J'ai déjà raconté ma découverte aussi fortuite que tardive de Gilles Vigneault. L'autre jour à la bibli, j'ai eu envie d'emprunter de nouveau le CD que la Chouquette et moi avions déjà bien usé l'année dernière.

Et puis jeudi après-midi, alors que j'avais une citrouille de trois kilos à préparer, au lieu de lancer une émission de radio ou un podcast - comme je fais souvent quand je suis en cuisine - j'ai branché le lecteur et j'ai mis le CD - comme je ne fais jamais, plus jamais : dans ma vie, il n'y a plus beaucoup de musique ni de cinéma, alors que c'est ce qui constituait l'essentiel de mes journées, me semble-t-il, quand j'avais vingt ans. Ce n'est ni grave ni triste ni irréversible ; on ne peut pas tout faire, tout vivre, et je fais et vis d'autres choses.

J'étais toute seule à la maison, et j'ai fait ce truc d'ado : j'ai mis une de mes chansons préférées en boucle, fort, et je l'ai écoutée dix fois, vingt fois, trente fois peut-être, tout en vidant et en découpant ma citrouille. Ce moment m'a procuré une sensation de bonheur et de liberté étonnante, je ne sais pas trop pourquoi ; peut-être justement parce que la musique est devenue rare, et qu'elle m'a grisée comme l'auraient fait deux verres de vin après quelques mois d'abstinence.

En tous cas, moi qui n'ai pas d'attirance particulière pour le Québec, qui ne sais pas danser et qui n'aime pas les fêtes, à ce moment-là, j'étais à St-Dilon et j'ai virevolté toute la soirée. J'étais celle qui s'ennuyait de Jean-Louis, j'étais celui à qui on avait serré la main plus fort et qu'en était tout étourdi, j'ai dansé la plongeuse, j'ai vendu ma famille pour un air de violon, j'étais le môdit malfaiteur.

Et puis j'en ai eu plein les oreilles, j'ai mis les quartiers de citrouille à rôtir, j'ai éteint le lecteur CD et je suis partie chercher ma mignonne à l'école. C'était bien.

Je vous mets le lien pour écouter la chanson... Mais alors attention, les images de la vidéo me cassent complètement mon délire. C'était pas du tout ça l'ambiance que je visualisais ; je veux dire, je ne suis pas très funky, mais un peu plus que Caroline Ingalls quand même.