Quelque chose me dit que je ne vais pas faire de vieux os chez Kiki...

D'après mes estimations, avant la fin de la semaine prochaine je serai virée ou bien j'aurai démissionné.

Je suis rapide mais on me demande d'aller encore plus vite ; pourtant, payée 6 euros et 84 centimes de l'heure, je n'ai pas de quoi m'offrir des amphétamines...

Il est d'ailleurs amusant de comparer la célérité qu'on cherche à me faire atteindre dans la confection de sandwiches et la lenteur avec laquelle on me fait signer mon contrat... (hé non, il n'est toujours pas prêt, ça ne fait que 6 jours que je lanterne après tout). A chacune de mes réclamations, le manager me dit "T'inquiète pas".

Histoire de les mettre dans la merde pour leur en apprendre un peu, je songe très sérieusement à me blesser exprès ; dans une cuisine, c'est facile... je pense brûlure au second degré avec le four à pain, un peu long à guérir mais plus facile à maîtriser qu'un coup de couteau à pain, risqué pour les tendons.

En bossant de 7h à 14h30, on est censé prendre sa pause à 11h30. Mais avec le boulot à abattre avant le coup de feu (enfin, façon de parler... c'est pas violent-violent comme rush mais il a l'air vite paniqué, le manager), surtout quand on débute et qu'on n'a pas eu de formation (1) , la production de sandwiches et le nettoyage de la prod ne sont pas terminés avant 13h (vous avez déjà essayé de récurer le sol d'une cuisine professionnelle qui n'a pas de regard ?).

Sauf qu'on n'a pas le droit non plus de prendre sa pause à 13h.

"Tu la prendras à 14h"

"Tu me fais bosser 7 heures d'affilée là, tu sais que c'est illégal ?"

"Non mais là il faut penser collectif, si tu prends ta pause au moment du rush tu vas te mettre les autres à dos."

On croit rêver... Entre smicards, serrons-nous les coudes pour mieux nous faire exploiter, luttons pour l'esclavagisme !

Ces mecs cherchent à économiser un demi-salaire sur mon dos (sur le dos d'un autre, prochainement) et c'est MOI qui joue perso... J'adore.

Quand j'ai demandé au manager combien de personnes avant moi avaient duré moins d'un mois pour cause de "lenteur", ce n'était pas parce que je ne connaissais pas la réponse (je discute avec les autres employés, pour la plupart très sympa), c'était pour lui mettre le nez dans son caca.
Comme prévu, il a noyé le poisson, quoique qu'avec une langue de bois guère entraînée, qui me fait penser qu'il ne montera sans doute pas bien haut dans la hiérarchie...

En sortant, sur le chemin du métro, j'ai vu une employée de Starboucks qui prenait une pause-cigarette ; à titre de documentation je suis allée lui demander comment c'était, le travail chez eux. Elle m'a fait un sourire mi-las, mi-sarcastique, accompagné d'une réponse lapidaire : "Je vous le déconseille".

Dans le prochain épisode, nous étudierons le greenwashing made in Kiki...

(1) On pense ce qu'on veut de McDo, mais eux au moins ils sont logiques : on commence par la formation, on ne bosse pas à l'aveuglette pendant trois semaines avant d'apprendre comment il faut faire...