Revoir Nikita
Par Milky le sam. 25 août 2007, 13:02 - Journal - Lien permanent
Comme c'est compliqué de raconter tout cela, les faits, les émotions, les
impressions que suscitent des retrouvailles avec une amie d'enfance
schizophrène. La mère de Nikita, Marie-Louise, est venue nous retrouver à la
gare de N. où elle nous a exposé déjà quelques réalités de la maladie, perte de
la notion de temps, d'hygiène ; c'était une préparation
nécessaire.
Nous avons ensuite roulé jusqu'à l'appartement de Nikita, avec le projet de
nous rendre, une fois le déjeûner pris, à l'hôpital où sa fille de huit jours a
sa place jusqu'à la décision du juge - qui confiera probablement la garde à
Marie-Louise, quoique Nikita aie bon espoir de récupérer sa fille - vous ai-je
dit qu'elle avait accouché seule, chez elle, ne réveillant le père (venu piquer
un roupillon) que pour couper le cordon ombilical ?
Elle est restée seule avec son bébé et son ami pendant environ 36 heures,
avant que Marie-Louise n'arrive ; durant ce laps de temps elle s'en était
très bien occupée...
Bref.
Nous sommes donc arrivées chez elle, au troisième étage d'un petit immeuble
HLM.
Comme j'ai eu le coeur serré les dix premières minutes !
La joie intense et la confusion de la retrouver sans la retrouver tout à
fait...
Quand sa mère et sa soeur nous ont laissée toutes les trois, Nikita, ma
frangine et moi, nous étions chacune dans nos petits souliers ; nous avons
commencé par les offrandes, des petites choses pour le bébé et un livre que
j'aimais pour elle (puisque mes petites choses à moi, je me les étais
fait piquer dans le train la veille au soir...)
Nikita a commenté les cadeaux en les ouvrant, avec la malice qu'elle a
toujours eue, "T'es toujours fourrée dans tes bouquins, toi ! ".
Puis elle nous a raconté des bribes des dernières années, quand elle avait
habité dans la maison de vieux du Nord, "je crois qu'ils étaient morts", quand
elle a été internée "j'ai failli crever là-bas". Superposés à ceux de sa mère
qui la retrouvait chaque fois qu'elle disparaissait, ces récits ne laissent que
très vaguement imaginer la violence qu'a pu être sa vie de jeune
adulte.
Apprenant que nous ne fumions pas et ne voulant pas nous déranger malgré nos
protestations, elle est allée fumer sur le balcon, où je l'ai rejointe. Au
cours de cette drôle de journée, ma soeur et moi allions alterner des moments
de tête-à-tête avec elle, je ne sais pas bien pourquoi c'était plus facile
ainsi, alors que je m'étais jusque là rassurée de pouvoir compter sur notre duo
pour pallier aux éventuels malaises ou faiblesses de la conversation.
Je n'ai presque rien raconté mais il m'a fallu des heures pour pondre déjà ce début, je continuerai demain...
Commentaires
c'est triste en tout cas
Contente que ça ait l'air de ne pas s'être trop mal passé et que vous ayez pu avoir une conversation qui jusque-là va bien.
C'est si fragile, même quand tout le monde va bien.
Lili : non je ne dirais pas ça, elle est bien mieux qu'elle n'a été et ça peut encore s'améliorer... mais c'est vrai que la situation n'est pas facile.
Gilda : fragile, oui, c'est ça. But that was definitely a Jekyll day...
J'imagine votre émotion et surtout le malaise du début. J'espère que vctre rencontre lui a fait du bien. Parce que le vide qui a dû se faire autour d'elle...
(Tu sais je vais souvent prendre un café le dimanche matin là où tu travaillais ! Tu y étais le dimanche matin ?)
Fauvette : effectivement, le vide... déjà que quand on n'a pas de maladie mentale avérée c'est dur de ne pas voir assez de monde, alors là...
(non pas le dimanche, sauf une fois en février... c'est drôle, tu es la deuxième personne sur le net que je croise et qui fréquente cet endroit !)