L'autre jour, en classe, un môme a vomi sur sa table ; à cet âge-là on ne sent pas bien le truc venir, et on ne fait aucune tentative pour limiter les dégâts, comme se pencher sur le côté ou viser la poubelle. On vomit silencieusement sans bien comprendre ce qui nous arrive, donc : sur la table, et comme manifestement ce matin-là, il avait pris un petit-déjeuner de champion, ça ne s'arrêtait pas, ça ne s'arrêtait pas, et quand ça s'est arrêté, il y en avait

sur la trousse

sur le cartable du môme devant lui

par terre dans un rayon d'un mètre

dans la case

sur le t-shirt le pantalon les chaussures

J'ai réprimé un haut-le-cœur, j'ai ouvert les fenêtres en grand, les gosses surexcités poussaient des hauts cris, l'odeur nous prenait tous à la gorge et ne disparaissait pas on avait juste froid en plus, j'ai envoyé une gamine chercher une dame de service, en attendant j'ai tendu des mouchoirs dérisoires au gamin, et puis je ne sais pas comment c'est monté, j'ai vu sur sa table, noyée sous 1 cm de vomi, la feuille d'évaluation que j'avais prévu de ramasser 5 minutes plus tôt, et puis le gamin un peu étourdi, prisonnier de sa mare immonde, qui ne pouvait plus vraiment bouger sous peine d'aggraver la situation, et moi avec ma petite éponge ridicule, c'était trop, le fou rire m'a prise, incontrôlable.
Les autres n'en revenaient pas, la maitresse qui perd ses moyens, ça les a sciés.

Le malade était manifestement soulagé (tu m'étonnes), moi je rigolais, les gamins étaient ravis de tirer au flanc et je m'en fichais un peu. Ça sentait la veille de vacances (1), je leur ai raconté la fois où, moi-même élève de CE2, j'avais failli vomir sur les genoux de ma maîtresse... C'était un bon moment.

Après, évidemment, il a fallu passer le reste de la journée avec l'odeur de dégueulis. Eh bien en fait, on s'habitue. On s'habitue à beaucoup de choses.

(1) parce que je pars en formation et que je les abandonne à un remplaçant pendant 15 jours... C'est à la fois un peu dur de les laisser, et immensément soulageant.