on n'a pas le droit de sortir les élèves de l'école, donc hier : pas de piscine. Les gamins l'ont mal pris, ne comprenant pas cette histoire d'alerte alors que le ciel bleu pâle ne semblait promettre aucun orage. Il y a eu un ou deux coups de vents, en voyant les arbres bouger ils se sont massés aux fenêtres, mais ça n'est pas allé plus loin : au final, ils furent privés de piscine ET du spectacle de la tempête... Grosse déception dans les rangs.

Fin du deuxième round, les vacances ont commencé hier soir. J'étais une véritable loque : au lit à 20h, Le Chou m'a réveillée vers 23 heures pour m'administrer une assiette de pâtes, et j'ai re-sombré jusqu'à 9h00 ce matin... N'excluons pas la possibilité d'une sieste vers midi.

Quelques parents m'ont offert des boites de chocolats, me disant que leur enfant était content de venir en classe ; je ne vous raconte pas comment je ronronne dans ces moments-là...

Le programme des vacances : mouler comme pas permis aujourd'hui, et me remettre au travail à partir de demain. A un moment fêter Nouel. Dormir beaucoup.

sam. 03 décembre 2011

Du pain béni

Par certains côtés, mon métier est, en tous cas cette année, vraiment facile. Les enfants sont encore jeunes, pas blasés ; ils s'intéressent à tout, posent des questions sur tout, ils sont tellement faciles à nourrir. Leur lecture du monde est si parcellaire, si limitée, il y a des énigmes partout pour eux. Sans parler de celles dont ils ne sont pas conscients... Et c'est vraiment du miel, d'être celle qui les émerveille avec du bête réel, la signification d'un armistice, la dérive des continents, une comptine en anglais, n'importe quoi. Et le dernier post de Cécile me donne envie de leur lire plus souvent de la poésie...

(1)

Et même pour des exercices de grammaire, ils se mettent à la tâche avec, peut-être pas un enthousiasme délirant, mais tout de même, une bonne volonté qui me déconcerte parfois, parce que c'est quand même pas bien rigolo d'entourer le verbe et de souligner le sujet ; et pourtant, ils le font. C'est un rapport à l'autorité peut-être, qui est lui aussi encore très simple : on leur demande, ils font. Pas encore de rébellion. Je n'ai pourtant pas une autorité naturelle (ni même artificielle) très développée, mais eux ont l'habitude, très forte, d'obéir à des adultes et de se soumettre à eux. Ce serait tellement facile de les corrompre, de les abimer. Je prie pour qu'ils rencontrent le moins de mauvais adultes possible, le plus tard possible.

(1) il manque ici un paragraphe de transition, qui a un peu de mal à se faire dans ma tête. Et j'ai pas le temps, y a les livrets à remplir.

dim. 20 novembre 2011

Sevrage

Bonjour, je m'appelle Milky et je n'ai pas bu d'alcool été monomaniaque du travail depuis dix jours.

Ça n'allait plus parce que je pensais tout le temps au boulot ; sous la douche, dans mon lit, tout le temps, tout le temps. Lentement mais sûrement, je commençais à péter les plombs et il a fallu prendre des mesures ; je disais il y a 10 jours que je n'en étais pas capable, et c'est toujours difficile, mais je fais désormais de gros efforts pour cloisonner, et arrêter d'avoir tout le temps une veilleuse enseignante branchée au cerveau. Il était temps ; je n'en pouvais plus.

C'était vicieux parce que j'avais l'impression que c'était une habitude de prof consciencieuse, et que mes inspecteurs allaient me donner des bons points d'élève investie dans son travail... Alors que si on y réfléchit deux minutes, pourquoi, grands dieux pourquoi me féliciteraient-ils d'être psychotique ?

Au début, je ne m'apercevais même pas que j'étais en train de penser au boulot depuis cinq minutes, tellement c'était devenu dévorant. Il y a eu des matins où je me suis levée au lieu de grasse-matiner, parce que j'étais encore trop endormie pour contrôler mes divagations envahissantes. Le secours de la fiction (Terry Pratchett pour le papier, Philippe Caubère pour l'écran) est devenu précieux pour m'oublier un peu.

