Comme c'est compliqué de raconter tout cela, les faits, les émotions, les impressions que suscitent des retrouvailles avec une amie d'enfance schizophrène. La mère de Nikita, Marie-Louise, est venue nous retrouver à la gare de N. où elle nous a exposé déjà quelques réalités de la maladie, perte de la notion de temps, d'hygiène ; c'était une préparation nécessaire.

Nous avons ensuite roulé jusqu'à l'appartement de Nikita, avec le projet de nous rendre, une fois le déjeûner pris, à l'hôpital où sa fille de huit jours a sa place jusqu'à la décision du juge - qui confiera probablement la garde à Marie-Louise, quoique Nikita aie bon espoir de récupérer sa fille - vous ai-je dit qu'elle avait accouché seule, chez elle, ne réveillant le père (venu piquer un roupillon) que pour couper le cordon ombilical ?

Elle est restée seule avec son bébé et son ami pendant environ 36 heures, avant que Marie-Louise n'arrive ; durant ce laps de temps elle s'en était très bien occupée...

Bref.

Nous sommes donc arrivées chez elle, au troisième étage d'un petit immeuble HLM.

Comme j'ai eu le coeur serré les dix premières minutes !

La joie intense et la confusion de la retrouver sans la retrouver tout à fait...

Quand sa mère et sa soeur nous ont laissée toutes les trois, Nikita, ma frangine et moi, nous étions chacune dans nos petits souliers ; nous avons commencé par les offrandes, des petites choses pour le bébé et un livre que j'aimais pour elle (puisque mes petites choses à moi, je me les étais fait piquer dans le train la veille au soir...)

Nikita a commenté les cadeaux en les ouvrant, avec la malice qu'elle a toujours eue, "T'es toujours fourrée dans tes bouquins, toi ! ".

Puis elle nous a raconté des bribes des dernières années, quand elle avait habité dans la maison de vieux du Nord, "je crois qu'ils étaient morts", quand elle a été internée "j'ai failli crever là-bas". Superposés à ceux de sa mère qui la retrouvait chaque fois qu'elle disparaissait, ces récits ne laissent que très vaguement imaginer la violence qu'a pu être sa vie de jeune adulte.

Apprenant que nous ne fumions pas et ne voulant pas nous déranger malgré nos protestations, elle est allée fumer sur le balcon, où je l'ai rejointe. Au cours de cette drôle de journée, ma soeur et moi allions alterner des moments de tête-à-tête avec elle, je ne sais pas bien pourquoi c'était plus facile ainsi, alors que je m'étais jusque là rassurée de pouvoir compter sur notre duo pour pallier aux éventuels malaises ou faiblesses de la conversation.

Je n'ai presque rien raconté mais il m'a fallu des heures pour pondre déjà ce début, je continuerai demain...