Ma Biocoop invitait ses clients l'autre soir à la projection de Bientôt dans vos assiettes, un documentaire de Paul Moreira sorti en 2014. C'est à lui qu'on doit la fameuse séquence (qui avait beaucoup tourné sur Internet) du type qui défend ardemment la prétendue innocuité du glyphosate et a l'air d'une andouille particulièrement gratinée quand on lui propose d'en boire un verre. Vous vous rappelez ?

Sur la forme, le film a quelques défauts qui malheureusement ramollissent un peu le propos, mais certaines scènes restent assez percutantes. Je vous raconte ce que j'en ai retenu (histoire de ne pas oublier, moi non plus).

  • Ce technicien dans un élevage de porcs au Danemark, qui raconte comment la proportion de soja transgénique a augmenté peu à peu en quelques années dans l'alimentation de son cheptel. Cette augmentation trop progressive a empêché les éleveurs d'établir immédiatement un lien de causalité avec ce qu'ils appellent "la mort jaune", des diarrhées telles que 30 % des bêtes en mourraient (malgré la tournée générale d'antibios).

Le type, toutefois, a quand même eu une intuition, un jour, et a décidé de faire un essai pour voir ce qui allait se passer s'il virait le soja transgénique. Devinez quoi, en 48 heures le problème était résolu. (L'histoire ne dit pas si tous les éleveurs de porcs ont connu le même problème, ni s'ils l'ont tous résolu de cette manière, ni s'il est économiquement viable pour tous les élevages de tous les pays d'abandonner les OGM. Tout ce qu'on sait, c'est que ce n'est peut-être pas tant la plante à l'ADN tripatouillé qui rend les bêtes malades, mais plus probablement le cocktail de pesticides qu'elle s'est pris dans les folioles.)

  • Ce type en Argentine, gardien de plantations transgéniques généreusement arrosées de Roundup et d'autres cochonneries, qui explique qu'eux ne nourrissent pas leurs poules, ni leurs cochons avec ce soja-là, car les œufs et la viande sentent mauvais, ont un goût de pourri. Or en France, même si la culture d'OGM est interdite, l'import pour la consommation animale ne l'est pas.

Et d'après le film, l'import représente 45% de l'alimentation. La proportion d'OGM là-dedans n'est pas très claire (ou alors j'avais la tête ailleurs), car les producteurs ne sont étrangement pas très communicatifs sur le sujet.

  • Je retiens aussi la merveilleuse langue de bois du ministre argentin des sciences, qui évoque des problèmes de consanguinité quand on lui fait remarquer la proportion effrayante d'enfants qui, conçus et portés à proximité des champs pulvérisés au glyphosate, naissent avec de nombreuses infirmités. Et hormis ce problème de santé publique tout à fait tragique, la montée en puissance de Monsantou et compagnie en Argentine fait aussi des victimes économiques, car ce modèle d'agriculture dopé aux pesticides requiert beaucoup, beaucoup moins de main d’œuvre.
  • Et enfin, le cas, voire le mystère Patrick Moore (la fameuse andouille qui se voit proposer un petit Roundup on the rocks par Paul Moreira), que je ne connaissais pas : le mec a cofondé Greenpeace, et 10 ou 15 ans plus tard, a spectaculairement retourné sa veste (défenseur de l'industrie pétrolière, pro-nucléaire, climato-sceptique, et j'en passe).

Pourquoi je vous raconte tout ça ? Eh bien d'abord parce que j'ai envie de papoter (oui je suis dans un jour où je me suis interdit l'accès à Twitter, oui j'ai du travail qui m'attend, pourquoi ?).

Et puis aussi pour poser un jalon : si jusqu'à présent, c'était pour des raisons éthiques que j'évitais au maximum le porc et le poulet de batterie, là j'ai clairement une raison de plus pour continuer comme ça. Bien sûr, à la maison, c'est facile, mais à l'extérieur... La salade César ou le croque-madame du petit bistrot pas cher, les nems du boui-boui thaï du coin, le jambon sur la Regina de la pizzeria à côté de la maison, le biryani de l'indien qui livre, le sandwich de supermarché... Autant de viandes dont la provenance est souvent plus que douteuse. Et dans le doute, justement, je préfère m'abstenir autant que possible.

(Même en habitant ce bled légèrement plus grand que Pétaouchnok-sur-Oise, je vous avoue que ce n'est pas toujours simple, l'offre végétarienne étant souvent fort limitée et/ou peu engageante. Mais bon. C'est pas comme si je bouffais au resto cinq fois par semaine non plus, donc c'est cool.)(Et OUI j'ai conscience que c'est un MPP (un Méga Problème de Privilégiée). Mais en même temps, qu'est-ce que vous voulez, je suis une privilégiée.)