Et ce soir, pour la première fois, je n'ai pas eu à faire d'efforts pour chasser les pensées obsédantes alors que j'épluchais les carottes. J'ai réalisé seulement après que ça ne m'avait pas traversé l'esprit...

Bon et maintenant que la tête va mieux, c'est le corps qui commence à flancher (les gosses sont des usines à virus). Et c'est pas le mois qui m'attend qui va arranger les choses... Allez chut, on n'y pense plus.

mer. 16 novembre 2011

Ça soulage

J'ai une élève qui n'a apparemment qu'une cinquantaine de mots de vocabulaire à son actif. Je ne sais pas ce qu'elle arrive à comprendre du monde... Et donc, 10 fois par jour elle pose la question "qu'est-ce que ça veut dire, ... ?"

J'ai une autre élève - comment dire ? En langage politiquement pédago-correct, on dit qu'elle n'arrive pas à trouver sa place dans le groupe. Comprenez : elle est chiante, chiante, CHIANTE. Elle nous pompe l'air à tous, élèves et enseignants. Il y a les collègues très francs "je peux pas la saquer", ceux qui me conseillent de ne pas la prendre en petit groupe ; je le fais quand même parce qu'elle en a besoin, et je le regrette à chaque minute, mais je m'obstine : call me Jesus.

Et donc, l'autre jour, la première me demande "maitresse, ça veut dire quoi terroriser ?"

Aha, ma petite, j'ai pensé. J'ai pris ma voix très gentille de gentille maitresse qui parle aux petits zenfants, et j'ai commencé à expliquer en me rapprochant tout doucement de la deuxième : "Eh bien terroriser, ça veut dire faire très très peur... Un peu comme ÇAAAAA" ai-je vociféré avec une voix de monstre très très effrayante.

Ils ont tous bondi de leur chaise en hurlant et on a tous bien rigolé (j'ai encore le sourire aux lèvres en y repensant).

Et moi, j'ai eu ma revanche sur la petite emmerdeuse (que je n'ai pas le droit de battre, je vous le rappelle).

dim. 06 novembre 2011

Deuxième rentrée, ça va comment ?

Forme physique : j'encaisse mieux, indéniablement (ce n'était pas difficile, vu comme j'ai été tout de suite au bout du rouleau en septembre)

Agitation des gosses : maximale. Il paraît que c'est normal. Ne nous énervons pas.

Forme morale : hum. Différente. Je passe sur la rentrée à côté de mes pompes, où j'étais tellement à la ramasse que j'ai eu 2 minutes de panique dans la matinée en croyant que j'avais loupé la récré (ah non, c'est l'horloge de la classe qui n'a pas changé d'heure toute seule).

Mais je sens un certain glissement dans mon attitude face à la préparation, aux journées de classe. C'est un peu flou, j'ai le sentiment de faire moins d'efforts, par fatigue ou par paresse ? et je ne sais pas si objectivement c'est vrai. J'ai l'esprit occupé par l'école presque en permanence, ça ne compte pas vraiment comme du travail mais ça l'est un peu tout de même. Il faudrait faire autrement peut-être, j'en suis incapable pour le moment.

A part les 50 heures où j'étais à Biniou City pendant les vacances, j'ai travaillé tous les jours. Pas de 8h à 18h bien sûr, mais 2 ou 3 heures quotidiennes, parfois plus. Pourtant je n'ai pas pris d'avance sur le déroulé des journées (je n'avais que jeudi et vendredi de prêts). J'ai plutôt axé mon travail sur le fait d'avoir de la visibilité à moyen terme (comprenez qu'après Noël, je ne sais pas du tout ce qu'on va faire).

Peut-être que c'est cette visibilité qui me donne la sensation d'avoir lâché un peu de lest.

Ce lest qui tantôt me semble juste (les formateurs, les collègues me martèlent qu'on ne peut pas tout faire... toute l’ambiguïté de ce discours réside dans le tabou de ce qu'on ne fait pas, ou peu, ou mal), tantôt m'apparait comme de la paresse : je pourrais, je devrais en faire plus. Ou plutôt, en faire mieux : je dépense beaucoup d'énergie à éviter les tâches difficiles en passant beaucoup de temps à fignoler les autres, qui ne sont pas sans intérêt mais quand même, je sais bien que je ne suis pas réglo. Que je me fous un peu du monde...

