Ce qui est très excitant et qui fait déjà partie du monde d'aujourd'hui (mais j'en parle quand même parce que ça ne peut que se développer à l'avenir), c'est que les conditions sont optimales pour (contribuer et) profiter de l'intelligence collective : conjuguez Internet, les technologies numériques, l'open source et les imprimantes 3D par exemple. Qu'est-ce qu'on obtient ?

Des gens comme Nicolas Huchet (dont j'ai découvert le projet par le biais du documentaire de mon cousin), par exemple. Son histoire est racontée ici, mais je vous la résume rapidos : amputé de l'avant-bras, ne pouvant se payer une prothèse de main du commerce (ça se chiffre en dizaines de milliers d'euros), il a décidé de se la fabriquer lui-même dans un fablab. Et puis il est allé plus loin : «Pour fabriquer des prothèses bioniques à moindre prix, il cherche désormais à développer un réseau de « handilabs », sur le modèle des fab labs, qui travailleraient en partenariat avec des centres de rééducation fonctionnelle, au plus près des patients. (...) l’innovation est aussi sociale. En participant à la fabrication de sa prothèse, la personne handicapée passe du statut de victime à celui d’acteur du soin. »

Il y a un aspect qui me touche plus particulièrement là-dedans, c'est celui de réparation psychique : « Agir sur son handicap redonne du souffle, de l’énergie », dit Nicolas Huchet. Je crois que c'est aussi agir tout court, indépendamment d'un quelconque handicap, qui donne de l'allant, et même un peu plus que ça (1) ; mais je ne peux qu'imaginer combien c'est encore plus important dans ces circonstances : comme le dit une autre personne dans l'article, cette démarche (utiliser le numérique et l'impression 3D) contribue "à restaurer l’estime de soi, souvent abîmée par le handicap".

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(1) Il y a un article paru dans le magazine Kairos de juillet-août 2017 qui le dit très bien (et cerise sur le gâteau, qui est magnifiquement illustré par Élisabeth Corblin), mais il n'est pas encore en ligne sur leur site, alors je me permets d'en citer un extrait en attendant de pouvoir vous mettre le lien :
Au lieu d’attraper l’objet manufacturé que le chasseur (c'est-à-dire le marketing, ndlr) te tend, tu aurais pu bricoler, fabriquer toi-même un objet adéquat à ton désir. Cela s’appelle une œuvre. Une œuvre dans laquelle tu te réalises. Tu as certes besoin de quelques objets manufacturés pour survivre, mais tu as aussi et surtout besoin de fabriquer tes propres objets pour vivre une vie bonne. Des objets singuliers. Pourquoi ? Parce que si tu vois devant toi l’objet que tu as fabriqué, tu pourras aisément en déduire qu’il a fallu un sujet pour le faire. Et ce sujet, c’est toi. C’est cela le bonheur. Tu te prouves à toi-même que tu vis. Tu n’as pas disparu dans des objets que tu consommes à la chaîne, qui t’enchaînent et qui merdifient le monde.