Refermer après usage

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

ven. 02 novembre 2007

Tout se joue avant 6 ans (il nous reste trois semaines)

L'autre jour, mon neveu refuse de débarrasser son bol de céréales.

"Je suis pas la dame de ménage", qu'il nous fait, à ma mère et à moi.

Nous non plus, qu'on répond. Tu mets ton bol dans l'évier-et-pis-c'est-tout.

C'est pas à moi de le faire, c'est à vous, puisque vous êtes des filles.

On s'est regardées, ma mère et moi, on était comme deux ronds de flan. (je précise qu'il n'a pas du tout élevé comme ça, mais que sans doute, certains de ses petits camarades de l'école primaire, oui, d'où ce test pratiqué sur nous)

Le môme a fini par mettre son bol dans l'évier.

Et du coup, le lendemain, il a eu sa première leçon d'aspirateur. Non mais !

dim. 30 septembre 2007

Les souvenirs repositionnables (comme la colle)

Ce week-end, un nouveau pèlerinage dans mon enfance ; après le Touquet et Nikita, Friville-Escarbotin et la maison de mes grands-parents où jusqu'à l'âge de 5 ans j'ai eu l'impression de passer toute ma vie (en fait, j'y allais juste très souvent - et longtemps). Il y a quelques mois j'ai écrit une petite carte aux actuels propriétaires de la fameuse maison, leur racontant mon voeu de venir revisiter les lieux, et ils ont accepté avec enthousiasme (lucky me).

Je sais que ça peut paraître un peu morbide comme démarche, que ça donne l'impression que je ne veux pas grandir, un syndrome de Milky Pan. Et puis on pourrait croire qu'il est dangereux d'exposer les souvenirs à la lumière du présent.

C'est tout le contraire. Déjà, comme à chaque fois, j'ai l'impression de récupérer des bouts de mon disque dur. Ensuite, cette juxtaposition de l'avant et de l'aujourd'hui, les émotions, les sensations, me fait beaucoup de bien. Ca m'apaise. Ca fait partir les démons en fumée et ça ravive les couleurs des bons moments. Magique, j'vous dis !

Plus qu'à nettoyer dans ma tête, mettre à la corbeille les images devenues caduques, réorganiser la section fantasmes, mettre à jour les données ("la porte derrière laquelle je me suis morfondue pendant des jours en attendant que ma mère vienne me chercher, elle est pas en verre dépoli jaune comme je croyais me rappeler, elle est en verre blanc tout bête" par exemple), transférer les sentiments, etc.

Evidemment, tout ça, je ne pourrai pas le faire avec chaque bout de mon enfance (quoique je songe déjà à renouveler l'expérience avec Forcalquier, l'Eden de nos jeunes années avec ma frangine... pas tout de suite, mais un jour ou l'autre) ; mais ça m'aide à devenir adulte. Je réajuste, comme un vêtement.

sam. 25 août 2007

Revoir Nikita

Comme c'est compliqué de raconter tout cela, les faits, les émotions, les impressions que suscitent des retrouvailles avec une amie d'enfance schizophrène. La mère de Nikita, Marie-Louise, est venue nous retrouver à la gare de N. où elle nous a exposé déjà quelques réalités de la maladie, perte de la notion de temps, d'hygiène ; c'était une préparation nécessaire.

Nous avons ensuite roulé jusqu'à l'appartement de Nikita, avec le projet de nous rendre, une fois le déjeûner pris, à l'hôpital où sa fille de huit jours a sa place jusqu'à la décision du juge - qui confiera probablement la garde à Marie-Louise, quoique Nikita aie bon espoir de récupérer sa fille - vous ai-je dit qu'elle avait accouché seule, chez elle, ne réveillant le père (venu piquer un roupillon) que pour couper le cordon ombilical ?

Elle est restée seule avec son bébé et son ami pendant environ 36 heures, avant que Marie-Louise n'arrive ; durant ce laps de temps elle s'en était très bien occupée...

Bref.

Nous sommes donc arrivées chez elle, au troisième étage d'un petit immeuble HLM.

Comme j'ai eu le coeur serré les dix premières minutes !

La joie intense et la confusion de la retrouver sans la retrouver tout à fait...

