Un mois qu'on est revenus du désert et je n'ai encore rien raconté !

Réparons cela.

Alors déjà : le désert, c'est pas QUE des dunes. Y a aussi de la caillasse et des plateaux argileux-spongieux qui font crounch-crounch sous les pieds (c'est une sensation absolument exquise). Mais il n'y a pas photo (et il n'y aura pas de photo parce que c'est imphotographiable), les dunes, c'est vraiment ce qu'il y a de plus beau. J'ai rarement éprouvé une telle émotion esthétique face à un paysage, une telle volupté visuelle. Je ne connais pas de courbes plus sensuelles que celles des dunes (même Laetitia Casta peut aller se rhabiller), de jeux d'ombres et de couleurs plus subtils que ceux de la lumière sur le sable : rien que selon la manière dont elle l'approche, en lui tombant droit dessus ou en arrivant de biais, elle le fait changer de couleur. Vous n'avez qu'à tourner la tête pour voir passer les dunes du bleu-gris au rouge flamboyant, c'est complètement fou.

Ensuite, quoi d'autre ? Le silence, grisant, aussi pur que la nuit (t'as toute la place pour voir des étoiles filantes).

On a vu des tas de bousiers, des fourmis cuivrées, un fennec, une gerboise (crevée d'accord, mais du coup on a pu la détailler plus à notre aise)...

Comme les paysages sublimes n'ont jamais empêché ces cons d'humains de tout saloper (paysage sublime ou trivial bas-côté d'une départementale, même combat), dans le désert, qu'est-ce qu'on trouve ? Des ordures.

Je n'ai pas pu m'empêcher d'en ramasser quelques-unes. Un compagnon de randonnée m'a dit qu'il avait ce réflexe aussi, mais qu'un certain fatalisme suspendait son geste : "Bah, qu'est-ce que ça changera, un bout de plastique de plus ou de moins ?". Et je pense que c'est la réaction que j'aurais eue il y a quelques années.

Mais il se trouve que depuis quelques temps, je me sens davantage reliée à mes semblables (ça devrait se calmer aux prochaines élections), et j'ai plus de foi en l'action collective, en l'accumulation des gouttes d'eau. Tout cela aboutit à un raisonnement différent : ces ordures étaient certes très voyantes, mais elles n'étaient pas si nombreuses. Et si chaque randonneur décidait d'en ramasser ne serait-ce qu'une ou deux, je parie qu'en quelques mois le changement serait déjà très visible.

(Je dis ça en passant. Je ne prends pas le temps d'approfondir ici la gestion marocaine des déchets, les bénéfices et les nuisances liés au tourisme dans la région saharienne, les politiques de tourisme responsable des tour-opérateurs et la réalité sur le terrain...)

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