Vous m'avez demandé dans ce billet de quel groupe Facebook et de quel livre je parlais. Je vais vous le dire, mais je crois que je suis d'abord partie pour vous pondre un loooong préalable.

Lors de la dernière campagne présidentielle, et surtout au moment de l'entre-deux tours, il y a deux choses qui ont attiré mon attention chez les gens qui étaient en colère. Le sentiment d'impuissance d'abord, chez certains ("on subit tout", disait l'un d'entre eux, ce qui me semblait bien résumer le problème, en tous cas le problème pris sous cet angle-là), et puis chez d'autres, celui de se trahir et de trahir leurs valeurs en votant EM. Voici un extrait de ce que j'avais écrit à l'époque en discutant sur FB (non, je ne me cite pas par vanité, mais par flemme et manque de temps pour reformuler) :

"sur l'écartèlement moral que constitue un vote EM, la période électorale déforme la réalité avec cet effet de loupe sur notre vote, et peut nous donner l'impression de n'avoir voix au chapitre qu'à cet instant, une fois tous les 5 ans. On sait bien que c'est faux. Déjà, il y en a d'autres, des élections - moins médiatisées, auxquelles les citoyens participent moins, mais pas moins importantes. Ensuite, j'ai le sentiment de voter dans ma vie de tous les jours, dans mes choix de tous les jours, et surtout mes choix de consommation, puisque l'argent est le nerf de la guerre. Donc ce vote de dimanche constitue moins un pic dans ma vie de citoyenne que ce que la focalisation médiatique pourrait me donner à penser. Et je crois qu'on est de plus en plus nombreux à prendre conscience de ça."

Peu après ce moment-là, mon intuition (certes, y avait pas besoin de s'appeler Madame Soleil) a été confirmée par la découverte d'un certain groupe FB, dont les administratrices venaient de publier un certain livre, ainsi qu'un manifeste intitulé... www.jevoteauquotidien.fr/. Je cite :

Des bulletins de vote, vous en avez plein, bien plus qu’un tous les 5 ans, et vous votez chaque jour, sans en avoir conscience. Nous, les consommateurs, sommes la clé, nous avons le choix, car chaque fois que nous dépensons notre argent, nous finançons un système. Un système destructeur et esclavagiste, ou bien un système qui porte un nouveau modèle de société plus sain et plus équitable.

(et là à nouveau j'aimerais remettre la main sur cet extrait de Marius et Jeannette qui résume cinématographiquement le concept)(ou sur l'interview d’Élise Lucet, parue dans Télérama, qui raconte qu'au début les grosses boîtes ne la prenaient pas au sérieux, jusqu'au jour où le cours d'une action a chuté après la diffusion d'une émission à charge)

Et c'est aussi en partie le sujet du livre en question (j'arrête avec mon suspense à deux balles) :

J'arrête de surconsommer, de Marie Lefèvre et Herveline Verbeken.


Il est vraiment très bien foutu, ce livre. Bon y a un peu trop de points d'exclamation pour mon goût personnel, et l'aspect « gamification » n'a pas du tout fonctionné sur moi, mais sinon, il est parfait. Il ne parle que de choses que j'avais déjà en tête, mais soit en vrac, soit à l'état embryonnaire. Ici, les autrices articulent toutes ces idées à la fois très simplement et très intelligemment : elles commencent l'air de rien par te donner deux-trois gentils conseils de cuisine, et puis tout à coup, bam, elles te sortent une critique du système financier assaisonnée à l'acide sulfurique.

Bon, peut-être que moi, j'ai été très sensible à leur discours parce que je suis déjà tout acquise à la cause, mais le fait est, les témoignages du groupe le prouvent, que ça touche même des gens qui au départ n'en avaient rien à cirer de la planète. Ça me fait du bien parce que ça me donne de l'espoir...

(ah oui, le groupe : il s'appelle « Gestion Budgétaire, Entraide et Minimalisme ». Sexy, je sais.)
edit : je rajoute un chouette article un peu dans cette veine si vous n'avez pas eu votre dose (ou que vous procrastinez encore au lieu de bosser, vilains petits décroissants), parce que j'aurais pu l'écrire à peu près mot pour mot...