Aaaaaaah. Aaaaaaaaaaaaaah. Fffffiouuuuuuuuuu.

Excusez-moi, hein, mais désormais, le ciel bleu sur moi peut s'effondrer, et la terre peut bien s'écrouler, peu m'importe car je suis en VACANCES (c'est pas que je me foute des résultats début juillet, mais enfin bon, c'est une autre histoire).

Alors quand même. Il a fallu que je ne me contente pas d'être simplement stressée pour cette dernière épreuve... J'avais très mal dormi (ce qui n'avait pas été le cas à la première épreuve), et convoquée à 7h30 (oui je sais déjà c'est un peu horrible... mais il paraît qu'il y a des académies où les candidats commençaient à préparer à 6h15, alors je préfère ne pas trop me plaindre), je m'étais levée, pas franchement fraîche ni tout à fait dispose, à 5h45.
Je réveille un tout petit peu le Tigre-Chou pour lui raconter mon horrible cauchemar (où j'arrivais à l'épreuve en retard et où je perdais son ordinateur) et puis vers 6h30 je m'en vais sautillante vers le métro (ok, en fait je ne sautillais pas tellement, je ne suis pas une jeune bergère, plutôt un sherpa chargé d'un ordinateur qui pesait un âne mort).

L'écran affiche une nouvelle un peu ennuyeuse : grève, un train sur deux. Ah tiens, oui, j'aurais pu vérifier ce détail avant de partir (je l'avais fait pourtant le jour de la première épreuve), je m'en veux un peu mais bon, j'ai largement assez d'avance pour prendre ce deuxième train, je roule donc jusqu'à Denfert avec mon ordi, mon parapluie et ma patate.

6h55, je suis sur le quai, déjà bondé, les deux prochains trains sont annoncés pour 7h et 7h06. Tutto va bene...

7h, pas de train. 7h01, 7h02, 7h03... 7h06. Toujours pas de RUPU ou de ZOBI ou chais pas quoi, les gens qui commencent à s'entasser. Dans ma petite tête ça commence à mouliner Hum je retourne à Place d'Ite pour prendre le 57 ? Rho j'ai pas le temps et pis je sais même pas où il est l'arrêt, bon à 7h10 si y a toujours personne je vais prendre un taxi, rha merde j'ai pas un rond (j'avais prévu le coup pourtant le jour de la première épreuve), bon je vais bien trouver un distributeur en chemin.

7h08, je quitte le quai avant de paniquer.

7h09, je suis sur la place à Denfert, je ne vois ni taxi ni distributeur.

7h10, je m'engage sans faire exprès sur la bonne avenue, c'est déjà ça...

7h11, distributeur, check. Je commence à héler les taxis pas libres, vu qu'il n'y a que ça et que quand même, je commence à m'inquiéter un petit peu. Il y en a un qui s'arrête pour me dire que non il ne m'emmènera pas à la Maison des Zexamens, rapport qu'il a fini son service (je suis contente pour toi, mec). Il repart et juste après, je me dis que j'aurais dû faire comme dans les films, sortir tous mes biffetons et les lui agiter sous le nez. Bon j'avais que 50 euros, j'ai pas dit qu'on était dans un James Bond non plus.

7h12, 7h13, 7h14, je commence à avoir bien chaud là dans ma petite tenue de candidate. Un autre taxi pas libre me dit d'appeler le 3607.

7h15 je me tape la bande enregistrée du 3607.

7h16 le 3607 m'annonce qu'il ne peut rien faire pour moi, salut.

7h17 je commence à réaliser avec horreur que je m'apprête à foutre une année de travail en l'air. Mon cauchemar était prémonitoire, merde il faut que je fasse gaffe à l'ordi (et en même temps, comment l'oublier, qui tire sur mon épaule).

7h18 j'appelle le Tigre-Chou, hystérique "C'EST LA GRÈVE ET YA PAS DE TAXI !!" Va jusqu'à Porte d'Orléans, il y en a toujours plein, me répond-il, d'une sagesse incroyable pour une heure aussi matinale.

