Tu vas sortir un peu aujourd'hui ?

Euh, non, je vais rester au jardin...

Chaque soir, ma voisine et moi bénissons ce havre bucolique, qu'avec l'aide des beaux jours nous avons totalement investi.

C'est un jardin qui appartient à tout l'immeuble, mais seules nous autres filles de l'entresol en avons la jouissance. Il n'est pas très grand, une cinquantaine de mètres carré, mais il abrite une belle diversité de plantes et de fleurs avec lesquelles nous avisons au cas par cas : souvent on laisse vivre, d'autres fois on contient, mais parfois on dégage.

L'occupante d'avant avait sculpté un éphèbe d'environ 50 cm de hauteur, qui s'est lentement couvert de mousse, et à qui je fabriquerais bien une copine ; chaque fois que mon regard se pose sur lui, je songe à la chanson de Trenet intitulée "Le Jardin extraordinaire" ; on y voit aussi des statues, qui se tiennent tranquille tout le jour dit-on, mais moi je sais que dès la nuit venue, elles s'en vont danser sur le gazon.

Nous fourmillons de projets pour rendre ce jardin de plus en plus charmant - il l'est déjà tout à fait à nos yeux. Une petite terrasse en bois, une lampe-tempête pour nos soirées, une mosaïque blanche, verte et or pour égayer le mur, et puis toutes senteurs exquises, lavande, jasmin, menthe, églantines...

Le débat de ce soir : est-ce que ce jardin est bourgeois-bohème ? Un élément nous en préserve absolument : Gretchen, que nos veaux vaches cochons couvée n'empêcheront jamais de venir, avec constance et application, chier dans les semis.