Hiboute a une bonne amie depuis la crèche, O.

Elles ne se sont pas retrouvées dans la même classe, mais se cherchent pour être ensemble dès qu'elles sont dans la cour de récréation. Quand j'arrive le soir et qu'O est déjà partie, Hiboute est souvent désemparée ; elle s'est fait d'autres copines mais en quelques semaines, évidemment, le degré d'intimité n'est pas le même. La fatigue de la journée aidant, je crois qu'elle n'a tout simplement pas la force de traîner avec ces copines toutes neuves...

Bref. Comme on s'entend bien, la mère de O et moi, il nous arrive d'embarquer chacune notre tour les deux filles pour qu'elles se voient un peu plus chez l'une ou chez l'autre. Quand c'est chez O, tout se passe très bien. Mais quand c'est chez nous, misère ! C'est l'horreur. O est ultra-cool, mais Hiboute se transforme en furie, en créature tyrannique qui malmène sa copine, ne supporte pas de la voir s'amuser avec un de ses jouets, veut tout ce à quoi l'autre fait mine de s'intéresser, pique des crises monumentales (alors qu'elle est plutôt sereine habituellement), etc.

On termine épuisées toutes les deux, je ne sais pas quoi faire, quoi dire pour l'aider à être plus zen. Je ne sais pas dans quelle mesure c'est mon attitude à moi qui attise cette tension (je me sens sur la corde raide quand je la vois commencer à déraper : elle a besoin d'être rassurée, clairement, mais je ne peux pas lui caresser les cheveux en lui murmurant à l'oreille que tout va bien quand elle s'apprête à crever les yeux de sa copine avec le crayon vert que l'autre a eu le culot de prendre pour colorier son bonhomme), ou si c'est elle qui subit des conflits intérieurs que je ne pourrai de toute façon pas lui épargner. Je vois bien qu'elle est désemparée elle aussi, que par moments elle tente de se dominer mais que c'est trop dur.

Bref, je crois que je vais laisser passer quelques semaines avant de proposer à nouveau qu'on invite O à la maison... (et, donc, je vais voir si Isabelle Filliozat a quelque chose à me suggérer...)