7h19, métro. Évidemment le premier me passe sous le nez, 7h20, 7h21, 7h22 je monte dans la rame. En larmes, dans la tête la convocation avec écrit en lettres de feu "Même si y a des grèves, on s'en fout, si vous êtes pas à l'heure tant pis pour vous, vous pouvez crever" (bon, je cite de mémoire).

7h25 je déboule porte d'Orléans, un taxi pas libre (ne m'expliquez pas comment différencier un taxi libre d'un taxi pas libre. Je connais la différence. C'est juste qu'il n'y avait QUE des pas libres. Ca m'a rappelé mes années de célibat...), un taxi pas libre donc, m'indique vaguement la direction d'une station.

7h26 j'y vais mais je ne vois rien, alors je continue à héler des taxis pas libres au bord du trottoir, jurant et pleurant un truc très cohérent et très digne, genre "Putain de merde, pas de taxi, pas de taxi, fait chier putain, je veux juste un taxi bordel c'est pas possible, un taxi, un taxi".

7h27, un type pas effrayé par mon allure de démente me demande gentiment si je cherche un taxi (non je n'ai pas répondu A ton avis connard. Je sais reconnaître les bons samaritains, même dans la détresse) et m'indique la station, cachée derrière un bus.

7h28 je suis DANS un taxi LIBRE. le truc de dingue. J'appelle à nouveau ma cellule psychologique d'amour (à qui j'ai transmis une bonne grosse boule au ventre), qui me rassure du mieux qu'elle peut, la grève va toucher beaucoup de monde, ils seront indulgents, ça va aller...

7h29 je sanglote à gros bouillons et à petits cris suraigus à l'arrière du taxi. Je prie le chauffeur de m'excuser, mais je suis bien au-delà de la honte. Je songe que je n'ai aucune envie d'être le faits divers de l'Hi-Hue Ephème, celle qui n'a pas eu le concours parce qu'elle n'a pas assez bien prévu la grève... Et je chiale de plus belle à l'idée de tout ce boulot fichu en l'air.

7h30 je regarde horrifiée la grande aiguille faire son travail de sape, et dehors la circulation, dense, des feux rouges tous les deux mètres. 7h31, 7h32, c'est trop tard maintenant, ça ne sert plus à rien...

7h36 Maison en vue ! Je lâche un pourboire royal au chauffeur (pas le temps d'attendre la monnaie) qui me souhaite bonne chance, et je me précipite par une entrée interdite aux piétons, la plus proche du bâtiment où je dois me rendre (je sais pas si vous connaissez la Maison des Zexamens, c'est très con comme endroit ; le coup de l'entrée interdite aux piétons, ça me laisse rêveuse).

7h37 Un vigile m'engueule à cause de l'entrée interdite. Je l'engueule en retour (enfin pas exprès, mais je suis toujours bien bien hystérique et ma voix rauque d'angoisse doit passer pour une agression) et il bat en retraite.

7h38 j'arrive à la porte du bâtiment, suant comme une truie, le visage enflé, baigné de larmes et de morve, les yeux hagards... la dame de l'accueil me dit doucement "Tout va bien, on commence en retard à cause de la grève..."

TOUTES les autres candidates étaient là - et même une fille qui passait l'heure d'après - toutes tranquilles, à avoir bien pensé, elles, à regarder ratp.fr la veille au soir en sirotant leur camomille. Comme souvent, je me suis sentie pas mal vilain petit canard à ce moment-là... mais bon, j'avais mon souffle à reprendre, et quatre litres d'adrénaline à écluser.

Je passe sur la préparation, où les larmes me remontaient direct aux yeux dès que je repensais à la demi-heure cauchemardesque du matin... (de vous le raconter, j'ai encore des palpitations).

Je passe sur l'oral, jury sympa (même si ça ne veut rien dire, je préfère : j'étais sortie de la première épreuve très... lacrymale, once again, rapport aux deux dragons qui m'avaient malmenée pendant une heure...).

Le retour à Paris fut à peu près aussi compliqué - zéro rer, le bus qui ne s'arrête pas quand tu lui fais coucou, et bien sûr toujours pas de taxi - mais, bien sûr, sans la couche d'horreur pure de l'aller...

Et maintenant, les vacances. Eh bin les mecs, j'ai rarement autant savouré...