J'assistais aujourd'hui à une rencontre d'écrivains, Blandine Le Callet et
Philippe Pollet Villard, organisée par une bibli du XIIe (merci à Gilda pour l'info, car ce fut un
très bon moment).
Ah oui et il y avait aussi ce type, où que j'aille il est toujours là, je
pense que vous l'avez déjà rencontré vous aussi, celui qui se trouve dans le
public mais prend davantage la parole que les gens pour lesquels on s'est
déplacé - et toujours, toujours à propos d'obscurs détails
biographiques ou de fumeuses questions d'intentions artistiques qui
n'intéressent strictement que lui... (bon ça c'était pour mon côté français qui
râle sans arrêt, c'est pas ça que je voulais raconter)
Après une discussion formidablement menée par Marie Desplechin (j'adore ses
bouquins mais il faut l'écouter parler en vrai, elle est encore mieux qu'eux),
ça a été au tour du public de poser d'éventuelles questions subsdidiaires aux
écrivains. Je suis intervenue vers la fin, je parlais avec calme mais je me
sentais parfaitement devenir aussi rouge qu'un panneau stop.
Ensuite, lors des dédicaces, rebelote, le temps d'échanger un petit mot avec
les deux auteurs (très gentils tous les deux, et qui dédicaçaient sans façon,
entre les chaises et les cacahouètes), pouf-pouf, le panneau stop.
Je suis familière du problème, franchement familière : naturellement il y
a les situations classiques de prise de parole en public (même restreint, même
connu) ou d'interaction avec un petit gars qui me plaît bien, mais je rubiconde
pour bien moins que ça : quand c'est purement physique, un degré de trop
dans la pièce, quatre secondes de sport, quelques gorgées d'alcool ou un petit
morceau de gingembre feront l'affaire.
Socio-émotionnellement : répondre au téléphone devant des gens (même si
c'est une simple copine, manifestement c'est déjà trop d'émotions pour mes
joues et mon front), donner une bonne réponse à un jeu de société, donner une
mauvaise réponse à un jeu de société, rire, faire rire (même volontairement)
mon entourage, complimenter mes amis (tandis que complimenter les inconnus ne
porte aucune atteinte à mon teint d'albâtre), parler de ma mère, et ainsi de
suite.
Le plus troublant dans ce syndrome du panneau stop, c'est que je ne me sens
pas si troublée du reste - pouls régulier, sudation normale... Juste,
ce gros coup de chaud au visage. Je le vis assez bien car j'ai plutôt eu de la
chance jusque là : s'il est pourtant impossible de ne pas le remarquer,
très peu de personnes ont eu l"indélicatesse de m'en faire la remarque. Quand
ça arrive tout de même, je réponds mécaniquement que non je ne suis pas gênée,
du tout, j'ai juste un peu chaud subitement (ce qui incontestable en
l'occurrence),mais je vois bien que la personne qui m'a fait la remarque n'est
pas dupe un seul instant.
C'est seulement un peu énervant d'être prise pour une godiche qu'un rien embarrasse, alors qu'en réalité, je suis seulement une godiche victime de sa peau de chochotte...