La comédie de l'entretien d'embauche.

Le type voulait me fixer rendez-vous une heure plus tard ; il a fallu que je dise oui pour pas avoir l'air de me débiner d'emblée, mais un employeur qui veut vous voir maintenant tout de suite, c'est un employeur aux abois (un point partout) et l'expérience m'a appris que dans ces cas-là, l'embauche est quasi-assurée.

Entretien comme d'habitude : ils veulent d'abord s'assurer que je désire être à eux, rien qu'à eux, tous les jours et pour toujours. Mais oui mon chat, ne t'en fais pas, je vous aime déjà d'amour et je compte faire des sandwiches toute ma vie, c'est ma vocation.

Le recruteur m'explique que le travail est difficile, qu'il faut être efficace, et qu'ils ont beaucoup de mal à trouver quelqu'un à la hauteur ; il faut alors comprendre : quelqu'un qui accepte et parvienne à faire le boulot de deux personnes en échange d'un seul salaire (je crois que ça n'existe plus les jobs mal payés mais faciles, ou alors ça s'achète, faut être coopté et j'ai pas de relations de ce genre).

C'est donc mauvais signe : il faut toujours se méfier des boîtes qui ont un gros turn-over... Mais je n'ai pas discuté avec les employés, j'ignore donc si c'est uniquement le poste pour lequel on me fera faire 2 jours d'essai la semaine prochaine qui pose problème, ou si aucun d'entre eux n'a passé plus de trois mois dans la boîte.

Au delà des deux mois d'essai de rigueur, on m'offre un CDI à temps plein ; là aussi, jeunes gens, méfiez-vous : ceux qui font ça savent qu'ils n'auront à virer personne, que les gens en auront marre et qu'ils finiront par partir d'eux-mêmes ; de leur côté, les boîtes économisent la prime de précarité.
Mais - et là c'est un peu plus rare - j'ai également droit à un crédit équivalent à 25% de mon salaire mensuel pour m'acheter à manger (chez eux bien sûr, mais c'est nettement moins dégueu que McDo - bon c'est un peu plus cher aussi). Quand on a roulé un peu sa bosse dans le monde merveilleux des jobs merdiques, on est sensible aux avantages en nature.

Je n'échappe pas aux questions stupides, il y en a deux types : les absurdes censées te déstabiliser, auxquelles tu n'as évidemment pas la réponse, exemple :

Pouvez-vous me dire en quoi consiste ce poste ?
Bin non, je suis là pour que tu m'expliques, connard

Et les fumeuses posées en préambule de la vraie question, exemple :

Etes-vous mobile ?
Euh bin j'ai une carte orange, je... euh, comment ça ?
Non je veux dire, est-ce que vous êtes prête à aller passer un ou deux jours dans une autre ville de temps en temps pour travailler dans un autre de nos restaurants ?
Tu pouvais pas le dire tout de suite, connard ?

Naturellement je n'ai pas traité le recruteur de connard. Il n'y a qu'une seule fois où j'ai vraiment regretté de ne pas l'avoir fait (puisque je n'ai même pas eu le job), c'était un CDD de deux ou trois semaines en décembre pour faire des paquets cadeaux aux clients de Natoure & Décuvertes. Le type m'avait demandé, sans rire "C'est quoi, pour vous, l'esprit N&D ?"
J'aurais dû lui répondre "Non mais tu te fous de ma gueule, connard, tu vas me payer trois cacahouètes pour faire mumuse avec du bolduc et en plus il faut que je te mette la larme à l'oeil avec un laïus enamouré sur ta boîte chérie ? Tu veux pas une pipe et un Mars aussi pendant que t'y es ?"

Et après j'aurais dû cracher par terre et me barrer. Au lieu de ça, j'ai pris un air ahuri et j'ai bafouillé "Euh, bin... la nature, la, euh, la découverte de la nature ?" Non mais je vous jure, des fois je manque VRAIMENT de repartie.