Bon, c'est pas clair. On verra.

Grosso modo, quand même, j'ai arrêté de fantasmer sur un retour à un job de merde, moins payé mais moins prise de tête. Maintenant, je fantasme sur un mi-temps (j'en reparlerai...).

sam. 15 octobre 2011

Entre une classe modèle et la mienne

Fin de ma semaine de stage en observation chez une prof expérimentée.

J'avais déjà vu faire, mais quand vous venez de passer 5 semaines à vous battre pour obtenir un silence tout relatif et très ponctuel, c'est assez rageant de voir une classe parfaitement calme et silencieuse, attendre sagement que la maitresse ait fini d'écrire un mot dans un cahier ou de parler avec la directrice...

Et c'est d'autant plus agaçant qu'il n'y a pas de "truc", pas de recette, rien qui se voie à l’œil nu... Comme pour les grands musiciens ou les danseurs professionnels, chez un bon enseignant on ne sent pas l'effort, on ne voit pas le travail.

Je n'ai rien appris que je ne pressentais ou savais déjà à ce sujet mais enfonçons le clou :

Une classe calme, c'est une classe apaisée qui sait où elle va : si vous êtes vous-mêmes brumeux quant au programme de la séance / journée / semaine, ils seront agités. De manière générale l'ignorance est source de nervosité, ça les angoisse de ne pas bien savoir ce qui se passe, même s'ils ne se posent pas forcément la question, sinon ce serait trop simple.

J'aurais d'ailleurs tendance à penser pour le moment que s'ils posent la question, c'est qu'on s'en fout : pourquoi Machin part à 16h10 (il a rdv chez le dentiste, on s'en fout), qui a raté l'exercice que tout le monde a su faire (c'est Bidule, on est bien avancés), où est partie Machine (aux toilettes, c'est passionnant), etc. Comme je le disais à Couac, ces mômes sont des commères puissance 10. Je n'ai jamais vu personne ragoter autant à tort et à travers, je n'ai jamais entendu des âneries se répandre aussi vite que dans une cour de récréation. Comment les éduquer à trier dans leur curiosité le bon grain de l'ivraie, je ne sais pas encore.

sam. 08 octobre 2011

Les joies du métier

L'autre jour, en classe, un môme a vomi sur sa table ; à cet âge-là on ne sent pas bien le truc venir, et on ne fait aucune tentative pour limiter les dégâts, comme se pencher sur le côté ou viser la poubelle. On vomit silencieusement sans bien comprendre ce qui nous arrive, donc : sur la table, et comme manifestement ce matin-là, il avait pris un petit-déjeuner de champion, ça ne s'arrêtait pas, ça ne s'arrêtait pas, et quand ça s'est arrêté, il y en avait

sur la trousse

sur le cartable du môme devant lui

par terre dans un rayon d'un mètre

dans la case

sur le t-shirt le pantalon les chaussures

J'ai réprimé un haut-le-cœur, j'ai ouvert les fenêtres en grand, les gosses surexcités poussaient des hauts cris, l'odeur nous prenait tous à la gorge et ne disparaissait pas on avait juste froid en plus, j'ai envoyé une gamine chercher une dame de service, en attendant j'ai tendu des mouchoirs dérisoires au gamin, et puis je ne sais pas comment c'est monté, j'ai vu sur sa table, noyée sous 1 cm de vomi, la feuille d'évaluation que j'avais prévu de ramasser 5 minutes plus tôt, et puis le gamin un peu étourdi, prisonnier de sa mare immonde, qui ne pouvait plus vraiment bouger sous peine d'aggraver la situation, et moi avec ma petite éponge ridicule, c'était trop, le fou rire m'a prise, incontrôlable.
Les autres n'en revenaient pas, la maitresse qui perd ses moyens, ça les a sciés.

Le malade était manifestement soulagé (tu m'étonnes), moi je rigolais, les gamins étaient ravis de tirer au flanc et je m'en fichais un peu. Ça sentait la veille de vacances (1), je leur ai raconté la fois où, moi-même élève de CE2, j'avais failli vomir sur les genoux de ma maîtresse... C'était un bon moment.

Après, évidemment, il a fallu passer le reste de la journée avec l'odeur de dégueulis. Eh bien en fait, on s'habitue. On s'habitue à beaucoup de choses.

