Heure d'affluence, averse, les gens se pressent pour monter à bord du 26.

J'avance, lentement car tel est le rythme de la montée, quand je sens quelqu'un me pousser de derrière, avec une force surprenante pour, après examen, une vieille petite chose à l'air si ratatiné.

Devant mon visage interrogateur, la vieille petite chose, en achevant de me dégager, me lance "Parce que moi j'ai une canne".

"Je ne vois pas le rapport" ai-je aussitôt répliqué.
"Le rapport, le rapport... ", maugréa-t-elle sans pouvoir finir sa phrase avant d'aller se tasser sur un siège.

Je ne supporte pas les vieux qui, au prétexte qu'ils sont vieux, s'accordent toutes les impolitesses sans le moindre scrupule.

"Tu verras quand tu seras vieille", me chantonne une petite voix, d'après un refrain de ma grand-mère. D'accord, on verra - peut-être... mais de toutes façons, jeune ou vieille, je déteste qu'on me bouscule, c'est tout.

Et sinon cette après-midi, j'ai prétexté un rendez-vous pour partir de cours plus tôt et je suis allée à la bibliothèque contempler les formidables photos d'Annie Leibovitz, dans ce bouquin bien trop lourd pour que je l'emprunte.