Quand sa mère et sa soeur nous ont laissée toutes les trois, Nikita, ma frangine et moi, nous étions chacune dans nos petits souliers ; nous avons commencé par les offrandes, des petites choses pour le bébé et un livre que j'aimais pour elle (puisque mes petites choses à moi, je me les étais fait piquer dans le train la veille au soir...)

Nikita a commenté les cadeaux en les ouvrant, avec la malice qu'elle a toujours eue, "T'es toujours fourrée dans tes bouquins, toi ! ".

Puis elle nous a raconté des bribes des dernières années, quand elle avait habité dans la maison de vieux du Nord, "je crois qu'ils étaient morts", quand elle a été internée "j'ai failli crever là-bas". Superposés à ceux de sa mère qui la retrouvait chaque fois qu'elle disparaissait, ces récits ne laissent que très vaguement imaginer la violence qu'a pu être sa vie de jeune adulte.

Apprenant que nous ne fumions pas et ne voulant pas nous déranger malgré nos protestations, elle est allée fumer sur le balcon, où je l'ai rejointe. Au cours de cette drôle de journée, ma soeur et moi allions alterner des moments de tête-à-tête avec elle, je ne sais pas bien pourquoi c'était plus facile ainsi, alors que je m'étais jusque là rassurée de pouvoir compter sur notre duo pour pallier aux éventuels malaises ou faiblesses de la conversation.

Je n'ai presque rien raconté mais il m'a fallu des heures pour pondre déjà ce début, je continuerai demain...

sam. 18 août 2007

Appelons-la Nikita

Avertissement : je crois que ce qui va suivre n'intéresse personne, seulement moi je ne peux pas m'empêcher d'en parler.

J'en ai parlé l'année dernière, ici et .

Je résume pour ceux qui ont la flemme d'aller relire : gamine, j'ai pendant environ trois ans fait partie d'une petite bande de copines et je garde de ces années-là un goût de miel et de citron (c'était doux mais ça piquait parfois). La petite bande en question était composée de cing gamines, âgées de 8 à 13 ans environ : Iris et sa grande soeur Nikita ; Lucie, leur "fausse" soeur, la fille de leur beau-père ; et puis ma propre soeur et enfin moi. Nous avons fait les 400 coups ensemble, c'était une partie très exaltante de mon enfance.

J'étais en totale admiration devant la blonde Nikita, de deux ans mon aînée : c'était elle qui avait le plus d'imagination, de talent, d'inventivité, et d'intelligence aussi je crois. Mais c'était également elle qui avait déjà, à l'époque, un petit grain, et d'autres personnes de son entourage lui préféraient sa soeur Iris, plus gentille, d'un tempérament moins volcanique.

Les années et l'enfance ont passé, les filles ont déménagé, je n'ai plus eu de nouvelles que de loin en loin, et elles n'étaient pas bonnes : Nikita à une époque se droguait, à une autre était sdf, à une autre encore avait disparu de la circulation... Je me désolais, elle que je trouvais si brillante quand nous étions gamines.

Et puis l'année dernière, le coup de grâce : Nikita était en fait schizophrène, elle avait donné naissance à un garçon quelques mois plutôt et c'était sa mère qui en avait la garde.

(bon tu parles d'un résumé, je ne sais pas être rapide avec cette personne de ma vie)

Il se trouve que mes parents ont revu les siens (enfin, sa mère et son beau-père) il y a quelques jours. J'ai pressé ma mère de questions, qui a raconté du mieux qu'elle a pu cette drôle de soirée, je vais tâcher de m'en tenir aux faits qui nous intéressent :

_ Nikita est sortie de l'hôpital psychiatrique, mais nie sa maladie (ne prend donc pas de traitement et ne risque pas de voir son état s'améliorer)

_ Elle vit à N., loin de son fils, de ses parents, de ses soeurs... elle est à nouveau enceinte et ne l'a pas déclaré, ne voulant pas se faire enlever son enfant une nouvelle fois (je ne sais pas dans quelle mesure elle serait capable d'avoir une vie de famille, je crois pas trop)

_ D'après ce que j'ai lu, plusieurs facteurs peuvent déclencher cette maladie, mais Nikita souffre d'une lourde hérédité puisque deux des oncles de sa mère ont eu cette maladie - avant de se suicider... brrr

_ Il paraît que ça lui ferait plaisir de nous revoir, ma soeur et moi. Quand nous l'avons appris, nous avons bondi toutes les deux : on y va ! Bon c'est pas encore fait, il faut voir. Je sais que je risque d'être très déçue, mais maintenant que ça semble possible et que ça semble bientôt, je crève d'envie de la revoir (sans avoir la moindre idée de la tournure que pourrait prendre cette rencontre).