(1) parce que je pars en formation et que je les abandonne à un remplaçant pendant 15 jours... C'est à la fois un peu dur de les laisser, et immensément soulageant.

lun. 03 octobre 2011

Montagnes russes

... Et aujourd'hui, c'était nul. Un jour je me dis que je vais réussir à être heureuse avec ce boulot, le lendemain je songe que même à mi-temps je ne tiendrais pas.

Ce soir, je rêve d'un boulot où je pourrais porter des boules Quiès. Les enfants de 8 ans ne sont manifestement pas faits pour passer 5 heures par jour le cul sur une chaise, et moi je n'ai pas la virtuosité d'un pédagogue Freinet ou Gardner qui pourrait leur faire ingurgiter le programme de grammaire en faisant des galipettes ou du piano debout. Alors pour le moment, j'encaisse, j'engueule plus souvent qu'à mon tour, et je souffre.

sam. 01 octobre 2011

Du mieux et du gras

Un post juste pour dire que ça va un peu mieux, c'est pas digne de la blogueuse si consciencieuse que je suis. Mais je voulais quand même le dire : c'est pas horrible tout le temps. Là, tout de suite, ça va ; depuis lundi, je n'ai pleuré que deux fois. La grève a beaucoup aidé...

La courbe de progression n'est pas constante, mais les semaines un peu moins douloureuses comme celle-ci, ça fait du bien.

On est allés à la piscine cette semaine, pour la première fois. C'est drôle, en classe ça ne se voit pas forcément qu'on est dans un quartier populaire, et puis d'un coup à la piscine, la pauvreté m'a sauté aux yeux : beaucoup trop de gamins gras, pas les rondeurs de l'enfance non, du gras pas beau, pas normal, du gras de malbouffe, de graisses trans et de toutes les saloperies avec lesquelles l'agro-alimentaire nous empoisonne depuis un moment.

Le règlement intérieur de l'école interdit les goûters aux récréations. Je trouvais ça normal pour celle de l'après-midi (qui tombe une heure avant la vraie heure du goûter) mais pas forcément juste pour celle du matin, y a des gamins qui n'ont pas faim à 8h et pour qui c'est dur en fin de matinée. Je me rappelais mes goûters à moi, des noisettes, un sandwich au chocolat, bon c'est vrai j'ai eu une période saucisson en CM1, et puis il y avait sans doute des biscuits parfois aussi, mais rien de diététiquement lamentable dans l'ensemble. Ici et maintenant, pas trop de tupperware de noisettes ou même de gourdes de compote, plutôt des crêpes industrielles fourrées à la merde.

A la réunion de rentrée avec les parents, j'avais donc dit que je serais tolérante sur cette histoire de goûters... mais finalement je regrette un peu. Le coup de l'interdiction pure et simple est un peu bête mais il y a un vrai travail de communication à mener auprès de ces familles.

Faites ce que je dis pas ce que je fais, bien sûr, car je suis abonnée aux plats tout prêts depuis la rentrée et c'est la valse des paquets de gâteaux presque tous les midis...

sam. 24 septembre 2011

Down down down

Semaine horrible, parce que la fatigue s'accumule et parce que j'ai fait le choix, le weekend dernier, d'aller passer 28 heures à Biniou pour une réunion de famille. Partir en weekend, quelle très mauvaise idée : on bosse trois heures au lieu de huit, du coup il faut rajouter ces heures-là les soirs de semaine et ne dormir que 5 heures alors que déjà en temps normal on s'arrête à 23h, ou bien, bâcler le travail et le payer le lendemain, parce qu'une journée merdique, les gamins te la font bien sentir... (et du coup, le soir t'es encore plus fatiguée, et c'est le cercle vicieux qui s'installe...).

(Je ne m'applique pas beaucoup pour écrire parce qu'il serait temps que je me mette au travail.)

Je fais la grève mardi, évidemment. Plus pour dormir et travailler que pour protester (même si je proteste quand même bien sûr). Et ceux qui trouvent que les fonctionnaires se foutent de la gueule du monde, je les emmerde, qu'ils aillent se faire tous bien foutre (chuis vulgaire, tant mieux).

