Attention, souvenirs d'enfance, vous n'arriverez pas au bout de ce post.

Avez-vous déjà eu l'occasion de retrouver un lieu de votre enfance ?

J'ai passé l'après-midi au Touquet, pour prendre une bonne bouffée d'air iodé et de nostalgie.


En effet, le Touquet, sa bourgeoisie surannée, ses touristes anglais et ses chars à voile, c'est mon enfance. Eh oui, sur le papier, mes grands-parents (qui nous y emmenaient très souvent ma soeur et moi, habitant juste un peu plus loin dans la baie de Somme) ont tout de la vieille bourgeoisie : un médecin et sa femme qui vivent dans une grande maison entourée d'un vaste jardin, il y a aussi une maison de gardien, une bonne, et, tous les week-ends donc, Le Touquet-Paris-Plage, dans une petite résidence à 5 minutes du front de mer (pour les ignorants de ce monde-, au Touquet, il n'y a pas d'immeubles, pas de maisons, rien que des résidences et des villas).

Sauf qu'en vrai, mon grand-père a été élevé par ses grands-parents, cravachant dur d'année en année pour être toujours le premier de sa classe, afin de reconduire sa bourse d'études, sans quoi la médecine, c'était sans lui, et ensuite, médecin de campagne, j'ignore combien d'heures il faisait par semaine, mais ce que je sais, c'est que ça fait 17 ans qu'il est à la retraite et qu'il n'a pas perdu l'habitude de manger en cinq minutes chrono ; et ma grand-mère, fille d'une couturière industrieuse comme elle dit, au four et au moulin pour s'en sortir dignement, et c'est vrai qu'à cette époque ça suffisait, de travailler beaucoup pour gagner correctement sa vie... je ne dis pas que c'est devenu impossible, mais allez trouver aujourd'hui une couturière qui a pu s'acheter sa maison. Bref, pas la bourgeoisie facile, oisive, plutôt celle gagnée à force de trimer.

Et donc, le Touquet. Le samedi, ma grand-mère nous habillait en robes à smocks pour aller frimer avenue St-Jean ; après tout, les passants n'étaient pas obligés de savoir que nous n'étions que deux pestes enrubannées dans du Jacadi.

Nous étions arrivées au monde pour que nos grands-parents puissent nous pourri-gâter à leur guise ; je n'ai cet après-midi pas retrouvé le marchand de jouets chez qui nous faisions de fréquentes haltes. Je suppose qu'il s'est retiré dans l'énorme villa qu'il a faite construire avec l'argent que ma grand-mère a laissé dans sa boutique.

En revanche, le manège est toujours là, peut-être que c'est le même forain, si ça se trouve (je n'ai pas osé lui demander, sentant que cette histoire n'émeuvait que moi). Hors-saison, j'étais l'unique cliente, et le pauvre type devait attendre à chaque fois que je mette trois heures à trouver le bon cheval (j'aimais qu'il ait de vrais crins, et de vraies rênes, j'étais déjà une chieuse de puriste) pour démarrer son manège.

Je me suis rendue à la fameuse résidence, ce n'était pas assez, alors j'ai pénétré dans le hall (so seventies, je sais bien d'où me vient le goût pour le design de cette époque), ce n'était pas assez, alors j'ai appelé l'ascenseur et je suis montée dedans, l'odeur particulière de cet ascenseur, les boutons carrés de chaque étage, ces petits riens m'ont faite pleurnicher comme une madeleine, justement, j'étais en plein dans Proust. Je suis arrivée devant la porte de l'appartement que nous occupions, là je n'ai pas osé sonner, et puis, sans la déco de ma grand-mère (elle y avait passé des sommes folles, ce n'était peut-être pas d'un goût très sûr, mais c'était unique en son genre, toujours 70s à fond les ballons), ça n'aurait pas eu le parfum de mon enfance.

Je suis redescendue, j'ai refait un tour d'ascenseur, et puis j'ai fini par partir, toujours en chougnant, ne sachant pas vraiment après quoi, mais que c'était BON ! Délicieusement doux-amer.

J'ai fini d'écumer ma nostalgie dans le petit bois de pins derrière la résidence, et je suis allée déjeuner, j'ai commandé un américano à l'apéritif, j'en prépare toujours au boulot mais je ne sais pas quel goût ça a ! Eh bien c'est plutôt infect, je connais des pansements gastriques qui ont meilleur goût (j'ai quand même tout bu, amère pour amer)

Je suis remontée dans l'autocar pour la gare d'Etaples, le chauffeur parlait le plus pur picard, qui m'a mis le baume au coeur pendant un bon moment.

(sans ça, je crois que c'est moyen intéressant comme bled, hein, le Touquet... si vous n'y êtes pas attachés par l'Histoire comme moi, je pense que vous pouvez skipper sans problème)