Enseigner quoi, enseigner comment
Par Milky le sam. 14 janvier 2012, 10:55 - La school - Lien permanent
Cette semaine, atelier de sérigraphie avec les élèves.
Que je les ai sentis à leur place ! Ce n'est que mon avis, et je
projette peut-être un peu, peut-être beaucoup, mais j'avais la sensation qu'ils
étaient enfin en train de faire ce pour quoi ils étaient faits. Un peu plus
tard dans la même semaine, nous avons commencé à fabriquer notre
lombricomposteur (pédagogiquement, c'était un peu nul : je n'ai pas pu
attribuer de tâche à tout le monde, ou alors il aurait fallu en fabriquer
trois...)
J'ai fait manipuler le cutter (dans le polystyrène, c'est facile) à quelques
élèves. Qu'ils sont peu habiles !
J'ai la sensation qu'il faudrait consacrer beaucoup plus de temps à des
activités plus manuelles, plus globales : cuisine, jardinage, bricolage,
couture (qui n'a jamais tenu une aiguille et redéfait plusieurs fois un ouvrage
monté à l'envers ignore peut-être que pratiquer la couture fait travailler
l'esprit logique de manière certaine, et parfois cruelle).

... Et pourtant, on manque déjà de temps pour leur apprendre le reste. Je me
demande "Dans quoi faudrait-il trancher ?" en songeant qu'il est fort possible
que je ne pose pas exactement la bonne question.
Montessori, Freinet et compagnie, je suis bien évidemment très attirée par
tout ça... Peut-être qu'un jour j'irai faire ma vie professionnelle dans une
école privée qui laisse aux enfants plus de temps pour patouiller ; mais
je crois aussi qu'avec beaucoup de travail, de recherches, de connaissance de
l'EN, ainsi qu'une grande capacité à louvoyer pour convoquer les textes
officiels quand ils sont arrangeants, et glisser les autres sous le tapis...
Avec tout cela, il doit y avoir déjà moyen de travailler très différemment à
l'intérieur du système.
C'est aussi un peu pour ça que je vais demander à travailler à mi-temps à
partir de l'année prochaine : au départ, surtout pour moi, pour avoir le
temps de vivre ma vie, boire le café avec mon amoureux au réveil, me promener,
ne plus rater la poterie 3 fois sur 4... Avoir le temps mais aussi l'énergie,
parce que si je suis tout à fait honnête, il m'en reste, du temps :
seulement je l'emploie essentiellement à récupérer de la fatigue. Même pas deux
semaines après la rentrée, je suis déjà une loque : vendredi soir à 18
heures, je luttais pour garder simplement les yeux ouverts (j'aime pas, ça me
fait loucher).
Donc : un mi-temps. Beaucoup pour moi, mais aussi un peu pour ma
"carrière" : je voudrais avoir le temps de me renseigner sur des pratiques
alternatives, de lire, de réfléchir à ma pratique, éventuellement d'observer
d'autres classes... Trouver le moyen de ne pas presser les élèves en
permanence : "dépêchez-vous", "on est en retard", "on a un programme
chargé aujourd'hui", tout ça j'en ai marre. Je voudrais voir s'il n'y a pas
moyen de faire autrement.
Un mi-temps oui, mais financièrement ? pourriez-vous demander, et vous n'auriez pas tort. Eh bien, financièrement, ce ne sera pas la fête, et comme je ne tiens pas mes comptes ultra-rigoureusement j'ai un peu de mal à prévoir si ce sera chaud les marrons ou juste un peu serré. Ce qui est sensible en revanche, c'est que souvent, je dépense par fatigue, par manque de temps, par compensation. Et surtout, surtout : Travailler Plus pour Gagner Plus, peut-être, mais Travailler Moins pour Profiter Plus, ça j'y crois à mort.
Je n'ai pas eu le temps de tout regarder mais j'adhère déjà au premier quart
d'heure : jusqu'au 17 janvier vous pouvez regarder ici
le documentaire de Marina Julienne intitulé "L’École à bout de souffle". Il y a
aussi un article
là si vous n'avez pas 52 minutes devant vous...
edit : j'ai regardé le documentaire en entier et bon, c'est parfois un peu caricatural : on ne fait pas que passer des évaluations à l'école, ni du travail sur fiches à la maternelle... Mais autant les évaluations en CE1 et CM2 sont obligatoires et nationales (et intéressantes en théorie mais biaisées en pratique), autant les photocopies en maternelle sont plutôt déconseillées par l'institution (mais 1. tellement pratiques quand on manque de temps et de matériel... hum. 2. parfois réclamées par les parents qui n'ont sinon pas de traces des journées de leur enfant).
Commentaires
Comme je suis d'accord, pour ce qui est de dépenser pour compenser, et consommer d'une manière générale au lieu de vivre et d'être...
J'y pense très souvent.
