J'écris ce billet dans la salle de bain, pendant que Hiboute prélève un à un tous les gants de toilette pour faire des petits lits à ses personnages sur le rebord de la baignoire.

Hier, A. me faisait remarquer (il me voyait sourire en entendant le début de la chronique de Meurice sur Macron) qu'il était surpris de voir combien j'étais au courant de ce qui se passe dans le monde, moi qu'il avait connue si "protégée" (ce sont ses termes).

De fait, c'est vrai qu'il y a dix ans, je ne me tenais pas au courant de grand-chose. Moitié parce que mes centres d'intérêt étaient ailleurs (soit j'étais au cinéma, soit je me morfondais sur mon célibat), moitié parce que je voulais effectivement me protéger.

C'est venu progressivement, et notamment par Twitter, je pense : c'est par là que, sans vraiment les chercher, j'apprends les nouvelles (et ensuite, que je me dirige ou non vers les articles qui développent). Je ne l'ai pas vraiment vu venir ; il y a l'usage conscient que je fais de ce réseau (le dosage minutieux de ma timeline, la fabrication de ma "bulle de filtrage" à moi), et le résultat pas toujours maîtrisé que j'obtiens (ah ben ça alors, les gens que je suis parlent d'actualité).

Je ne crois pas que ce soit bien ou pas bien. C'est comme ça, tout simplement : chacun son évolution. D'autres font le chemin inverse, de drogués de l'information ils passent à la cure de silence.

Seulement, que ce soit bien ou pas bien ou autre chose encore, il y a des jours où la fureur du monde me touche trop (et j'ai conscience de l'indécence de ce que j'écris : ouin, toutes ces horreurs m'empêchent de me consacrer sereinement à mes courses de Noël). Où le peu que je pouvais faire, je l'ai fait, et où l'empathie, le chagrin, l'incompréhension me submergent malgré tout. Parfois, fugacement, certaines pensées m'aident à prendre du recul, mais j'ai du mal à faire le tri. Peut-être parce qu'il y a ce module "chercher le sens de tout ça" qui est impossible à désactiver mais qui fait planter tout le système.

Je ne peux pas, je ne veux pas revenir en arrière, même si c'était plus confortable avant. Mais je vois bien que mon rapport à l'actualité doit encore évoluer, parce que je sens, comment dire ? Une absurde déperdition d'énergie vitale (est-ce que j'assume de dire ça, "absurde déperdition d'énergie vitale" ? Hum. Bof.). Bon, essayons de le dire autrement : je voudrais trouver le rapport idéal entre émotion, réflexion et action. Quelque chose comme ça.

Autre solution : que me pousse enfin ma cape de super-hérote et que j'aille m'occuper moi-même de sauver le monde, comme ça on n'en parle plus.