Je vis en ville, alors que j'ai passé mon enfance à la campagne. S'il y a bien une chose dont je profitais alors sans avoir conscience de ma chance, c'est du jardin. Par exemple, on se gavait de framboises avec mes copines, parce que évidemment, il y avait des framboisiers chez tout le monde. Aujourd'hui, mon expérience des framboises en ville, c'est pas tout à fait la même chose.(Déjà y en a toute l'année, mais entre octobre et mai je fais comme si je ne voyais rien parce que sinon on ne s'en sort plus).

Le goût et l'aspect d'abord : mon dieu mon dieu qu'elles sont belles, grosses et bien charnues ! Mais sinon, il n'y a que moi qui ai fait l'expérience de cet arrière-goût de pétrole dégueu ? (Pas systématiquement hein, et pas en bio, je crois. Mais ça m'est arrivé suffisamment de fois pour me faire renoncer aux framboises suivantes.)

Le prix ensuite : quand je pense aux quantités qu'il y avait au jardin, qui nous permettaient non seulement d'en manger nature, mais de faire aussi des confitures et des sirops en veux-tu en voilà... Aujourd'hui, malgré une bourse raisonnablement garnie, j'ai tendance à considérer les fruits rouges comme des produits de luxe.

Le conditionnement enfin : les framboises sont si fragiles que la barquette en plastique qui les accompagne semble incontournable. D'un autre côté, il y a ce chiffre qui calme (ou qui affole, c'est selon) : à chaque seconde qui passe, 200 kg de déchets plastique sont rejetés dans les océans (c'est une estimation, mais enfin même si c'était 10 fois y aurait déjà largement de quoi ventiler non ?). Je suis loin de savoir me passer de plastique au quotidien, mais j'ai du mal à ne pas penser à ce chiffre quand je fais les courses. Résultat, souvent je ne prends pas la barquette (Mes chéris, ce soir on mange du melon !).

Pardon pour cette intro beaucoup trop longue (les introlongues, ma spécialité).

Pour toutes ces raisons, gustatives, économiques et écologiques, il me semble qu'un monde meilleur passe obligatoirement par plus de framboisiers en ville (et d'autres plantes pourvoyeuses de bonnes choses, tant qu'on y est, d'accord). Une ville plus vivable serait, entre autres, une ville plus mangeable. C'est la philosophie du mouvement Incroyables Comestibles, et ils ne sont pas tout seuls. Il y a aussi les guerilleros de la greffe, le réseau des Jardins Partagés, et à Paris, le travail de l'association Vergers Urbains. Pour ma part, j'hésite entre me rapprocher d'eux ou demander mon propre permis de végétaliser (ou hacker les bacs de végétation pas intéressante de la cour de mon immeuble... mais la copropriété n'est pas super hippie-friendly alors bon).

D'autres prennent la voie de l'agriculture en aquaponie et compagnie ; je connais trop peu le sujet, mais c'est une piste qui ne manque pas d'intérêt pour encourager la souveraineté alimentaire des villes.

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