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Tag - schizophrène

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dim. 26 août 2007

Revoir Nikita (2)

L'après-midi est passée très vite, parce que Nikita est devenue très lente : au moment de partir déjeuner, elle est descendue après nous, puis est remontée - sa mère nous expliquait en attendant que nous avions eu de la chance en arrivant, qu'elle avait ouvert vite, mais que parfois elle-même pouvait rester dix, vingt minutes devant la porte avant que Nikita ne se décide à la laisser entrer. Je ne sais pas trop à quoi ça tient, est-ce l'indécision pure et simple, ou est-ce qu'un sentiment diffus d'inquiétude la commande ?

J'ai voulu prendre des photos de son fils (pas tout à fait un an et demi), elle m'a laissé en prendre une, j'ai volé la deuxième, et ça a été fini : elle ne veut pas, elle n'aime pas les photos, les déchire très souvent (mais si tu les lui envoies, elle les gardera pour les montrer au père, m'a expliqué Marie-Louise). Et quand ma soeur et moi avons évoqué l'album de nos enfances que nous avions emmené, elle a commencé par refuser de les voir, "ça ne sert plus à rien" ; un peu plus tard j'ai insisté doucement et elle a fini par s'y intéresser...

Elle est toujours un peu peste, un peu carne, peut-être un brin manipulatrice même (elle mène les psychiatres par le bout du nez), et je me demande si ça fait partie d'elle ou de sa maladie. Mais les choses ont changé, si ma fascination pour elle demeure, en revanche mon adoration démesurée s'est évanouie, ma sensibilité à ses piques s'est émoussée, pour laisser la place, je m'en suis aperçue là-bas en voulant la serrer dans mes bras, à une immense tendresse.

Nous avons eu la chance de tomber sur un jour avec, le revers de la médaille étant que nous ne nous rendons pas forcément compte des gouffres dans lesquels elle peut s'abîmer les jours sans. Mais même sa mère continue de se dire un jour "ma fille n'est pas malade", le jour d'après "mais si, elle l'est", alors...

Je ne sais plus quoi raconter de ces retrouvailles ; nous avons parlé de tout, de rien, sérieusement, en plaisantant... Il n'y a pas de ton à trouver, il n'y a qu'à parler normalement, avec seulement un peu plus de souplesse peut-être.

Envie de l'aider, de l'attirer vers le côté de la lumière. Maintenant que je l'ai retrouvée, plus question de la lâcher ! Sa maladie ne m'effraie pas - ce n'est pas ce genre de détresse-là qui me met mal à l'aise. Je suis sûre qu'elle peut aller mieux.

Nous nous sommes embrassées plus fort pour nous dire au revoir. Et puis elle est partie donner le biberon à sa fille.

sam. 25 août 2007

Revoir Nikita

Comme c'est compliqué de raconter tout cela, les faits, les émotions, les impressions que suscitent des retrouvailles avec une amie d'enfance schizophrène. La mère de Nikita, Marie-Louise, est venue nous retrouver à la gare de N. où elle nous a exposé déjà quelques réalités de la maladie, perte de la notion de temps, d'hygiène ; c'était une préparation nécessaire.

Nous avons ensuite roulé jusqu'à l'appartement de Nikita, avec le projet de nous rendre, une fois le déjeûner pris, à l'hôpital où sa fille de huit jours a sa place jusqu'à la décision du juge - qui confiera probablement la garde à Marie-Louise, quoique Nikita aie bon espoir de récupérer sa fille - vous ai-je dit qu'elle avait accouché seule, chez elle, ne réveillant le père (venu piquer un roupillon) que pour couper le cordon ombilical ?

Elle est restée seule avec son bébé et son ami pendant environ 36 heures, avant que Marie-Louise n'arrive ; durant ce laps de temps elle s'en était très bien occupée...

Bref.

Nous sommes donc arrivées chez elle, au troisième étage d'un petit immeuble HLM.

Comme j'ai eu le coeur serré les dix premières minutes !

La joie intense et la confusion de la retrouver sans la retrouver tout à fait...

Quand sa mère et sa soeur nous ont laissée toutes les trois, Nikita, ma frangine et moi, nous étions chacune dans nos petits souliers ; nous avons commencé par les offrandes, des petites choses pour le bébé et un livre que j'aimais pour elle (puisque mes petites choses à moi, je me les étais fait piquer dans le train la veille au soir...)

Nikita a commenté les cadeaux en les ouvrant, avec la malice qu'elle a toujours eue, "T'es toujours fourrée dans tes bouquins, toi ! ".