Mon moral est passé de "bof-bof" à "sponsorisé par Kleenex". Ça devient compliqué à gérer quand les larmes montent au beau milieu de la cour de récré ; occupée avec les gosses je me croyais immunisée et en fait non.

Je ne comprends pas, je n'ai jamais compris la corrélation entre le moral des ménages et la consommation. Moi c'est quand je suis déprimée que je claque du pognon à tout va. Je n'ai jamais gagné autant de fric, je n'ai jamais été aussi malheureuse (et pourtant, dieu sait si je me suis souvent dégoûtée).

Ah et pis je vous ai pas raconté la visite surprise de l'inspectrice... Elle m'a cassée, comme Brice de Nice, parce que je ne fais pas bien mes V majuscules. Quel modèle effroyable je fais pour les enfants.

mar. 13 septembre 2011

Je vais bien, tout va bien

Ça ressemble à quoi, une maîtresse qui a fait sa rentrée y a dix jours ?

Physiquement, c'est fastoche, la même avec des cernes (et j'espère quelques grammes de moins, parce qu'avec 15 aller-retours dans la classe au deuxième étage + debout tout le temps + à peine le temps de bouffer à midi, hein...).

Moralement, ça fluctue, pensez marées.

Je voulais faire un passage ici un soir où ça va pas trop mal, comprenez où je ne suis pas en train de réfléchir à ma prochaine reconversion.

L'enfant battu ne l'est finalement pas (trop).

J'ai mis en place un cahier de questions, parce que j'ai une classe curieuse (ce qui est chouette en soi, mais faut bien canaliser...) Au bout de deux pages, bingo, la question à mille dollars : comment on fait les bébés ? Haha. J'ai botté en touche et j'ai répondu d'aller voir page tant du Larousse junior. Par contre, à la question Comment les microbes ont été créés, j'ai séché. Vulgariser le transfert horizontal de gènes, c'est pas mon point fort, et le Larousse Junior n'avait aucune entrée correspondante pour moi.

Depuis que j'ai commencé, je n'ai plus aucun scrupule d'ordre écologique, économique ou diététique à bouffer quotidiennement des plats tout prêts de chez Monop ou Pitchard. C'est ça ou le plateau de la cantoche, et comment dire, les "steaks de poulet", sans façons.

Question de sécurité, pour les avoir tous plus ou moins toujours dans ton champ de vision quand ils vont ou viennent de récré, tu les fais s'arrêter à tous les angles, et à tous les paliers. Trois paliers par étage, deux étages, trois couloirs, je te laisse faire le calcul. Et à chaque fois qu'on s'arrête, on s'arrête au moins 20 secondes pour discipline : rangés deux par deux, pas de trous, pas de tas, pas d'agitation. Le hiatus dans mon âme de bordélique, devoir jouer les kapos pour cadrer les gamins, ça me rend un peu malheureuse. Mais sinon c'est la honte devant les collègues, et quand tu arrives à "tenir ta classe", comme on dit, quelle fierté ! Fierté de chien de berger, certes.

Mais attention, ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit. On se fait braire, mais après les gamins, faut les traîner à la piscine à pied, et bonjour les palpitations avec les bagnoles, les potentiels fugueurs et les potentiels kidnappings. Donc, la militaire attitude, c'est impossible de faire sans. Parce que si un môme s'égratigne un peu sévèrement et qu'il est sous ta responsabilité, après ça reste dans ton dossier pour TOUJOURS. Y a pas de prescription ; un accident entre 8h30 et 16h30, c'est le truc le PIRE, juste après crime contre l'humanité.

dim. 11 septembre 2011

Record d'absence de courage battu

Alors toujours pour rester synthétique parce que l'heure tourne :

En gros, je ne dois pas penser à plus loin que 48 heures. Sinon, si je prends le moindre recul quant à ce que je vais endurer ces prochaines semaines, ces prochains mois, ces prochaines années... je n'ai plus qu'une envie, c'est de fuir ce merdier.

Heureusement, en immersion avec des gosses de CE2, on est très solidement retenu au présent, au tout de suite, au maintenant.

mer. 07 septembre 2011

Top chrono

Rapidement ?

Collègues sympa, classe sympa, Milky déjà débordée.

