Des chiens efflanqués, des chats orphelins, ça, oui, j'en ai ramassé dans la rue, et puis ensuite, gardé chez moi ou laissé repartir.

Mais enfin tout de même, un môme, c'était la première fois.

Ousmane a huit ans et il a fugué, ne veut pas raconter pourquoi, la nuit est frisquette, et moi je ne sais pas trop quoi faire, alors je le ramène à la maison le temps de trouver.

Nous arrivons chez moi, tu as faim ? Non. Tu as soif, tu veux du jus d'orange ? Non. Je me trouve bien désemparée, et mon instinct de mère (hahaha) nourricière est frustré comme tout.

Bon, il veut bien dessiner, je sors le papier, la boîte de crayons et je pars éplucher des légumes à la cuisine. Je le surveille du coin de l'oeil, il a vite lâché le stylo pour feuilleter le livre qui traînait sur la table, et je ne sais toujours pas quoi faire. (Catherine, arrivée sur ces entrefaites, non plus)

Je lui propose des bédés de son âge, plutôt que les récits de guerre de Patrick Chauvel, sur lesquelles il se jette avidement.

Appeler la police, évidemment, oui ; mais si ses parents n'ont pas de papiers ? C'est pas pour dramatiser mais je me vois mal collaborer au régime... Et pourquoi n'auraient-ils pas de papiers ? Eh bien, rien de tangible, mais le gosse semble ne pas toujours bien comprendre le français, qu'il parle avec un petit accent et il n'a pas de chaussettes alors que nous sommes en janvier.

Et puis, pourquoi ne veut-il pas rentrer chez lui ? Il a peut-être juste la trouille d'une engueulade bien méritée, mais peut-être que ses parents ont la main leste, aussi... Il faut le ramener auprès d'adultes qui le tabassent ? Mais le tabassent-ils vraiment ?...

... Vous voyez que c'est compliqué !

Finalement, avec le nom de son école et la magie d'internet, on a trouvé la solution, le moyen de le ramener dans sa famille et de s'assurer que des yeux bienveillants seront gardés sur lui.

Je suis émue qu'il ait eu l'air aussi gourmand de livres, j'espère que la suite ne lui en fera pas perdre le goût, qu'il y aura toujours accès et qu'ils lui apporteront toujours du réconfort.