Puis elle nous a raconté des bribes des dernières années, quand elle avait habité dans la maison de vieux du Nord, "je crois qu'ils étaient morts", quand elle a été internée "j'ai failli crever là-bas". Superposés à ceux de sa mère qui la retrouvait chaque fois qu'elle disparaissait, ces récits ne laissent que très vaguement imaginer la violence qu'a pu être sa vie de jeune adulte.

Apprenant que nous ne fumions pas et ne voulant pas nous déranger malgré nos protestations, elle est allée fumer sur le balcon, où je l'ai rejointe. Au cours de cette drôle de journée, ma soeur et moi allions alterner des moments de tête-à-tête avec elle, je ne sais pas bien pourquoi c'était plus facile ainsi, alors que je m'étais jusque là rassurée de pouvoir compter sur notre duo pour pallier aux éventuels malaises ou faiblesses de la conversation.

Je n'ai presque rien raconté mais il m'a fallu des heures pour pondre déjà ce début, je continuerai demain...

sam. 18 août 2007

Appelons-la Nikita

Avertissement : je crois que ce qui va suivre n'intéresse personne, seulement moi je ne peux pas m'empêcher d'en parler.

J'en ai parlé l'année dernière, ici et .

Je résume pour ceux qui ont la flemme d'aller relire : gamine, j'ai pendant environ trois ans fait partie d'une petite bande de copines et je garde de ces années-là un goût de miel et de citron (c'était doux mais ça piquait parfois). La petite bande en question était composée de cing gamines, âgées de 8 à 13 ans environ : Iris et sa grande soeur Nikita ; Lucie, leur "fausse" soeur, la fille de leur beau-père ; et puis ma propre soeur et enfin moi. Nous avons fait les 400 coups ensemble, c'était une partie très exaltante de mon enfance.

J'étais en totale admiration devant la blonde Nikita, de deux ans mon aînée : c'était elle qui avait le plus d'imagination, de talent, d'inventivité, et d'intelligence aussi je crois. Mais c'était également elle qui avait déjà, à l'époque, un petit grain, et d'autres personnes de son entourage lui préféraient sa soeur Iris, plus gentille, d'un tempérament moins volcanique.

Les années et l'enfance ont passé, les filles ont déménagé, je n'ai plus eu de nouvelles que de loin en loin, et elles n'étaient pas bonnes : Nikita à une époque se droguait, à une autre était sdf, à une autre encore avait disparu de la circulation... Je me désolais, elle que je trouvais si brillante quand nous étions gamines.

Et puis l'année dernière, le coup de grâce : Nikita était en fait schizophrène, elle avait donné naissance à un garçon quelques mois plutôt et c'était sa mère qui en avait la garde.

(bon tu parles d'un résumé, je ne sais pas être rapide avec cette personne de ma vie)

Il se trouve que mes parents ont revu les siens (enfin, sa mère et son beau-père) il y a quelques jours. J'ai pressé ma mère de questions, qui a raconté du mieux qu'elle a pu cette drôle de soirée, je vais tâcher de m'en tenir aux faits qui nous intéressent :

_ Nikita est sortie de l'hôpital psychiatrique, mais nie sa maladie (ne prend donc pas de traitement et ne risque pas de voir son état s'améliorer)

_ Elle vit à N., loin de son fils, de ses parents, de ses soeurs... elle est à nouveau enceinte et ne l'a pas déclaré, ne voulant pas se faire enlever son enfant une nouvelle fois (je ne sais pas dans quelle mesure elle serait capable d'avoir une vie de famille, je crois pas trop)

_ D'après ce que j'ai lu, plusieurs facteurs peuvent déclencher cette maladie, mais Nikita souffre d'une lourde hérédité puisque deux des oncles de sa mère ont eu cette maladie - avant de se suicider... brrr

_ Il paraît que ça lui ferait plaisir de nous revoir, ma soeur et moi. Quand nous l'avons appris, nous avons bondi toutes les deux : on y va ! Bon c'est pas encore fait, il faut voir. Je sais que je risque d'être très déçue, mais maintenant que ça semble possible et que ça semble bientôt, je crève d'envie de la revoir (sans avoir la moindre idée de la tournure que pourrait prendre cette rencontre).

Une dernière chose ; je rêvais d'elle, de nos retrouvailles, deux à trois fois par an depuis mon adolescence. Depuis l'été dernier, pas une seule fois son souvenir est venu s'incruster dans mes nuits. Cette absence m'amène à penser que je suis prête à la retrouver, pour de vrai.

Je vous tiendrai au courant (que vous le vouliez ou non)