L'obsolescence programmée, c'est un truc qui me rend dingue. Ou alors l'obsolescence pas programmée, mais juste le pas cher qui finit par coûter cher parce que c'est de la merde qu'il faut remplacer tous les quatre matins. Parfois, la nuance entre les deux cas de figure est subtile.

Pour le cas des imprimantes, j'allais écrire "il faudrait que ce soit illégal", et puis en fait je découvre que ça l'est : l'obsolescence programmée est un délit depuis 2015. Seulement, c'est un délit souvent flou, donc avant de voir des condamnations tomber, il va falloir se débrouiller autrement :

En la dénonçant, et en la contournant, comme ce journaliste high-tech le raconte à propos d'un clavier sans fil, à la batterie soi-disant pas remplaçable (tout est dans le soi-disant... Face au fléau de l'obsolescence programmée, faut souvent être un peu filou et ne pas suivre les règles du jeu).

En repérant les entreprises qui affichent une certaine éthique dans ce domaine. Par exemple, en machine à laver, vous avez L'Increvable (pas encore commercialisée je crois, mais c'est pour bientôt il me semble). (Et il y en a d'autres mais là ça ne me revient pas, n'hésitez pas à les signaler en commentaires).

Et puis, bien sûr, en tentant de réparer ou de faire réparer ses objets.
J'ai justement un exemple, là, en la personne de mon mixeur plongeant qui a rendu l'âme, après une bonne douzaine d'années de bons et loyaux services. Douze ans, c'est assez honnête, on ne parle pas d'électroménager jetable, là. Mais bon, j'en prenais soin, et je ne voyais pas pourquoi il n'aurait pas duré douze années de plus (la meuf trop exigeante).

J'ai donc décidé de tenter l'opération de la dernière chance, à savoir le Repair Café. Bon, mon affaire a traîné pendant quelques mois car je n'arrivais pas à trouver le bon créneau (ensuite, j'ai appris qu'en fait, ils se réunissaient très souvent pas loin de chez moi, toutes les semaines, donc j'aurais pu m'en occuper plus tôt ; mais bon, je le saurai pour la prochaine fois).

Un bénévole de l'équipe (la soixantaine, bidouilleur, qui m'a fait penser au Goût ; je t'y verrais bien, d'ailleurs, mon cher) a entrepris de démonter le bouzin pour trouver l'origine de la panne. Premier défi : ces objets ne sont pas conçus pour se faire ouvrir le ventre si facilement. Après avoir tâtonné un bon moment, quand on a fini par réussir, cette victoire était déjà grandement satisfaisante. Ensuite, il a fallu trouver comment retirer le circuit électronique, qu'en usine on avait manifestement fait coulisser à partir de l'autre extrémité, et qui se trouvait à présent coincé en sandwich entre deux rebords de plastique.

Froidement, nous avons décidé de découper les bouts de plastoc à la fraiseuse - ils ne servaient à rien, en fin de compte (ou si peu). J'aime bien l'esprit "Foutu pour foutu, on tente". L'hypothèse du médecin des mixeurs était bonne : c'est le condensateur qui était mort.

A partir de là, je vais avoir plus de mal à raconter car j'ai toujours été une quiche en électricité, et il a été question de voltmètre, de ohms, de transfo et de résistances (vieux souvenirs de physique au lycée). J'ai en revanche retrouvé avec une certaine émotion le fer à souder de mes cours de techno au collège. Et puis à la dernière minute, on a eu un problème à la noix qui a nécessité l'hospitalisation du circuit imprimé : je dois revenir en janvier pour savoir si au final, l'engin va remarcher (mais le pronostic est bon).

En conclusion, donc, choisir de réparer plutôt que de racheter, c'est y passer plus de temps (pas toujours mais là oui, par exemple). Mais en fait, ce temps supplémentaire, je ne le trouve pas perdu : j'ai passé un moment avec des gens super gentils, qui étaient là parce qu'ils en avaient envie (je ne dis pas que les vendeurs de chez Darty sont nécessairement malheureux ou aigris, mais enfin, je crois que généralement ils sont quand même surtout là parce qu'il faut bien payer le loyer, et pas spécialement par passion de la vente d'aspirateurs), la tâche était difficile juste ce qu'il faut pour être gratifiante (et même : si on n'était arrivés à rien, j'aurais eu la satisfaction d'avoir tenté le tout pour le tout), j'ai appris des trucs en électronique, on a bien rigolé, l'ambiance était cool ; et non seulement j'étais super reconnaissante (alors qu'en payant à la caisse chez Darty, j'avoue que je ne déborde pas particulièrement de gratitude), mais en plus, tous ces bons sentiments si doux pour le cœur ont continué de m'accompagner dans les heures qui ont suivi : je voyais le bien partout, en quelque sorte.

Finalement, pour garder foi en l'humain, je me demande si ce n'est pas un peu comme pour ne pas craquer quand on a arrêté de fumer : ce qui aide, c'est de fréquenter les gens qui vont dans le sens qui nous intéresse : c'est-à-dire, respectivement, qui sont sympas, ou qui ne fument pas. (oui bon c'est un peu cavalier comme comparaison, mais j'ai plus trop le temps de ciseler, là).

avent17.JPG