Depuis 2008, tous les ans je prenais la peine de fabriquer une petite carte de vœux maison. Plus ou moins réussie, plus ou moins originale, plus ou moins satisfaisante, mais d'année en année je m'étais mise à trouver important de le faire. De faire au moins ça. Parce que, entre 2008 et aujourd'hui, j'ai eu des hauts et des bas, naturellement ; alors, faire ce petit geste créatif, symboliquement, c'était une manière de garder la lumière allumée.

J'ai beaucoup de mal à vous raconter ce truc, ça n'a l'air de rien mais je m'aperçois en l'écrivant que ça me remue un peu.

J'ai pondu le cru 2015 juste avant Charlie. La veille, en fait.

Attention, ce que je vais vous avouer est parfaitement ridicule, totalement irrationnel, et relativement gênant tant c'est ridicule et irrationnel.

Je ne sais pas trop pourquoi j'associe ces deux évènements, à part en raison de leur proximité temporelle. En l'espace de 24 heures, ils ont eu le temps d'avoir lieu tous les deux, mais c'est strictement la seule chose qui les rassemble. Et en plus, le temps, comme dirait Bébert, c'est vachement relatif.

Sauf que quelque part dans un recoin de mon cerveau ce jour-là, y a un fusible qui a disjoncté. Et dans ce recoin, depuis, il y a une corrélation débilissime qui prévaut :

je fais une carte de vœux --> c'est la fin du monde (ou équivalent)

Je crois que c'est un concept de base en psychanalyse... La pensée magique ?

Enfin toujours est-il que cette année, j'ai bloqué. Je ne me suis pas dit "ouh là là, si je fais ma carte pour 2016 il va y avoir des morts". Mais j'avais 2015 en tête et je n'arrivais pas, bizarrement, à trouver le temps de me mettre à cette fichue carte. Je ne l'avais écrit sur aucune to-do, je n'y pensais que vaguement, sans conviction. Je ne voulais pas vraiment m'y coller (certes, j'ai toujours procrastiné), je n'en avais pas ENVIE (alors que si, normalement j'éprouve un truc qui ressemble à de l'envie). Et de toute façon, tout le monde s'en fout, me disais-je.

Et c'est vrai. Tout le monde s'en fout. Et si je ne le fais pas, ça ne provoquera pas une remise en cause fondamentale de mon être. Si je ne fais pas de carte, ben y a pas de carte. C'est tout.

Mais si je fais une carte, il n'y a pas qu'une carte. Il y a regarder 2016 bien dans les yeux, lui prendre les mains et lui dire : je crois en toi. Fais de ton mieux. Je sais, t'as la pression. Mais allez. Vas-y, petit 2016. Allez.
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