Je suis malade depuis cet après-midi.

(je vous passe les détails, c'est du genre gastro-intestinal)

Rien de bien grave évidemment, mais à mesure que ça ne passe pas, moral en chute libre et puis la petite voix de l'hypocondrie qui commence à se faire entendre...

Alors sieste tant bien que mal, tentative de lecture entrecoupée de nausées, gros gilet par dessus les sueurs froides... Je sais pas comment me mettre pour être bien, je tourne comme un lion en cage.

Envie de quelqu'un auprès de moi mais il n'y aura que le téléphone.

Alors j'appelle mon grand-père, d'ordinaire nos coups de fils sont assez ennuyeux, mais là, c'est différent :

"_ Tu vas bien ma chérie ?

_ Bin non, je suis mal fichue...

_ Ah bon ? Qu'est-ce que tu as ?"

Je le sens content au bout du fil, il a conçu de son départ en retraite un sentiment de castration, aujourd'hui quand il me reçoit en consultation même téléphonique, il redevient médecin, c'est bien plus passionnant que quand c'est la petite-fille qui passe un coup de fil à son vieux grand-père. Je sens l'intérêt qui lui raffermit la voix, je l'imagine se redresser devant le meuble où est posé le téléphone. Ses questions sont précises, il m'écoute décrire les symptômes, établit son diagnostic, suggère un traitement (quelque chose de simple, à base de pansements gastriques et d'aspirine), s'assure de ce que je le rappelle le lendemain et n'aille pas travailler si ça ne va toujours pas.

Je raccroche, et instantanément, je me sens mieux. Les miracles de la médecine, ce miracle-là n'a rien de moderne.

A côté de cela, mes sentiments d'inquiétude (pour lui) et d'angoisse (pour moi) : comment bien vieillir, éviter le désintérêt progressif de tout, garder le goût de la vie aussi longtemps ? J'imagine que les réponses sont individuelles, j'espère trouver la mienne en temps et en heure (si j'arrive jusqu'à la vieillesse), pour mon grand-père, je n'ai pas assez de petits bobos.

Cette phrase dans "Dead like me" (de mémoire) "la plupart des gens sont si vieux au moment de mourir qu'ils ne tiennent plus à la vie". (je pense que c'est faux la moitié du temps, à vrai dire pour les gens en général je m'en fous, je pense à mes gens à moi)