Revoir Nikita (2)
Par Milky le dim. 26 août 2007, 15:21 - Journal - Lien permanent
L'après-midi est passée très vite, parce que Nikita est devenue très
lente : au moment de partir déjeuner, elle est descendue après nous, puis
est remontée - sa mère nous expliquait en attendant que nous avions eu de la
chance en arrivant, qu'elle avait ouvert vite, mais que parfois elle-même
pouvait rester dix, vingt minutes devant la porte avant que Nikita ne se décide
à la laisser entrer. Je ne sais pas trop à quoi ça tient, est-ce l'indécision
pure et simple, ou est-ce qu'un sentiment diffus d'inquiétude la commande
?
J'ai voulu prendre des photos de son fils (pas tout à fait un an et demi),
elle m'a laissé en prendre une, j'ai volé la deuxième, et ça a été fini :
elle ne veut pas, elle n'aime pas les photos, les déchire très souvent (mais si
tu les lui envoies, elle les gardera pour les montrer au père, m'a expliqué
Marie-Louise). Et quand ma soeur et moi avons évoqué l'album de nos enfances
que nous avions emmené, elle a commencé par refuser de les voir, "ça ne sert
plus à rien" ; un peu plus tard j'ai insisté doucement et elle a fini par
s'y intéresser...
Elle est toujours un peu peste, un peu carne, peut-être un brin
manipulatrice même (elle mène les psychiatres par le bout du nez), et je me
demande si ça fait partie d'elle ou de sa maladie. Mais les choses ont changé,
si ma fascination pour elle demeure, en revanche mon adoration démesurée s'est
évanouie, ma sensibilité à ses piques s'est émoussée, pour laisser la place, je
m'en suis aperçue là-bas en voulant la serrer dans mes bras, à une immense
tendresse.
Nous avons eu la chance de tomber sur un jour avec, le revers de la médaille
étant que nous ne nous rendons pas forcément compte des gouffres dans lesquels
elle peut s'abîmer les jours sans. Mais même sa mère continue de se dire un
jour "ma fille n'est pas malade", le jour d'après "mais si, elle l'est",
alors...
Je ne sais plus quoi raconter de ces retrouvailles ; nous avons parlé
de tout, de rien, sérieusement, en plaisantant... Il n'y a pas de ton à
trouver, il n'y a qu'à parler normalement, avec seulement un peu plus de
souplesse peut-être.
Envie de l'aider, de l'attirer vers le côté de la lumière. Maintenant que je
l'ai retrouvée, plus question de la lâcher ! Sa maladie ne m'effraie pas -
ce n'est pas ce genre de détresse-là qui me met mal à l'aise. Je suis sûre
qu'elle peut aller mieux.
Nous nous sommes embrassées plus fort pour nous dire au revoir. Et puis elle est partie donner le biberon à sa fille.
Commentaires
"il n'y a qu'à parler normalement, avec seulement un peu plus de souplesse peut-être", c'est exactement ça (et ce qui convient et la manière de le dire)
"Maintenant que je l'ai retrouvée, plus question de la lâcher !" : méfie-toi que nous sommes limitées par nos propres survenances d'imprévus et de difficultés. Mais l'intention est louable, et c'est bien, je crois, de l'exprimer. Bon courage à toi.
C'est beau ce que tu racontes Milky, ça me file la chair de poule.... tu as raison de ne plus la lâcher, ça ne sera certainement pas facile....enfin comme tu dis c'était un jour avec.... je me demande comment sont les jours "sans"....en tout cas kol a kavod à toi et bon courage pour la suite.
ton amitié peut lui faire du bien.
Lili : je ne sais pas, mais en tous cas je crois qu'elle ne peut pas lui faire de mal.
Ysa : merci...
Gilda : évidemment, je l'entends ainsi, sauf vilains coups du sort (je n'en ai connu que très peu, jusqu'à présent, ma bonne étoile ne se fout pas de ma gueule :)
Les mots ne suffisent pas à guèrir, tu te souviens de ma voisine ?...
HB : je dirais "pas TOUJOURS". Mais tant qu'il y a de la vie, il y a de l'espoir...
Quel émouvant récit. Tu dis ne pas être effrayée par sa maladie, ni mal à l'aise devant sa détresse. C'est trés bien. Et tu dis vouloir l'aider, c'est une intention louable comme dit Gilda, mais fais attention à toi. L'empathie n'est pas la sympathie, et l'affection que tu lui portes peut influer sur votre relation. Ce que je veux dire c'est que ça sera sûrement difficile, et que ça peut être douloureux. Je ne dis pas de ne pas le faire. Je dis attention à toi.
Tu as raison de raconter les choses simplement et naturellement comme elles se sont passées. C'est comme cela qu'il faut continuer, si elle le souhaite. Tu sais néanmoins qu'elle est malade, c'est indéniable, il faut toujours garder cette idée à l'esprit. Tu peux lui apporter chaleur, amitié et tendresse c'est sûr, et c'est déjà énorme, énorme. Le reste, le traitement de la
maladie c'est entre Nikita et ses psys.
(Euh je ne voudrais pas avoir l'air d'être une "donneuse de leçon hein, mais je suis touchée par votre histoire).
Monette* : je vois bien ce que toi et Gilda voulez dire, et j'entrevois le "risque" que je prends ; je ne sais pas quoi dire si ce n'est qu'il me semble quantité négligeable en regard des difficultés de Nikita. Je crois que je saurai me préserver, mais je ne peux pas ne pas mettre les mains dans le cambouis (pardonnez-moi la trivialité de l'expression, là tout de suite je ne trouve pas d'équivalent plus humain). Mais ton attention me touche.
Fauvette : rassure-toi, tu n'as rien d'une donneuse de leçons ! C'est à peu près le programme que je m'imagine suivre, chaleur, amitié et affection. C'est en tous cas la sensation primante que j'ai eue, qu'elle avait surtout besoin de ça (en tout cas venant de moi qui ne suis pas soignante agréée ni rien)
Bonjour,
Je suis ici, un peu comme toujours dans ces cas là... par le plus pur hasard. En effet, je suis une lectrice de Pénélope Jolicoeur... parfois l'envie me prend de cliquer sur l'un ou l'autre nom, dans les nombreux commentaires...
Aujourd'hui, je suis arrivée ici...
Je suis boulversée, émue.
Merci pour ce récit.
Que l'avenir vous aide à aider votre amie... Je pense qu'avec beaucoup d'amour de tendresse et de patience... les choses finiront par être moins lourdes.
Merci encore pour cette émotion palpable et ces mots très justes...
De toute façon dans ces moments là, quand c'est le coeur qui dicte, on n'a pas tellement le choix, et quoique nous chuchotte la raison, on fonce. Racontes nous la suite, l'histoire me touche...
Maureen : bienvenue ici ! (quel bonheur, hein, le blog de Pénélope ?) et merci pour vos gentils mots, qui me touchent beaucoup. J'espère effectivement pouvoir lui apporter un peu de légèreté (je ne me l'étais pas formulé, je vous tire mon chapeau d'avoir mis le doigt dessus) - même si vu sa situation actuelle, c'est loin d'être gagné...
Fée d'hiver : tu as tout à fait raison, et pour une fois que je laisse parler autre chose que ma tête...