Consommer au lieu de Vivre, ça fait peur. Et en même temps est ce que ça ne fait pas ça a tout le monde, de se sentir bien, détendu, aimé, en vacances avec ceux qu'on aime, a fortiori lorsqu'on est dans une cadre proche de la nature, et de se dire alors que "tout ça" (i.e. le reste) c'est de la connerie?
ancienne élève d'une école rudolf steiner, j'ai toujours privilégié le temps libre à l'argent.
On dirait que tu découvres avec stupeur que les enafnts (les grands aussi, avec TF1) préfèrent ce qui ressemble à un jeu à ce qui ressemble à du boulot...
Pour le reste, il convient de se méfier. Il est séduisant au premier abord de se dire "il vaut mieux VIVRE que CONSOMMER", c'est beau comme l'antique... à condition de pouvoir consommer.
Au "deuxième rabord", mon père, philosophe à ses heures et acteur chevronné de la vie pas facile disait "attention, les enfants, les oiseaux plein la tête c'est bien, mais il n'y a pas un seul grand amour qui résiste à des années de pommes de terre à l'eau...".
Pour ce que j'ai pu constater, il avait cruellement raison.
Donc... Gaffe !
Le goût : le grand amour résistera mieux aux pommes de terre (nous adorons ça tous les deux !) qu'à une indisponibilité quasi-permanente de ma part (si je ne suis pas en train de travailler, c'est que je suis en train de dormir).
Et il n'y a aucune stupeur dans mon constat, c'est pas comme si j'en parlais pour la première fois depuis septembre.
c'est bien ma grande, tu te réveilles !
(Cela dit, on - une étrangère- m'a fait remarquer hier que notre couple, à HB et moi n'avait probablement tenu plus de 40 ans que parce que, de fait, à cause de mon boulot, nous n'avions guère fait que nous croiser...)
Et puis, méfie-toi quand même du "régime mono-aliment pommes de terre", c'est un régime qui va te faire ressembler à la jeune Normande, régime dit "binouze/patases", entamé dès la sortie de 3ème et qui transforme de ravissantes blondinettes épaisses comme des Tanagra en monstrueuses choses baleinesques...
Ok donc, si je résume, tu es en train de me dire que mon couple ne va pas durer et que je vais devenir une grosse vache. Tu devrais changer ton pseudo en "Un-ami-qui-vous-veut-du-bien".
Ce que tu décris de l'école ressemble trop bien à ce que j'ai le souvenir d'avoir vécu ! Et encore aujourd'hui, je me rappelle avoir eu un sentiment profond d'absurdité. En matière d'éducation alternative, je te recommande l'école de Jan, http://www.ecolenouvelle.fr/2009/CM... où il est très heureux (et nous aussi, et c'est très important également !).
ouh ça a l'air bien comme programme... très tentant en effet, mais, comment ça marche un mi-temps, quand on est instit ?? ne risques-tu pas de devoir te conformer strictement au programme que quelqu'un d'autre aura décidé pour sa classe, et du coup encore moins pouvoir expérimenter, louvoyer, y trouver ton compte ? bon allez je me décroche de l'ordi, il est 6h36, et je suis déjà en retard ;)
Kakna : il me faudra effectivement m'entendre suffisamment avec mon "binome"... mais il y a tellement de choses possibles à expérimenter, je suis sûre qu'il y aura moyen de tenter quelques petits trucs quoiqu'il arrive. Sinon, j'engrangerai de la théorie pour les années meilleures !
Satsuki : merci pour le lien ! J'aime bien visiter des sites d'écoles différentes pour voir ce qui est mis en pratique...
Meuh non, ma grande !
Tu sais bien qu'on t'aime !
Mais fais gaffe aux patates quand même...
Je t'imagine mal en grosse vache mais maîtresse d'école semble t'aller très bien.
Pense à toutes ces petites mains qui se tendent pour prendre les livres, ces petites oreilles grandes ouvertes pour recueillir tes paroles, tu ne vas pas en laisser tomber la moitié !
Surtout pour faire de la poterie.
(je te rappelle que tu nous as donné une des tes oeuvres, nous savons donc de quoi tu es capable en matière de terre cuite...)
Des élèves qui manipulent un cutter ??? Je pensais qu'il était interdit de mettre cet objet entre les mains des écoliers...
Ab : le cutter, et même une aiguille à coudre, pointue et tout !
Mais un seul exemplaire de chaque, et sous ma surveillance rapprochée (mes élèves ne sont pas méchants, mais, comme je le disais, très maladroits).
Dans certaines écoles où la violence règne, l'apprentissage du maniement du compas (qui est au programme) est carrément supprimé...
je trouve notre métier très frustrant car on a toujours l'impression que l'on pourrait ou aurait pu mieux faire. Peut-être sommes-nous trop exigeants, avec eux et avec nous-même ?