Une dernière chose ; je rêvais d'elle, de nos retrouvailles, deux à trois fois par an depuis mon adolescence. Depuis l'été dernier, pas une seule fois son souvenir est venu s'incruster dans mes nuits. Cette absence m'amène à penser que je suis prête à la retrouver, pour de vrai.

Je vous tiendrai au courant (que vous le vouliez ou non)

sam. 09 juin 2007

Touquet or not Touquet

Attention, souvenirs d'enfance, vous n'arriverez pas au bout de ce post.

Avez-vous déjà eu l'occasion de retrouver un lieu de votre enfance ?

J'ai passé l'après-midi au Touquet, pour prendre une bonne bouffée d'air iodé et de nostalgie.


En effet, le Touquet, sa bourgeoisie surannée, ses touristes anglais et ses chars à voile, c'est mon enfance. Eh oui, sur le papier, mes grands-parents (qui nous y emmenaient très souvent ma soeur et moi, habitant juste un peu plus loin dans la baie de Somme) ont tout de la vieille bourgeoisie : un médecin et sa femme qui vivent dans une grande maison entourée d'un vaste jardin, il y a aussi une maison de gardien, une bonne, et, tous les week-ends donc, Le Touquet-Paris-Plage, dans une petite résidence à 5 minutes du front de mer (pour les ignorants de ce monde-, au Touquet, il n'y a pas d'immeubles, pas de maisons, rien que des résidences et des villas).

Sauf qu'en vrai, mon grand-père a été élevé par ses grands-parents, cravachant dur d'année en année pour être toujours le premier de sa classe, afin de reconduire sa bourse d'études, sans quoi la médecine, c'était sans lui, et ensuite, médecin de campagne, j'ignore combien d'heures il faisait par semaine, mais ce que je sais, c'est que ça fait 17 ans qu'il est à la retraite et qu'il n'a pas perdu l'habitude de manger en cinq minutes chrono ; et ma grand-mère, fille d'une couturière industrieuse comme elle dit, au four et au moulin pour s'en sortir dignement, et c'est vrai qu'à cette époque ça suffisait, de travailler beaucoup pour gagner correctement sa vie... je ne dis pas que c'est devenu impossible, mais allez trouver aujourd'hui une couturière qui a pu s'acheter sa maison. Bref, pas la bourgeoisie facile, oisive, plutôt celle gagnée à force de trimer.

Et donc, le Touquet. Le samedi, ma grand-mère nous habillait en robes à smocks pour aller frimer avenue St-Jean ; après tout, les passants n'étaient pas obligés de savoir que nous n'étions que deux pestes enrubannées dans du Jacadi.

Nous étions arrivées au monde pour que nos grands-parents puissent nous pourri-gâter à leur guise ; je n'ai cet après-midi pas retrouvé le marchand de jouets chez qui nous faisions de fréquentes haltes. Je suppose qu'il s'est retiré dans l'énorme villa qu'il a faite construire avec l'argent que ma grand-mère a laissé dans sa boutique.

En revanche, le manège est toujours là, peut-être que c'est le même forain, si ça se trouve (je n'ai pas osé lui demander, sentant que cette histoire n'émeuvait que moi). Hors-saison, j'étais l'unique cliente, et le pauvre type devait attendre à chaque fois que je mette trois heures à trouver le bon cheval (j'aimais qu'il ait de vrais crins, et de vraies rênes, j'étais déjà une chieuse de puriste) pour démarrer son manège.

Je me suis rendue à la fameuse résidence, ce n'était pas assez, alors j'ai pénétré dans le hall (so seventies, je sais bien d'où me vient le goût pour le design de cette époque), ce n'était pas assez, alors j'ai appelé l'ascenseur et je suis montée dedans, l'odeur particulière de cet ascenseur, les boutons carrés de chaque étage, ces petits riens m'ont faite pleurnicher comme une madeleine, justement, j'étais en plein dans Proust. Je suis arrivée devant la porte de l'appartement que nous occupions, là je n'ai pas osé sonner, et puis, sans la déco de ma grand-mère (elle y avait passé des sommes folles, ce n'était peut-être pas d'un goût très sûr, mais c'était unique en son genre, toujours 70s à fond les ballons), ça n'aurait pas eu le parfum de mon enfance.

