J'ai été de ces chanceuses qui n'ont pas eu (ou si peu) de nausées au premier trimestre ; en conséquence de quoi, je suis arrivée au quatrième mois avec déjà 3 kilos dans la vue, et ces kilos-là, c'est tout pour votre gueule puisqu'à ce moment-là la créature pèse dans les 10 grammes. Chéri attendri cet été par le vacherin que j'avais autour du nombril a un peu déchanté quand à la première écho, la gynéco est toujours restée EN DESSOUS du gras.

Bref, je disais que j'avais eu de la chance. Et des envies (beaucoup), et des dégoûts (plein), certains aliments passant sans crier gare de la première à la seconde catégorie, comme ces fameuses rillettes de sardine dont je m'étais régalée un soir, et à la vue desquelles le lendemain j'avais failli m'évanouir d'horreur - il m'a ensuite fallu une semaine pour réussir à approcher l'assiette qui attendait son funeste destin dans le frigo.

Ça m'est un peu passé depuis quelques semaines, mais je me sentais aussi extrêmement influençable, trrrès ouverte à la suggestion, même pas très subliminale, comme une parfaite consommatrice de télévision au cerveau rendu disponible pour Coca et les autres - tu m'étonnes que les futurs / jeunes parents soient une cible marketing en or massif. Les publicitaires ont bien senti combien les hormones leur facilitaient la tâche.

Et donc, un film, un livre, une pub, n'importe quoi ayant de près ou de loin un rapport avec la bouffe, tout m'inspirait. En sortant de voir Du vent dans mes mollets, j'ai foncé à la supérette m'acheter un bocal de concombres à la malossol parce que Denis Podalydès s'en empiffre pendant la moitié du film. Le temps de rentrer à la maison - 5 stations de bus - j'en avais englouti la moitié.

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Pour les crêpes aux cornichons, là quand même, désolée Denis, mais j'ai retrouvé mon libre arbitre.

J'avais évidemment relu Mangez-moi, d'Agnès Desarthe (j'étais influençable ET je cherchais à être influencée), où quelques lignes avaient provoqué le besoin impérieux de déguster un osso bucco. Je viens de retrouver le passage, que je voulais partager avec vous pour vous mettre l'eau à la bouche, mais je vais avoir l'air bête : ce n'est pas du tout l'envolée lyrique dingue de mon souvenir, mais une simple énumération des ingrédients de la "cremolata" : "un mélange de zeste de citron, de basilic, d'huile d'olive et de parmesan". Voilà, c'était tout et pourtant ça a suffi pour que j'en fasse une obsession pendant les deux semaines qui ont suivi, le temps de cuisiner effectivement cet osso bucco. (Et il en a largement valu la peine, mais je ne voudrais pas avoir l'air de me vanter).

Pour les cuistots débutants, voici les trucs de ma grand-mère qui cuisinait souvent ce plat, saveur d'enfance pour moi :

  • Pour colorer le jarret de veau juste comme il faut et démarrer la sauce parfaite, vous mettez 2-3 cuillerées à soupe de farine dans un sac plastique, vous y enfermez bien vos rouelles et vous secouez : elles ressortiront parfaitement nimbées de blanc, prêtes à faire le grand saut dans la marmite où l'huile frémissante les attend.
  • Ensuite, ne vous contentez pas comme Agnès de récupérer le zeste d'un citron (non traité) ; ajoutez aussi celui d'une orange, ce sera fabuleux.
  • Et enfin, faites-en PLEIN : c'est tellement divin de pouvoir en remanger le lendemain, réchauffé avec le reste de pâtes...

Si vous êtes tentés et que n'arrivez pas à vous décider parmi les multiples variantes que vous trouverez sur internet, je vous donnerai la mienne...