J'avais longuement préparé Jean-la-brêle au contrôle sur les fractions, et au bout de deux mois d'efforts, nous maîtrisions enfin les additions (je rappelle aux littéraires que l'addiction de fractions a ceci de subtil qu'il faut d'abord mettre tout le monde au même dénominateur). Ah, j'étais fière !

Juste pour vérifier, la veille du devoir sur table, je propose à Jean une multiplication de fractions (toujours à l'adresse de nos amis littéraires, c'est une opération bien plus simple puisqu'il suffit de multiplier entre eux numérateurs et dénominateurs sans plus se poser de questions). Calamitas ! Jean-la-brêle a plongé tête la première dans le piège, enchaînant sa routine d'addition comme un poulet qui continue d'avancer alors qu'on vient de lui trancher la tête.
Je m'arrache discrètement deux-trois cheveux, puis opère une remise au point, l'addition tu fais comme CI et la multiplication tu fais comme ÇA (lettres de feu entourées de loupiotes clignotantes), test in vivo, tout semble rentré dans l'ordre...

Hier, je demande à Jean de me raconter comment s'est passé le contrôle. Bien, me répond-il, j'ai assuré sur les fractions (encore heureux, songeai-je), mais par contre je me suis un peu emmêlé dans les parallélogrammes... (à sa décharge, j'ai préféré en ce qui le concernait presque tout miser sur les fractions dont il aura besoin toute sa vie, plutôt que sur des quadrilatères idiots qu'on peut passer le restant de ses jours à ignorer superbement une fois sorti du système scolaire).
Quelques instants plus tard, je lui redonne un calcul de fractions en guise d'échauffement. Re-calamitas ! Non seulement il se plante, mais il se souvient tout d'un coup qu'il a également confondu les + et les x lors de l'interro... C'est pas ce coup-ci qu'on va améliorer la moyenne.

Dans un autre genre, j'ai une nouvelle élève, enfin, j'ai peut-être une nouvelle élève, puisque la jeune Stella, 14 ans, m'a tout bonnement posé un lapin pour notre premier rendez-vous. Je n'ai rencontré que le papa (dépassé) et le bulletin (désastreux). La gamine bavarde dans tous les cours, se bat, n'apprend pas ses leçons, traîne des heures sur F***Book, etc - caricature de cancre. Je me demande bien ce que je vais pouvoir faire...

Par ailleurs, suite à nos cours, ma petite pouliche du 16ème a doublé sa moyenne par exemple, et tous les profs de Milko ont constaté un regain de motivation chez lui. Vous m'en voyez ravie, seulement... ces gamins-là s'en sortiront toujours (il ne saurait en être autrement au vu de leurs atouts sociologiques).

Tandis que mes élèves les plus nuls sont aussi (comme par hasard ?) les plus pauvres - et je culpabilise face au sacrifice financier que leurs parents s'imposent pour leur offrir ces heures de soutien, alors que c'est avec eux que je suis le moins efficace. Je me sentais plus de légitimité à toucher mon salaire au centre social qu'ici...