Je suis redescendue, j'ai refait un tour d'ascenseur, et puis j'ai fini par partir, toujours en chougnant, ne sachant pas vraiment après quoi, mais que c'était BON ! Délicieusement doux-amer.

J'ai fini d'écumer ma nostalgie dans le petit bois de pins derrière la résidence, et je suis allée déjeuner, j'ai commandé un américano à l'apéritif, j'en prépare toujours au boulot mais je ne sais pas quel goût ça a ! Eh bien c'est plutôt infect, je connais des pansements gastriques qui ont meilleur goût (j'ai quand même tout bu, amère pour amer)

Je suis remontée dans l'autocar pour la gare d'Etaples, le chauffeur parlait le plus pur picard, qui m'a mis le baume au coeur pendant un bon moment.

(sans ça, je crois que c'est moyen intéressant comme bled, hein, le Touquet... si vous n'y êtes pas attachés par l'Histoire comme moi, je pense que vous pouvez skipper sans problème)

jeu. 19 avril 2007

L'enfance de l'art - part one

La lecture de ce billet m'a rappelé ma propre enfance du même genre, une enfance de futur écrivain...

Le fait que je n'aie pas la vie d'adulte correspondant à une enfance de futur écrivain ne me chagrine pas le moins du monde, la pratique du blog suffit amplement à ma personnalité de feignasse vélléitaire égocentrique (pour le reste, il m'arrive de gribouiller - n'excluant pas que ça puisse un jour prendre forme, mais ça m'est devenu un peu égal au fil des années, c'est davantage le plaisir de former des phrases dans l'instant qui me donne satisfaction).

Or donc, je débute par le mythe fondateur. Ca commence à 6 ans, je suis en CE1 et ma rédaction de fêtes de fin d'année - très originalement intitulée "Le petit sapin de Noël" fait un tabac : j'obtiens la note de 9 et demi sur 10, ma mère photocopie la chose à tour de bras pour l'envoyer à toute la famille, on m'envoie même la lire dans une autre classe - la gloire transgénérationnelle.

Je me rappelle n'avoir pas complètement compris cet engouement à l'époque, non que je manquais de confiance en moi (c'est un truc qui vient plus tard, en même temps que le sens du ridicule), juste ces réactions me semblaient légèrement disproportionnées ; mais j'avais finalement accepté la chose avec philosophie, partant du principe qu'ils avaient plus d'expérience que moi et savaient donc ce qui était bien ou pas (plus tard, à l'occasion d'autres rédactions où j'avais beaucoup donné de ma personne et reçu des notes tout à fait moyennes, j'ai revu à la baisse le crédit que je portais aux adultes...).

A huit ans, grande amatrice d'animaux sauvages (j'allais écrire comme toutes les petites filles de 8 ans, mais j'ai brusquement un doute quant aux aspirations d'une petite fille de huit ans d'aujourd'hui, peut-être ont-elles changé), galvanisée par le récent visionnage de Danse avec les Loups, je me lance dans la fiction autobiographique, inventant un loup (appelé Chaussette, évidemment) qui venait s'installer sous les thuyas du jardin et m'accompagnait à l'école. Terrible.

Ce chef-d'oeuvre a malheureusement disparu, mais je me souviens encore d'avoir pompé de larges extraits des dialogues d'Astérix, qui rendaient me semblait-il fort bien.

(je dois beaucoup à Goscinny hormis le plagiat ; notamment de m'avoir permis d'asseoir ma réputation d'enfant précoce et ridiculement snob. Ainsi, un jour où ma mère m'appelait pour le déjeuner, je lève le nez de ma bédé, et je lui balance crânement "je n'ai besoin que de nourritures spirituelles". Autant vous dire qu'elle en est restée comme deux ronds de flan. Je venais en fait de citer le barde Assurancetourix, et sans exactement comprendre ce qu'il entendait par là, j'avais bien senti que ça ferait son petit effet.)

Bon là je suis à la bourre alors la suite et fin de mon enfance de futur écrivain demain !