Pourquoi, quand j'aide une vieille dame à traverser la rue, ou que j'attends le bus d'un aveugle, je me sens juste, alors que donner une pièce à un mendiant ne fait qu'aiguiser ma mauvaise conscience ?

C'est, malgré moi, deux poids deux mesures. J'aborde les fous et les éclopés avec naturel, tandis que les pauvres (1) gens à la rue me laissent désemparée ; il y a quelque chose en moi qui ne peut pas comprendre, qui ne veut pas admettre.
Peut-être parce qu'il n'y a pas que la fatalité qui justifie cet état de fait, tandis que c'est tellement plus facile et absurde, il me semble, de se retrouver dans un fauteuil roulant ou de perdre la raison. Je ne sais pas.

(1) au temps pour moi, il est vrai que les pauvres sont loin d'être tous à la rue...