Revenue de Biniou ce soir, je m'attable à une terrasse de bistrot sitôt sortie du train, car j'ai faim depuis à peu près Cravant-Bazarnes ( = trop longtemps).

A peine installée, je constate, à quelques mètres en face de moi, la présence du cousin Jules, pas vu depuis, pfiout, six, sept ans ?

Je le dévisage donc intensément pendant un instant ; au bout de quatre grosses secondes, comme mon regard laser est apparemment en rade, il ne m'a toujours pas remarquée, et soudain le doute fait place dans mon petit esprit (embrouillé par la faim, je le rappelle) : et si ce n'était pas lui ?
Mais simplement quelqu'un qui lui ressemble, quoiqu'en moins distingué : je connais des vaches qui ruminent avec plus d'élégance que ce type, mon cousin à moi n'a pas été élevé comme ça, que diantre !

Je suis bien embêtée : si je vais me planter devant lui et que je dis "Bonjour Jules" et que ce n'est pas lui, j'aurai l'air d'autant plus bête qu'il faudra que je me rasseoie en face de lui après. Mais si je m'approche et que je demande "Etes-vous Jules ?" et que c'est bien lui, j'aurai l'air encore plus bête et c'est une anecdote qu'on me resservira pendant des années (c'est le problème des embarras familiaux, ils sont à l'épreuve de toute péremption).
Il ne me reste donc plus qu'à attendre que lui me reconnaisse (ou pas), en lui coulant des regards vaguement interrogateurs de temps en temps.

J'ai donc appliqué mon plan C jusqu'à ce que le type en question rejoigne une fine Chinoise au minois délicat : bingo ! Le cousin Jules a pour signe distinctif d'être marié à une fine Chinoise au minois délicat. Je l'ai donc hélé, et nous avons effectué des retrouvailles express avant qu'ils ne rejoignent leur train.

Marrant : de toute la famille, c'est lui qui est le plus excentré (bin ouais, la Chine quoi), et c'est pourtant lui que je croise au milieu d'une gare parisienne... La fantaisie du hasard.