J'espère vraiment que je réussirai à dégager un peu de temps pour vous raconter plus de détails ici, mais pour le moment c'est trop la course. HEUREUSEMENT qu'on a encore le mercredi, pour reprendre mes esprits, réfléchir un peu, rattraper le retard, souffler un instant.

  • Celle qui a besoin d'attention et voudrait bien m'accaparer entièrement
  • Celui que son père bat et qui va très bien madame la marquise
  • Celle qui sur les listings c'est ni son nom ni son prénom mais c'est bien elle
  • Celui qui est analphabète après deux CP un CE1 mais sa mère fait l'autruche
  • Celui qui a appris le français l'année dernière et qui dépote

sam. 03 septembre 2011

J - 2, on respire par le nez.

Jeudi et vendredi, c'était la pré-rentrée.

Elle m'a occupée une quinzaine d'heures rien que sur des questions matérielles : on croirait pas, mais mettre minimum 5 séries de 25 cahiers dans des protège-cahiers, ça prend un temps FOU (l'année prochaine, je le fais faire à mes élèves. Au-to-no-mie les mecs !)

Et encore, je n'ai pas rempli les pages de garde : d'une parce que je manquais cruellement de temps, et puis parce que, mon écriture de maîtresse... hum, comment dire ? Au tableau ou ponctuellement je peux m'appliquer, mais bien calligraphier 5 x 25 fois de suite "Cahier de liaison / du jour / de poésies" etc, eh bien c'est juste une punition. Alors que je n'ai encore rien fait de mal ! (ça ne saurait tarder)

Autre facteur dévoreur de temps : découvrir sa salle de classe, vaste certes, mais sinon : les murs lépreux, la poussière, des vieilles traces de patafix dégueu partout, une bibliothèque pas du tout accueillante... En conséquence de quoi : faire du ménage comme ça peut, bouger les meubles, disposer les livres de manière un peu plus attrayante, accrocher des cache-misère aux murs, nettoyer le tableau (ça normalement, ce sont les femmes de ménage qui s'en occupent. Sauf qu'on en a pas assez pour faire toute l'école... bienvenue en ZEP ?) Et puis selon les endroits, on dirait que ma classe a 15, 40, 102 ans : zéro indice de modernité (heureusement je suis tout près de la salle informatique), des piles et des piles de diapositives, attends je te montre qu'on rigole un coup :

vieux1

vieux2

vieux3

Dans son jus, je vous dis.

Et puis, une estrade devant le tableau. Plus vieille France, tu meurs (mais ça nous arrange, moi et mon 1.55 m, j'avoue).

Et ce weekend : préparation des cours, je suis très très très en retard... Par exemple en CE2 (mon niveau de classe, a priori le top : des élèves un peu dégourdis, mais pas encore gâtés par les hormones... on verra), en CE2 donc, en général on découvre la Préhistoire. Mon problème, c'est que j'ai le sens du détail, et assez peu celui des priorités. Donc je réfléchis en feuilletant le manuel, je me dis que ce serait trop bien d'avoir une reproduction de la dame de Brassempouy dans la classe, que les élèves puissent la toucher, la voir sous tous les angles, c'est quand même plus émouvant qu'une photo non ? Et me voilà ainsi partie dans les vastes contrées internautiques pour connaître les prix (et dans ce cas précis, renoncer assez vite...).
Pendant ce temps, l'organisation de mes séances n'a pas avancé d'un pouce, évidemment. Je m'y prends mal, je sais que je m'y prends mal...

D'ailleurs, j'y retourne. L'air ne va pas se brasser tout seul, hein.

sam. 06 août 2011

À entretenir...

Je me suis remise au travail pour préparer ma rentrée.

Au milieu des craintes (ne pas réussir à faire progresser tous les élèves, me taper 15 visites (et autant de rapports) de la hiérarchie pour ma titularisation, manquer à mes devoirs (ô combien nombreux), gérer les parents, être submergée de boulot, fatiguer), ne pas oublier cette étincelle : je suis excitée à l'idée d'avoir MA classe cette année, d'être le capitaine du bateau (de la galère ?), de mettre ma créativité et ma sensibilité au service de ces élèves.

Je suis excitée à la perspective de pouvoir, peut-être, faire du bon boulot. Et ça, ben c'est cool !