Je voudrais vous raconter ma joie de faire ce nouveau boulot, mais je n'ai pas fini d'écluser ma peine d'avoir failli au précédent. Je voudrais faire les deux en même temps mais ce n'est pas possible, chacun son tour, on ne se bouscule pas.

Qu'elle me paraît loin, l'époque où je postais ici tous les jours ! C'était il y a quelques mois seulement pourtant. Il y a eu un passage où ce n'était plus du tout possible, parce les journées étaient trop courtes, ou trop longues, enfin c'est pareil... mais maintenant que Hiboute est tous les jours à la crèche, j'ai de nouveau le temps. Seulement, l'envie, je l'ai moins, parce que... eh bien parce que j'écris déjà toute la journée. Hé oui : je fais de la traduction.

C'est le seul point commun entre mon ancien boulot, instit, et le nouveau : j'ai pas eu de formation. Traductrice, manifestement c'est plus facile, puisque je m'en sors beaucoup mieux. Et puis, je doute moins de moi. Faut dire, ce boulot-là, je l'ai eu en faisant un bout d'essai ; pas en passant un concours qui n'avait qu'un lointain rapport avec le boulot en question.

Naturellement, c'est un métier qui a beaucoup moins de sens qu'instit. En même temps, remarque le Tigre, tu ne trouveras RIEN qui aura plus de sens que l'enseignement. On va dire que pour la transmission, je mise tout sur Hiboute. Au moins j'aurai foi en ce que je lui apprendrai... Parce que justement, en tant qu'instit, souvent j'avais des doutes sur le bien-fondé de telle ou telle notion. Et je ne suis pas la seule : filez vite voir ce joli documentaire (24 minutes) tant qu'il est visible (et s'il ne l'est plus, il y a cet article qui raconte presque tout).

Il parle presque de moi : il parle de jeunes instits (comme moi) envoyés dans une école parisienne située entre les maréchaux et le périphérique (comme moi) et qui galèrent même pour descendre les escaliers au moment d'aller en récré (comme moi). Comme moi, ils ont des élèves qui se battent, qui ne savent pas lire, qui sucent leur pouce, qui ont des histoires familiales louuuurdes. Mais contrairement à moi, eux sont restés, eux ne se sont pas découragés. Presque pas. Vers la fin, il y en a un qui dit ça, et je l'ai souvent pensé : « Ça m’affecte que personne dans ma classe ne sache ce qu’est un coquelicot. Ça m’affecte énormément. J’en viens à douter des priorités, à douter de ce dont je ne devrais pas douter : à quoi ça va leur servir de savoir ce qu’est un COD, s’ils ne savent pas ce qu’est un coquelicot ? »

Bon enfin c'est du passé pour moi. Je cauchemarde encore régulièrement à ce sujet, je n'ai pas vraiment cicatrisé et je ne sais pas combien de temps il faudra, mais c'est pas très grave. J'ai désormais un boulot que j'aime. Il faudra que je vous raconte : je traduis du mommy porn. C'est quoi le mommy porn ? C'est assez bien résumé ici par exemple. Ce n'est pas glorieux mais c'est rigolo, et je suis fière quand même, enfin non pas fière, mais à l'aise dans mes baskets, et heureuse. Insolemment heureuse.

Il faudra que je vous raconte, mais une autre fois.