Nous sommes dans le métro en début de ligne, attendant le départ du train.

Monte une femme devancée d'une poussette, d'où émergent les braillements continus d'un moutard.

J'en reconnais le type : il s'est agi au départ d'un caprice ou d'un chagrin catégorie vrille-tympans, qui s'est ensuite emballé ; la colère et l'énervement ne font plus que s'alimenter mutuellement et les pleurs sont rauques, à la limite du bestial, laissant à peine le gosse respirer.

A ce stade, non seulement il ne gère plus rien du tout, mais sa mère non plus... Celle-ci a pris le parti d'attendre que l'enfant se calme tout seul, apparemment, car les minutes passent, le métro finit par partir mais les râles se poursuivent.

Nous autres passagers manifestons tous un stoïcisme de plus ou moins bonne grâce, quand la femme, que dis-je, l'héroïne assise en face de moi se lève et s'approche de la mère, lui proposant de prendre un instant le môme dans ses bras. (J'aurais pas osé, moi, pas assez philanthrope pour risquer me faire rembarrer par un parent susceptible)

En moins d'une minute, c'est plié : le silence est revenu. C'est si soudain que je me retourne pour vérifier qu'elle ne l'a pas assommé, mais non, il reprend son souffle, visiblement vidé par l'épisode, ses yeux encore humides dans un vague reposant.

Deux stations plus tard, un homme muni d'une guitare entre dans notre wagon et se met à bramer une sérénade avec autant de décibels que de fausses notes ; j'ai regardé autour de moi, mais ce coup-ci, personne n'a semblé disposer à aller prendre l'homme dans ses bras pour qu'il ferme un peu sa bouche...